Dans cet épisode, nous parlons de la mort avec mon invitée et nous en parlons sans tabou, et même avec humour.
Peut-être que ce n’est pas le bon moment pour toi et c’est ok : prends soin de toi avant tout.
Virginie a 43 ans. Elle habite dans les Hauts-de-France. Elle a un chat qui s’appelle Gustave et 69 livres dans sa pile à lire. Elle est fan de Taylor Swift et elle porte des baskets à paillettes.
Et depuis toute petite, elle visite les cimetières.
Simplement parce qu’elle aime ça.
Son arrière-grand-père l’emmenait chaque dimanche se recueillir au cimetière. Elle regardait les sépultures : elle trouvait ça beau. Et encore aujourd’hui, elle dit “oh, une porcelaine !” quand elle en voit une qui lui plaît.
Les cimetières, pour Virginie, sont des musées à ciel ouvert. On apprend l’histoire d’une ville en lisant les épitaphes, en repérant les associations, les tombes des résistantes, les maires enterrés depuis deux siècles.
Faut juste se pencher un peu pour connaître la vie locale. C’est super intéressant.
Ce regard-là – curieux, respectueux, jamais morbide – va soutenir tout son parcours.
Le décès de sa mère, un mariage, et un conseiller funéraire qui s’excusera le lendemain
La mort est vraiment entrée dans la vie de Virginie en 2013. Sa mère décède un mois après son mariage.
Virginie se retrouve à organiser des obsèques sans avoir aucun repère et le conseiller funéraire qui la reçoit se comporte si mal qu’il appellera le lendemain pour s’excuser.
J’ai dit : bonne journée, monsieur. Le mal était fait. Le souvenir est là.
Elle ne part pas en croisade ce jour-là : elle range ça dans un coin de sa tête.
Dans les années qui suivent, elle ouvre une entreprise d’organisation de mariages – presque par instinct, comme une bouée de sauvetage dans le deuil. Elle la fermera quatre ans plus tard, quand sa tristesse sera apaisée. Elle enchaîne les postes : tourisme, service client chez un éditeur de jeux vidéo, chargée de clientèle chez Airbnb, Booking.com, Swiss Life. Un jour, LinkedIn lui propose un poste de cadre dans une start-up parisienne. Elle croit à un scam mais ce n’en est pas un. Elle fait 6 mois, la levée de fonds n’aboutit pas, et le Covid arrive.
Elle se retrouve au chômage et décide de passer un diplôme de conséillère funéraire.
Conseillère funéraire diplômée, Virginie travaille comme salariée dans une entreprise de pompes funèbres. Elle aime son métier. Elle accompagne les familles avec soin, explique chaque étape, appelle le transporteur devant elles pour qu’elles voient tout ce qui se passe.
Elle arrête pourtant quelques années plus tard pour devenir aidante familiale : sa grand-mère développe un Alzheimer et a besoin de dialyses, elle peut appeler à toute heure. Virginie reprend un poste en 9-17 avec du télétravail.
Ce passage dans la finance, elle le décrit comme aller ”de Poudlard chez les Moldus”. La mort lui manque. La façon d’en parler, d’y penser, d’être entourée de gens qui la comprennent.
Alors début 2025, en arrêt maladie pour un syndrome de l’intestin irritable, elle s’ennuie, joue à Animal Crossing, et entre 2 parties, décide de lancer un podcast.
Je m’ennuyais. Je me suis dit : et si je parlais de la mort. Voilà. C’est vraiment comme ça.
Beyond the Veil est lancé. Elle emmène ses auditeurs dans les cimetières, leur fait découvrir des traditions funéraires, parle de faits de société. Et elle réalise qu’il manque quelque chose d’essentiel : un espace pour aider les gens à préparer leurs propres obsèques.
Il n’y a presque pas d’obligations légales dans l’organisation des obsèques. Cercueil, transport – voilà ce que la loi impose. Pour le reste : tu choisis. La tenue, la musique, le faire-part, la cérémonie, les textes. Tu peux même préparer ta photo maintenant – une photo récente, pas celle d’il y a 30 ans – pour que le thanatopracteur sache comment te maquiller si tu veux l’être.
Si tu veux partir les cheveux bouclés, tu le dis. Moi je pars avec ma robe en tulle rose et mes bottes Taylor Swift.
Elle ajoute, avec une logique implacable : qu’est-ce qu’on va en faire de ces bottes quand je serai morte ? On va les donner. Autant que je reparte avec.
Ce que Virginie construit, c’est un programme pour que les gens aient cette conversation chez eux, sereinement, avant l’urgence. Pour que la famille n’ait pas à deviner, pour que l’hommage te ressemble vraiment, pour que ceux qui restent n’aient pas à vivre avec le sentiment d’avoir « fait au mieux ».
Elle ne referait pas – parce que si c’était à refaire, sa mère serait encore en vie. Et alors tout serait différent, elle serait quelqu’un d’autre, elle n’aurait jamais emprunté ce chemin.
Mais si on accepte que sa mère est bien décédée – oui, elle le referait. Elle serait devenue conseillère funéraire plus tôt. Elle n’aurait pas attendu autant d’années.
Aujourd’hui j’ai rencontré de super personnes, j’ai de belles opportunités, je me sens épanouie. Même si la vie entre deux m’a roulé dessus. Si c’était à refaire, je le referais.
L’épisode est disponible maintenant sur toutes les plateformes d’écoute. Et je t’encourage vraiment à aller découvrir Beyond the Veil - Le podcast de Virginie.

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