Je suis mère d’un enfant de 10 ans, installée à Los Angeles, et ici, j’explore les zones floues - celle entre l’enfance et l’adolescence, et celle que l’on traverse à 40 ans. Chroniques d’une femme, mère et journaliste, qui essaie de comprendre le monde, son monde, alors qu’il part en vrille.
Je vous écris la veille de mon départ en vacances. Nous sommes vendredi, il est 23 heures, mon réveil sonnera dans 5 heures. J’ai l’estomac noué.
Je répète les mêmes schémas, année après année. J’ai envie de me baffer.
Dans quelques heures, on part pour 9 jours de roadtrip en Utah et dans le Wyoming. En 4x4 et tente de toit. La nature, mon mari et mon fils. J’ai pris des bouquins en français que j’ai achetés en mai et que je n’ai toujours pas eu le temps d’ouvrir.
J’ai réservé un vol à 7h du matin. On doit donc se lever à 4h30. Je déteste ça, les réveils à l’aube. J’ai déjà pleuré alors que je partais en vacances tellement je déteste ça, et pourtant je le fais à chaque fois en me disant que “comme ça, on profitera de notre première journée”.
Mais peut-on vraiment profiter de sa journée quand on a mal dormi et qu’on la démarre nerveux et angoissé?
Il est 23 heures et je viens à peine de fermer ma valise.
J’ai eu une montée d’angoisse en fin de journée parce que je n’avais rien réservé. Je me disais: on part en camping, vive l’aventure. Et puis, je me suis rappelée qu’on était beaucoup trop nombreux sur terre. J’ai un peu vrillé intérieurement quand j’ai découvert que les spots prévus n’étaient plus dispos. J’ai finalement fait une boucle, booké une poignée de nuits, ça devrait être sympa.
Je dois encore régler 2, 3 trucs pour le boulot. Dan travaille encore. On était sous le même toit toute la semaine, mais on ne s’est pour ainsi dire pas vus. On a bossé, de 8 heures du matin à 23 heures, tous les jours.
Je crois que c’est ce qui me manque le plus de mes 17 ans de salariat: éteindre mon ordinateur le vendredi soir et tout oublier. Bon, j’ai toujours aimé mon boulot donc je ne l’oubliais pas complètement. Mais il y avait une légèrété et une forme de je m’en foutisme que je peine à retrouver.
C’est dû à mon statut de freelance et cette sensation que “si je ne travaille pas aujourd’hui, je perds de l’argent”.
En réalité, si je ne travaille pas, je n’en gagne pas. Ce n’est pas tout à fait la même chose.
Mais n’empêche, ça m’angoisse. Lever le pied, ne rien faire. J’ai perdu la main.

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.