Quand, avec Marine, nous avons décidé de nous lancer, nous avons fait ce que beaucoup font face à un nouveau projet enthousiasmant : nous en avons parlé à tout le monde.
Anciens associés.
Amis.
Voisins.
Frères.
Connaissances LinkedIn.
Le seul vrai critère que nous avions au départ était logistique :
à moins d’une heure de Lyon
un budget global inférieur à 1 million d’euros
4 à 5 foyers
Autrement dit : “viens, on verra bien.”
Nous avons visité une quinzaine de lieux avec des configurations de groupes différentes.
Mais derrière le mot habitat collectif, chacun mettait quelque chose de très différent.
Pour nous, l’habitat collectif portait des enjeux de :
écologie (résilience & sobriété)
justice sociale (solidarité patrimoniale)
intergénérationnel (accueil de seniors)
Pour d’autres :
création d’un tiers-lieu économique
développement d’une activité professionnelle
accueil d’événements
lieu de pratique thérapeutique
Sur le papier, tout semblait compatible.
D’autant plus que le lieu que nous avons trouvé — un très grand domaine avec beaucoup d’espace — donnait l’illusion que tout pourrait coexister.
Chacun pourrait faire son projet.
Donc tout le monde serait satisfait.
Donc le collectif fonctionnerait.
Croyance.
Nous n’avions pas de vision commune structurante.
Nous avions une juxtaposition d’intentions.
Très vite, des signaux faibles sont apparus.
Difficultés à gérer les désaccords sur la répartition des espaces.
Conflits territoriaux larvés.
Débordements émotionnels lors de discussions pourtant prévisibles.
Mais nous étions déjà engagés.
Offre d’achat signée en avril.
Emménagement prévu en juillet.
Le tempo était extrêmement rapide.
Et j’ai fait un choix inconscient :
protéger l’avancée du projet plutôt que questionner la solidité du groupe.
Avec le recul, deux éléments étaient déterminants :
Vivre en habitat partagé implique :
accepter les tensions
exposer ses fragilités
déposer les conflits dans un cadre collectif
mettre en place des rituels (météo émotionnelle, espaces de régulation, etc.)
Ce n’est pas un travail individuel chez un psy.
C’est un travail collectif, continu.
Certaines personnes y étaient prêtes.
D’autres pas du tout.
Nous ne l’avons pas vraiment regardé.
Un autre révélateur simple :
le rapport aux objets.
Partager un marteau ou une machine à laver.
Accepter que “ce qui est à moi” devienne “à nous”.
Cela peut paraître anecdotique.
Ça ne l’est pas.
L’habitat collectif commence là :
dans le quotidien.
Nous étions dans une phase de séduction collective.
Comme lors des premières rencontres amoureuses :
chacun montre sa meilleure version.
Et comme dans tout projet entrepreneurial,
nous étions victimes du biais d’investissement irrécupérable :
plus nous avancions, plus il devenait difficile de remettre en question le groupe.
Nous avions envie que cela fonctionne.
Donc nous avons interprété les signaux d’alerte comme des détails.
Un habitat collectif n’est pas une copropriété optimisée.
Si le projet commun se limite à :
“acheter plus grand et réduire les coûts”,
ce n’est pas un habitat collectif.
C’est une colocation patrimoniale.
Le ciment ne peut pas être seulement financier ou logistique.
Il doit être :
existentiel
relationnel
politique (au sens du vivre-ensemble)
Avant de s’engager avec un groupe :
Prendre au moins un an de maturation collective.
Multiplier les week-ends tests en conditions réelles.
Observer la gestion des conflits plutôt que les intentions déclarées.
Vérifier la volonté explicite de travail sur soi en collectif.
Clarifier la vision centrale du projet — et accepter qu’elle exclue certaines envies.
Nous sommes allés trop vite.
Mais surtout, nous avons cru que la bonne volonté suffisait.
La semaine prochaine, j’irai plus loin sur cette question du rythme :
👉 Erreur #3 — Aller beaucoup trop vite.

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