Cette phrase, je la connaissais.
Et pourtant, elle ne m’a pas empêché de faire exactement l’inverse de ce qu’elle implique.
Quand on lance notre habitat collectif, on est portés par une idée forte :
👉 la solidarité patrimoniale
Concrètement :
certains peuvent investir 20 000 €
d’autres 200 000 €
Et ce n’est pas grave. C’est même voulu.
L’objectif est clair :
👉 permettre à des profils différents de vivre ensemble
👉 gommer les inégalités de départ
On décide donc :
même nombre de voix pour tous
chacun apporte ce qu’il peut
ceux qui apportent moins reconstituent progressivement leur part
Sur le papier ?
👉 C’est beau.
👉 C’est juste.
👉 C’est inspirant.
Ce qu’on n’a pas vu, c’est qu’il ne suffit pas de décréter l’égalité pour qu’elle existe.
En réalité, on a créé un système profondément déséquilibré.
À un moment, on était sur des écarts de 1 à 20 !!
Et surtout :
👉 perdre 20 000 €
👉 ou perdre 200 000 €
… ce n’est pas le même enjeu.
Intuitivement, on pourrait croire que celui qui met le plus d’argent a le plus de pouvoir.
C’est faux.
Dans un système :
1 personne = 1 voix
décisions à l’unanimité
👉 le pouvoir bascule vers celui qui a le moins à perdre.
Pourquoi ?
Parce qu’il peut aller au conflit.
Parce qu’il peut bloquer.
Parce qu’il peut rester coûte que coûte.
Sans prendre beaucoup de risque !
Alors que celui qui a beaucoup investi… devient dépendant du groupe.
Quand les tensions arrivent, cette mécanique devient brutale.
On se retrouve face à des positions du type :
“Quoique vous décidiez, nous, on ne partira pas.”
Et là, tout change.
Parce que toi, en face, tu as :
20 ans d’épargne
la totalité de ton patrimoine engagé
un risque réel de perte
👉 Tu n’es plus libre.
Autre effet pervers :
👉 tu deviens la banque du groupe.
On avait mis en place un système classique :
chacun a un compte courant d’associé
ceux qui ont moins apportent progressivement
avec une petite rémunération (1% pour la part > 150k€)
Sur le principe, c’est sain. Mais dans un habitat collectif :
👉 ce n’est pas un investissement classique
👉 ce n’est pas un projet de rendement
Et pourtant, si tu appliques des logiques de marché (IRL, inflation…) :
👉 tu crées une machine ingérable
Dans notre cas, ça représentait jusqu’à 40 000 € d’intérêts par an.
Totalement intenable.
Avec le recul, je pense que :
la solidarité patrimoniale est une bonne idée
mais elle doit être encadrée
Quelques principes que je retiens :
👉 limiter les écarts
👉 plafonner les apports
👉 prévoir une rémunération très symbolique (ex : 1% au-delà d’un seuil)
👉 expliciter les implications relationnelles
Car oui :
donner ou prêter de l’argent, ce n’est jamais neutre.
Ça crée :
de la dépendance
des attentes implicites
des déséquilibres invisibles
Un autre déséquilibre que je n’avais pas vu venir :
👉 quand quelqu’un dépend financièrement du lieu.
Dans notre cas, un membre décide de :
quitter son activité
vivre des revenus générés sur place
Sur le papier, c’est génial :
👉 ça fait vivre le lieu
👉 ça crée de l’activité
Mais en cas de conflit ?
👉 les enjeux ne sont plus les mêmes.
Certains peuvent partir.
D’autres… non.
Et là, la discussion change complètement de nature.
Avec le recul :
Un habitat collectif ne supporte pas les déséquilibres prolongés.
Ni financiers.
Ni humains.
Ni économiques.
Et surtout :
ce qui n’est pas cadré devient un terrain de conflit.
Si vous lancez un projet d’habitat collectif :
oui à la solidarité
non aux écarts trop importants
attention aux dépendances économiques
et surtout : cadrez tout
Même (et surtout) ce qui vous semble secondaire.
👉 Dans le prochain épisode, je parlerai d’un point clé :
le flou dans les règles… et comment il détruit un collectif.

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