Mon parcours, dans le désordre et sans filtre
Je pose ici ce que j’ai raconté dans l’épisode solo de Travail émoi – pour celles qui préfèrent lire, ou qui veulent y revenir.
Il y a une question que je pose à chaque invitée de Travail émoi – podcast depuis 31 épisodes : “Et si c’était à refaire ?”
La grande majorité me répond qu’elle ne changerait rien. Que le chemin parcouru, même en zigzag, les a amenées là où elles sont – et que là où elles sont, ça leur convient.
Ma réponse est un peu différente.
J’aime là où j’en suis aujourd’hui, je suis contente de ma situation, le travail que j’ai a du sens pour moi et je suis contente de l’impact que je peux avoir. Néanmoins, il y a une décision que je changerais.
Cette décision, je vais y revenir. Mais d’abord, le début.
Le monde de l’édition, ou comment j’ai choisi la facilité
Ma carrière commence là où commencent beaucoup de littéraires : dans l’édition.
J’y suis arrivée par facilité parce qu’être littéraire, c’était plus simple que de faire un bac scientifique, alors même que j’aurais pu le faire.
La maison d’édition en question confondait quantité et qualité – produire à la chaîne des livres pas toujours très bons, dans une pièce sans fenêtre au sous-sol d’une librairie. Quand l’envie d’ailleurs commence à pointer, une conversation change tout. Une de mes autrices la mentionne à une rédactrice de revue médicale spécialisée et je change de job.
Le journalisme médical, le management informel, et mon intuition
Ce deuxième poste dure sept ans. Il ressemble superficiellement au premier mais c’est en réalité un autre univers. Il faut gérer la rédaction, travailler avec des médecins, coordonner, arbitrer.
Et c’est là que quelque chose s’impose naturellement, sans que ce soit vraiment planifié.
J’avais tendance à organiser le travail des autres et à prendre la responsabilité de leur bien-être au travail.
Je me retrouve à écouter, à organiser, à proposer, à devenir, de façon informelle, la référente de notre boss sur les questions d’organisation. Puis à manager – y compris les personnes qui m’avaient embauchée et formée… Un grand moment…
Je pense que ça m’a pas mal fait réfléchir à ce que c’était que le management et aux relations sociales au travail.
Le bilan de compétences ou l’occasion manquée
À l’issue de cette expérience, avant de passer à la suite, je fais un bilan de compétences.
Le résultat ?
La conclusion du bilan de compétences, ça a été que je pouvais faire tout ce que je voulais sauf commerciale.
La consultante est jeune, psychologue du travail, bienveillante. Mais elle manque de recul sur ce que c’est que d’être une femme de 40 ans avec deux enfants de moins de 5 ans qui cherche à se réorienter. Le lien ne se fait pas. L’accompagnement ne débouche sur rien.
La recherche : le meilleur job de ma vie
Après ce bilan qui n’aboutit à rien, je reprends des études. Un master RH et sociologie du travail. Et à la fin du master, une proposition inattendue : commencer une thèse, sur l’usure professionnelle des managers de proximité, avec l’ouverture d’un grand groupe pour aller enquêter sur le terrain.
C’est vraiment dans ces fonctions-là que je me suis absolument éclatée, même si le salaire était la moitié de ce que j’avais dans le privé.
Je passe 2 ans à interviewer des managers dans les transports, la propreté urbaine, la gestion de l’eau. Je n’ai pas la formation théorique de mes collègues en sociologie – mais j’ai 2 atouts qu’ils n’ont pas : la connaissance du monde de l’entreprise, et aucun problème à aller sur le terrain.
Si j’avais pas toutes les connaissances théoriques par rapport à mes collègues, l’avantage que j’avais, c’est que j’avais pas non plus d’école de pensée stricte et que donc je pouvais naviguer d’un secteur à l’autre.
Le syndrome de l’imposteur est là – je me sens illégitime à côté des “vrais” scientifiques mais j’y arrive.
Je me suis dit : j’aimerais faire ça toute ma vie.
La porte claquée – le grand regret
Et puis : des changements politiques dans le laboratoire, le directeur de recherche part, les terrains d’enquête se ferment et en parallèle, une expatriation aux Pays-Bas se profile.
Plutôt que d’essayer de creuser comment j’aurais pu faire avec toutes ces difficultés, j’ai claqué la porte comme ça m’arrive souvent quand je suis hyper impulsive et je suis partie.
C’est mon seul vrai regret : pas d’avoir fait des choix risqués, pas d’avoir changé de cap plusieurs fois, mais de ne pas avoir tenu bon à ce moment-là, de ne pas m’être battue davantage.
Ça reste un très grand regret dans ma vie de m’être arrêtée là et de ne pas être allée plus loin dans ce job-là qui était vraiment ce qui m’intéressait le plus dans tout ce que j’ai fait dans ma vie.
Amsterdam : l’expatriation sans filet
Arrivée brutale Pays-Bas : je n’avais pas mesuré ce que l’expatriation allait signifier concrètement pour mon activité professionnelle.
Je n’avais absolument pas capté qu’il n’y avait pas de job pour moi aux Pays-Bas.
Les jobs possibles avec mon niveau d’anglais de l’époque ? Les call centers…
Du coup, je construis autre chose à partir de ce que je sais faire : je démarche des cabinets de conseil en France pour travailler en sous-traitance depuis les Pays-Bas. Pendant 5 ans, je travaille comme consultante en prévention des risques psychosociaux – un pied en France, un pied aux Pays-Bas.
Le coaching de carrière : une reconversion logique
Au bout de 5 ans, cette organisation hybride me fatigue. Et encore une fois, de façon “plutôt impulsive et pas très réfléchie”, je pivote. Cette fois vers le conseil en carrière –l’équivalent d’un bilan de compétences, sans le cadre réglementaire français.
Plusieurs centaines de clientes accompagnées sur plusieurs années. En France, aux Pays-Bas, à l’international, des femmes qui veulent redéfinir leur trajectoire professionnelle, comprendre ce qui a vraiment du sens pour elles.
Et en 2025, une certification en coaching pour consolider et approfondir ma pratique.
La conviction qui donne sens à tout le reste
Ce qui relie tous ces fils, c’est les conditions de travail et celles des femmes en particulier.
Comment faire pour que des femmes qui sont mes clientes, qui sont des personnes brillantes, comment faire pour éviter qu’elles en arrivent à douter d’elles-mêmes, simplement parce qu’elles se sont heurtées à un système et à des entreprises qui ne sont pas faits pour les femmes brillantes.
Ce n’est pas qu’une posture, c’est une conviction ancrée dans des faits : les promotions oubliées au retour de congé maternité, la contribution moins reconnue, la charge mentale supérieure non prise en compte dans l’organisation du travail.
Le facteur genre, il est assez peu pris en compte finalement quand on réfléchit au bien-être au travail. Et pour moi, c’est fondamental d’en tenir compte.
Et ce que je veux accomplir :
Aider des femmes professionnelles à retrouver confiance en elles, estime d’elles-mêmes parfois même, et à les aider à non pas s’adapter à un système pourri, mais se dégager des marges de manœuvre pour pouvoir retrouver l’impact qu’elles n’auraient jamais dû cesser d’avoir.
Parce que vie pro et vie perso ne sont pas deux compartiments à gérer séparément. C’est une seule et même personne qui doit pouvoir s’y retrouver.
Si tu sens que tu as besoin d’y voir plus clair sur ce qui te rend heureuse au travail, écris-moi. Et si cet épisode t’a parlé, dis-le en commentaire, par email, ou en partageant à quelqu’un à qui ça pourrait faire du bien.

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