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La Lettre de Trois degrés · May 15, 2026

#17 - Adaptation : pourquoi nous défendons l'approche des 3 D

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Trois degrés · La Lettre de Trois degrés

Ouvrir en grand le sujet de l’adaptation au changement climatique. Le décoller de la brochette des sigles (TRACC, PNACC-3, PCAET, Sraddet…) liés aux politiques publiques qui l’encadrent, et dont on a bien sûr besoin, mais qui n’aident pas à le rendre accessible, compréhensible, manipulable par le commun des mortels. Montrer en quoi ces sujets, qui peuvent être inquiétants, peuvent aussi être passionnants, porteurs d’espoirs, enthousiasmants.

Voilà quelques-unes des missions qui nous animent et sont à la racine du projet Trois degrés que nous avons lancé fin 2024.

Dans notre livre “Gérer l’inévitable, nous présentons dix convictions sur l’adaptation qui s’inscrivent dans cette direction. Toutes sont fondées sur des travaux de recherche et des initiatives de terrain qui gagneraient, nous semble-t-il, à être mieux connus.

Ces convictions suivent trois mots d’ordre : détechniciser, dézoomer et décentrer nos regards en matière d’adaptation. C’est ce que nous appelons l’approche des « 3 D » et que nous illustrons tout au long de la partie 3 de notre livre, à travers différents cas concrets.

Détechniciser, d’abord. « L’adaptation est plus une question sociale et politique qu’un défi scientifique et technique » écrivent les rapporteurs d’une mission de l’Assemblée Nationale réalisée sur le sujet l’an dernier. Pourtant, quand il est question d’adaptation, le réflexe est souvent de raisonner d’abord, voire uniquement, en solutions techniques, ou plus globalement en solutions d’ingénierie - qui peuvent être, dans le meilleur des cas, environnementales.

Il s’agit par exemple, face aux vagues de chaleur, d’accélérer la rénovation thermique des bâtiments, de végétaliser pour apporter de l’ombre et bénéficier de l’évapotranspiration, de remettre de l’eau en ville (fontaines, bassins, cours d’eau) pour apporter du rafraîchissement…Face aux inondations, il peut s’agir de désimperméabiliser, construire des toitures végétalisées et des jardins de pluies pour limiter le risque de ruissellement…

Soyons clairs : ces solutions ont toute leur place, et sont même nécessaires. Le besoin de renforcer les moyens d’ingénierie et les expertises techniques, notamment des collectivités locales, ne fait d’ailleurs pas débat.

Mais l’adaptation nécessite des approches qui dépassent largement ce seul cadre. Elles doivent être aussi, et au moins tout autant, sociales et culturelles ; mais aussi émotionnelles, cognitives, narratives…Autant de dimensions que nous explorons en partie 3 de notre livre.

Surtout, nous devons aussi prendre du recul sur le « paradigme de la solution » : l’idée qu’il suffirait de (bien) imaginer ou identifier les « bonnes » solutions d’adaptation, à distinguer des « mauvaises », et qu’il s’agirait ensuite simplement de (bien) les mettre en place, avant de les répliquer massivement. Ce serait en effet nier d’une part la dimension très contextuelle de chaque solution - aucune action n’est « bonne » dans l’absolu -, d’autre part leur dimension très politique, liée à différents choix de société.

En réalité, on peut même défendre qu’il n’existe pas de solutions purement techniques et que dire l’inverse reviendrait à masquer leurs composantes socio-politiques. Ainsi désimperméabiliser, c’est déjà commencer à modifier l’urbanisme, parfois remettre en question la place de la voiture, et donc gérer d’éventuelles craintes à ce sujet - bref, c’est loin d’être un geste uniquement technique. A ce titre, il faut aussi prendre en compte, dans la réalisation de type d’actions, des savoirs et compétences de toute autre nature.

Détechniciser l’approche de l’adaptation, c’est donc d’abord éviter les écueils précités, mais c’est aussi élargir le regard, en faisant notamment toute sa place à l’enjeu démocratique, car l’adaptation est notre affaire à tous. Puisque, pour paraphraser la géographe Magali Reghezza-Zitt, « s’adapter, ce n’est pas qu’un problème de béton durable et de joint thermique, mais c’est d’abord se confronter aux grandes questions de la répartition des activités et des hommes, de l’organisation de l’espace », alors il est nécessaire d’en débattre et de décider collectivement.

Plus simplement, chacun doit pouvoir s’emparer du sujet (être invité à le faire et en avoir la possibilité) à son échelle, dans sa région, sa commune, son habitation, en lieu et place d’une gestion et délibération entièrement déléguée à des experts.

« L’adaptation présente l’avantage d’offrir des prises directes à l’action : il ne s’agit plus d’apporter sa petite goutte à un problème immense mais de prendre collectivement en charge les enjeux en bas de chez soi. Inviter à contribuer à l’adaptation, c’est inviter à se mobiliser pour préserver ce à quoi on tient : la sécurité de ses proches et de son environnement de vie, un paysage, l’eau que l’on boit ou la pérennité d’une activité économique qui alimente son territoire. » - Vivian Dépoues, chercheur à l’I4CE, interrogé dans “Gérer l’inévitable”.

Dézoomer, ensuite. Les solutions décrites plus haut ne représentent qu’un pan d’un plus grand ensemble, que nous détaillons dans notre livre. Or cette vision plus systémique fait parfois défaut. Il s’agit donc ici aussi d’élargir la focale pour réduire les risques que pose le dérèglement climatique. Comment ? D’abord en s’efforçant de voir au-delà des seuls aléas climatiques eux-mêmes, et de la seule question de l’exposition (d’un foyer, d’une population, d’un territoire, d’une organisation…) à ces aléas, qui concentre encore trop souvent le regard. Ceci supposer aussi de comprendre pourquoi les catastrophes dites naturelles portent en réalité mal leur nom, ce qui change la façon d’y faire face.

Ces considérations sont loin d’être seulement théoriques : elles ont des implications très concrètes. Elles peuvent sembler triviales pour les professionnels de ces sujets, mais l’adaptation ne peut et pourra pas reposer entièrement sur un cercle restreint d’acteurs spécialisés. Et ce d’autant plus, pour évoluer dans ce secteur depuis plusieurs années, que les professionnels eux-mêmes n’ont pas tous cette vision d’ensemble.

Décentrer notre regard, enfin. Les solutions fréquemment citées ont leurs limites et surtout leurs biais ; de là l’intérêt de considérer ce qui est parfois en dehors de son radar. Il peut s’agir de regarder ce qui se pratique dans d’autres cultures, d’autres traditions, mais aussi ce qui s’est pratiqué à d’autres époques et qui peut servir d’inspiration aujourd’hui ; ou encore de porter son attention à ce qui peut sembler périphérique ou secondaire, comme le rôle des récits, de l’imagination, du jeu, des ressentis et des émotions, mais qui pourrait bien s’avérer clef dans une approche globale de l’adaptation, que nous appelons de nos voeux.

Les lignes qui précèdent constituent l’introduction de la troisième partie de notre livre. Pour lire la suite, rendez-vous en librairie.

Nous avons écrit ce livre comme une première base qui pose des fondamentaux d’une approche élargie de l’adaptation. A partir de cet été, et tout au long des prochains mois, nous allons approfondir ces différentes dimensions dans cette Lettre, en explorant des recoins de l’adaptation encore peu arpentés, en donnant la parole à d’autres personnes que les invités habituels sur ces sujets, et en faisant la part belle aux sciences humaines et sociales...Rendez-vous en juin pour en savoir plus !

Read the original on troisdegres.substack.com

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