hello hello !
Comment ça va vous par ici ?
J’ai commencé cette lettre jeudi lorsque j’étais encore dans le sud, du côté de Mougins. Puis je la finis ce soir (samedi).
Je suis partie de Paris le dimanche 5 juillet et, je peux vous assurer que j’ai regretté d’avoir ma valise de 8 tonnes à me traîner entre chaque escale. D’abord la Bretagne pour entraîner un groupe de femmes géniales que je ne connaissais pas du tout, puis Marseille pour retrouver mes parents, ma famille et des amies d’enfance, avant de terminer ici, entre Mougins et Cannes, chez Christine où nous étions tous réunis en famille. C’était génial.
Autant vous dire que ce n’était pas vraiment reposant. Mais je m’en moque… Ces trois semaines, j’en ai profité au max, comme si tout allait s’arrêter demain. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi vivante.
Je ne sais pas si c’est l’actualité avec ces incendies dramatiques qui ravagent chaque été un peu plus nos forêts et détruisent tout sur leur passage, le fait de voir mon père perdre de plus en plus sa tête et sa mobilité ces derniers mois, ou mon amie se battre en silence sans rien montrer, à part son immense courage oui, contre une maladie de m*** de stade 4 mais j’ai eu l’impression, tout ce temps-là, que la vie me soufflait la même chose : rien n’est acquis. Ni une maison, ni une forêt, ni les personnes qu’on aime, ni même le temps que l’on croit avoir devant soi.
Et, bizarrement, ces pensées ne m’ont pas abattues. Même si j’ai beaucoup, beaucoup pleuré hein… Il fallait bien que ça sorte.
Mais, elles m’ont aussi donné une envie folle de vivre encore plus intensément. Comme si tout devait s’arrêter demain.
Parce que oui, c’est de là qu’elle me vient cette énergie lorsque vous me demandez d’où ça sort ou comment je fais pour enchaîner tout le temps comme ça….
Elle vient de là, de la conscience de cette « impermanence » de la vie.
Alors, ça n’enlève pas la peur. Elle est toujours là hein, mais moins paralysante qu’avant.
Et c’est comme ça que je la traverse : en étant toujours dans l’action, en mouvement…. En remplissant mes journées de musique, de danse, de rencontres, de lectures, de sport… tant que c’est possible.
Alors bienvenue dans cette “Ludi par écrit” #74 où ça va partir dans tous les sens. Pas de plan structuré, juste mes idées en vrac. Prenez votre boisson préf et installez vous confortablement pour cette lecture de 10-12mns.
Ready ? C’est parti !
Pendant que j’écris ces lignes, les images des incendies tournent en boucle depuis plusieurs jours. Il y a 25 incendies en cours sur tout le territoire pour info… dont celui terrible en Gironde.
Des milliers d’hectares de forêt qui disparaissent. Des maisons détruites. Des familles qui quittent leur vie en quelques minutes avec ce qu’elles ont réussi à mettre dans le coffre de leur voiture. Des pompiers démunis face à des murs de flammes… et certains qui y laissent leur vie pour sauver celles des autres. Un A400 M de l’armée qui débarque cet après-midi pour balancer du retardant et leur venir en aide… bref ces images sont lunaires.
Je ne connais pas toutes ces personnes évacuées bien sûr mais je ressens tellement de peine en voyant ces images, surtout celles montrant des animaux pris au piège dans cet enfer de flammes (oui je sais, je sais vous allez vous dire que je pleure beaucoup…mais je suis hypersensible).
Et pourtant, je sais un petit peu ce que c’est que de vivre avec cette peur-là. Celle de devoir partir parce que le feu approche beaucoup trop vite. Celle d’entendre les Canadairs passer au-dessus de la maison très près. Entre Aix & Marseille, là où j’ai grandi, dès que l’été s’installe, que la sécheresse s’éternise et que le mistral se lève, cette angoisse revient. Année après année. Parce qu’il suffit d’un mégot jeté par la fenêtre ou de quelques inconscients connards, soyons honnêtes, qui allument volontairement un feu pour que tout bascule.
Il y a sept ans, mes parents ont vu la moitié de leur campagne partir en fumée. Heureusement, il n’y a pas eu de victimes et seuls des (gros) dégâts matériels ont été à déplorer. Mais la peur, elle, est restée. D’un instant à l’autre, tout ce que l’on connaît peut disparaître. Et chaque été, lorsque les températures grimpent et que le vent se lève, elle refait surface. L’été dernier, j’étais partie en cata avec une valise faite à l’arrache chercher mes enfants au centre de loisirs avant que l’autoroute ne ferme à cause de l’incendie des Pennes Mirabeau, pas loin de chez mes parents.
Tout ça pour dire quoi.. ?
Qu’à chaque fois que je vis ou que je vois ce genre de scène, je pense exactement à la même chose : on passe notre vie à croire qu’on aura le temps. Le temps de profiter. Le temps d’appeler. Le temps de dire « je t’aime ». Le temps de remettre nos rêves à demain.
Puis, en quelques minutes, une vie entière peut tenir dans le coffre d’une voiture. Et l’on espère simplement avoir emporté l’essentiel. Parce qu’un incendie, une maladie, un accident ou simplement la vie nous rappellent que demain n’est une promesse pour personne.
Bon voilà je viens de plomber l’ambiance :)
Alors sans transition : plus de légèreté ici
S’il y a bien une chose qui relie la Bretagne, Marseille et Cannes ces trois dernières semaines, c’est la danse.
Danser jusqu’au bout de la nuit, c’est ma passion. Plusieurs fois. Et c’était trop bon ! (le lendemain beaucoup moins ..)
Et à chaque fois, c’est exactement la même sensation.
À un moment, on ne regarde plus l’heure. On ne pense plus à ce qu’il faudra faire le lendemain, aux mails, au cours de Pilates à donner à 7 du mat, aux courses à faire ou aux 1000 petites choses qui occupent notre cerveau du matin au soir. On sent juste les basses vibrer dans tout le corps, on rit beaucoup trop fort, on saute comme si on avait encore 12 ans et, pendant 4-5 heures, on retrouve une sensation que je trouve de plus en plus précieuse en vieillissant : la liberté !
Je vous ai déjà parlé 50 fois des bienfaits de la danse. Et je pourrais probablement continuer pendant encore 50 ans.
Ce qui rend heureuse dans ces moments-là, ce n’est pas seulement de danser.
Pendant quelques heures, on ne pense plus à rien, et surtout plus à l’image qu’on pourrait renvoyer…. En tout cas c’est ce qui se passe pour moi : j’ai plus d’âge, j’ai rien à prouver ou à faire … juste à danser, à rire et à kiffer le moment. Et là, je ressens une joie… mais une joie profonde. C’est difficile à expliquer. Ça part du ventre, ça remonte jusque dans le cœur.
Mon coeur bat fort dans ma poitrine, je le sens jusque dans mes tempes. C’est complètement fou.
Je n’ai plus aucune barrière. Je me sens tout en haut, perchée… !
Et je ne me demande même plus si je suis élégante.. Evidemment que je m’apprête un minimum avec un joli top, des bijoux et un peu de make-up… il ne s’agit pas de sortir non plus en jogging/claquettes .. Mais je dois dire par exemple que cette semaine à Cannes, j’étais complètement à côté de la plaque de l’ambiance locale et c’était plutôt drôle d’être en short en jean : j’avais pas les talons de 12, pas la robe moulante, pas le full face… …. et pour autant, je me suis amusée comme jamais ! BALEK !
Je ne me demande pas non plus si je bouge bien.
Si je suis ridicule ou pas ! Je vis. À fond
Et avec Christine, on a dansé dimanche et mardi derniers, sur Hugel puis avec &Me … On a pris des photos, filmé un peu -mais pas trop- pour partager à nos proches et garder quelques souvenirs… Bref, c’était génial. J’avoue que les lendemains étaient rudes mais je referai sans problème ce soir si elle me demandait… Et jusqu’à mes 75 ans si on m’accepte encore en club !
Et en écrivant tout ça, je me rends compte que c’est ça, finalement, la liberté.
Celle où, pendant quelques heures, on oublie complètement qui on est censée être.
On oublie son âge (sauf quand quelqu’un vous dit que vous ne faites pas du tout votre âge… bim, le coup de pelle !)
On oublie son corps.
On oublie même l’heure.
On est juste là. Vivante. Pu*** que c’est bon !
Et franchement… je crois qu’en vieillissant, c’est devenu l’une des sensations que je préfère au monde.
Parce qu’au fond, ce ne sont jamais les soirées où l’on était la mieux habillée ou la plus élégante dont on se souvient. Ce sont celles où l’on a tellement ri qu’on en avait mal au ventre. Celles où l’on a dansé jusqu’à ne plus sentir ses jambes. Celles où l’on s’est sentie profondément vivante.
Et si je vous raconte tout ça aujourd’hui, ce n’est pas pour vous donner envie d’aller en boîte jusqu’à 5 heures du mat (quoi que… 🤌🏽). C’est surtout parce que je me rends compte que ces parenthèses-là sont peut-être les plus précieuses de toutes. Comme en escapades de Pilates.
On croit toujours qu’on aura le temps de vivre plus tard. Alors qu’au fond, la vie est peut-être simplement en train de se passer là. Au milieu d’un morceau de musique, d’un fou rire, d’une amie qui vous tend la main en vous disant : « Allez viens, celle-là, on la danse. » Puis en chantant faux sur Larusso et son « Tu m’oublieras ».
Il y a un mois, pendant une séance de sauna suivie d’un bain froid à Paris, la coach qui guidait cette session nous a posé une question.
Une seule.
“Qui seriez-vous si personne ne vous jugeait? Et surtout pas vous ?”
Stop.
Relisez.
Perso, cette question ne m’a plus quittée.
Au fond, combien de femmes n’osent pas danser, aller à la plage, mettre un maillot 2 pièces (ou un maillot tout court), commencer le Pilates, reprendre des études, changer de métier, prendre la parole, faire l’amour autrement que dans le noir ou simplement s’autoriser à être elles-mêmes… parce qu’elles imaginent déjà ce que les autres pourraient penser ?
Et si le regard qui nous enfermait le plus n’était finalement pas celui des autres ?
Mais le nôtre.
Vous avez 2 heures !
Moi je bosse toujours dessus….
Depuis plusieurs mois, chaque fois que je descends voir mes parents, je repars avec une sensation que beaucoup d’entre vous connaissent probablement : celle d’aimer profondément quelqu’un tout en sentant que le temps est doucement en train de faire son travail.
Mon papa est toujours là. Il me reconnaît. Il rit encore.
Mais parfois il me cherche alors que je suis juste devant lui. Il demande où sont les enfants alors qu’ils dorment dans le chalet près de la piscine. Il pense que nous sommes l’après-midi alors que nous venons à peine de prendre le petit-déjeuner.
Et mon cœur se fissure, un peu plus à chaque fois.
J’ai découvert récemment qu’il existait un mot pour décrire ce que vivent beaucoup de familles dans cette situation : le deuil blanc.
Je trouve cette expression très juste même si c’est un peu violent à encaisser.
C’est l’idée d’apprendre, petit à petit, à dire au revoir à quelqu’un qui est encore là… mais qui n’a plus tout à fait toute sa tête.
Son corps est là. On peut encore lui tenir la main, lui parler, l’embrasser… mais la maladie efface doucement une partie de la personne que l’on connaissait.
En fait, je crois que c’est aussi pour ça que je regarde le temps qui passe autrement aujourd’hui.
Parce qu’avec un parent qui vieillit, on comprend une chose avec une intensité particulière : certains moments ne reviendront plus.
Alors chaque fou rire, chaque repas partagé, chaque discussion, même un peu décousue, devient un cadeau. Un bonus dont on mesure enfin la valeur.
Attendre d’avoir cinq kilos de moins.
Attendre que les enfants grandissent.
Attendre la retraite.
Attendre d’avoir davantage confiance en nous.
Attendre d’être enfin légitimes.
Attendre le bon moment.
Comme si la vie nous attendait gentiment.
Mais elle ne nous attend pas.
Elle avance.
Toujours.
Qu’est-ce que vous feriez si vous arrêtiez, à partir d’aujourd’hui, de vous juger ?
Est-ce que vous iriez danser davantage ?
Est-ce que vous réserveriez enfin ce voyage ?
Est-ce que vous diriez à cette personne avec qui vous échangez en secret depuis de longs mois que vous crevez d’envie de l’embrasser ?
Est-ce que vous mettriez ce maillot qui dort au fond du placard ?
Est-ce que vous appelleriez cette amie ?
Est-ce que vous commenceriez enfin cette activité dont vous parlez depuis des années ?
Je ne sais pas quelle est votre réponse.
Mais je sais une chose.
Je n’ai jamais rencontré une seule personne, en fin de vie, qui regrettait de ne pas avoir eu des cuisses plus fines.
En revanche, j’en ai rencontré beaucoup qui regrettaient de ne pas avoir vécu davantage.
Et je crois que cela mérite qu’on s’y arrête quelques minutes.
Je vous fais le bisou
Ludi

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