Au début, notre groupe était motivé, plein d’énergie et de bonne volonté. On venait de trouver un château à acheter, et on se lançait dans l’aventure « tout feu tout flamme ».
Dans notre groupe de neuf, deux personnes avaient des compétences intéressantes :
Un coach de dirigeants, habitué à animer des ateliers de dynamique de groupe,
Une spécialiste en intelligence collective, capable de faire travailler un collectif sur une problématique commune.
Je me suis dit : parfait ! On a déjà ce qu’il faut en interne pour gérer la partie humaine. Pourquoi payer quelqu’un à l’extérieur ?
Et je l’avoue, j’avais un blocage :
Le coût – faire intervenir un professionnel, ça commence vite à 2 000 € pour quelques jours.
L’idée d’équité – on avait déjà passé du temps et de l’énergie sur la partie juridique et financière. Pourquoi externaliser aussi cette partie ?
Je pensais vraiment qu’avec nos compétences internes, on pouvait gérer. Sauf que… la réalité est tout autre.
Très vite, les premières tensions sont apparues. Et c’est là que j’ai compris que la dimension humaine n’est pas la même que la dimension technique.
Lorsqu’il a fallu choisir un accompagnateur externe, ça a été le début d’un conflit dans le groupe :
L’un proposait des personnes qu’il connaissait et qui pouvaient intervenir bénévolement.
L’autre, considérait que ce n’était pas éthique et refusait cette solution.
Pendant ce temps, moi, j’étais en retrait, observant. Pour moi, c’était un débat d’experts, et je ne voulais pas m’immiscer. Mais ce conflit a révélé un problème plus profond : personne dans le groupe n’avait la capacité de gérer ces tensions de façon neutre.
Au final, à cause de ces tensions qui ont révélées des comportements inadaptés, un premier foyer a quitté le projet. Et c’est là que j’ai eu le déclic. Si nous voulions que le projet survive, il allait falloir investir dans un accompagnement externe, et accepter que ça coûte de l’argent.
J’ai appris que la compétence technique et la compétence humaine sont deux mondes complètement différents.
Les compétences techniques, ça se partage. Statuts, business plan, finances… Si quelqu’un a déjà fait un business plan, il peut encadrer les autres, donner des conseils, vérifier des chiffres.
La compétence humaine, ça ne s’improvise pas. La médiation, la gouvernance collective, la gestion des conflits… Quand on est concerné, on ne peut pas être objectif. Et c’est exactement là qu’un professionnel externe devient indispensable.
Un bon accompagnateur joue trois rôles à la fois :
Apport technique – partager des outils de gouvernance, des méthodes de prise de décision, des retours d’expérience.
Médiation – rester neutre, reformuler, apaiser les tensions et éviter que les conflits ne s’enveniment.
Retour d’expérience – raconter ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas dans d’autres projets d’habitat collectif, prévenir des erreurs que nous n’avons même pas encore identifiées.
Sans ce regard extérieur, on se retrouve vite dans des situations où chacun joue un rôle sans même s’en rendre compte : victime, persécuteur, sauveur… Le fameux triangle de Karpman. Et plus on avance dans le projet, plus ces rôles se cristallisent et deviennent dangereux.
Le départ de ce premier foyer m’a fait réaliser que si même des professionnels compétents dans le groupe ne pouvaient pas gérer certaines tensions, nous n’y arriverions jamais seuls.
À ce moment, j’ai accepté l’idée de payer un professionnel externe pour accompagner le groupe. Ce n’était pas qu’une question de technique : c’était une question de survie du projet, de santé humaine et de bien-être collectif.
Beaucoup pensent que l’accompagnement, c’est cher. En réalité, le coût est bien inférieur à celui des crises et des départs.
Tarif journalier : environ 600 à 800 € par jour pour un professionnel expérimenté en habitat collectif.
Fréquence : nous avions prévu une journée par trimestre, soit 4 interventions par an.
Budget annuel : 2 000 à 3 000 € par an.
Pour ce prix, tu bénéficies de :
Une gouvernance plus claire
Moins de conflits
Des décisions prises collectivement et sereinement
Une meilleure santé relationnelle du groupe
En comparaison, le coût humain et financier d’un départ non anticipé est bien supérieur (et je sais de quoi je parle ;).
Deux portes principales pour trouver un professionnel fiable :
La Coopérative Oasis – que je ne présente plus :)
Le réseau national des accompagnateurs et accompagnatrices professionnelles de l’habitat collectif – qui répertorie des experts en gouvernance, médiation et animation de groupes.
Ces réseaux permettent de mettre la main sur des professionnels qui ont déjà vécu ce que tu vas vivre et savent guider un groupe dans les moments critiques.
Si je devais résumer cette leçon :
L’accompagnement externe n’est pas un luxe. C’est une nécessité pour la réussite humaine d’un habitat collectif.
Investir quelques milliers d’euros par an pour un regard neutre, des outils et une médiation professionnelle est beaucoup moins coûteux que les crises, tensions et départs non gérés.
Dans le prochain épisode, on abordera la question de l’argent et de l’équilibre des capitaux dans un habitat collectif, et comment intégrer cet accompagnement dans votre budget dès le départ.

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.