Prière de ne pas déranger. C’est en quelque sorte la réponse aux questions posées par Raison sensible aux trois auteurs du rapport sur l’information en santé. Un rapport qu’ils inscrivent résolument dans une guerre informationnelle. L’un d’entre eux, le médecin de santé publique Hervé Maisonneuve, appelle d’ailleurs très explicitement à la gagner sur son blog. Là où se trouve en fait la seule réponse, en creux, à mes questions et à ma lettre, qui rappelait que ce spécialiste de l’intégrité scientifique avait publié, l’année dernière, une recension plutôt élogieuse de mon livre L’obscurantisme au pouvoir. « Un livre qui dérange et nous questionne », annonçait-il dans le titre de son billet, qui reprenait aussi mon sous-titre, en y ajoutant un point d’exclamation : « Quand la pensée dominante entrave la connaissance ! » Ce à quoi vient de se livrer Hervé Maisonneuve, en supprimant cette recension de son blog, après la publication de ma lettre, que j’ai eue l’occasion d’évoquer chez Frédéric Taddéï sur Europe 1. Une censure en guise de réponse… et une expression assez révélatrice de l’obscurantisme actuel.
Une intégrité qui se traduirait par la mise à la trappe numérique de ce qui dérange.
« Ce livre mérite réflexion car l’auteur apporte des raisonnements nouveaux », écrivait pourtant Hervé Maisonneuve, décrivant en outre Raison sensible comme « une lettre bien argumentée, de qualité pour dénoncer des pratiques douteuses... » Je me permets donc de signaler ici la sienne, survenue alors que Santé Publique France vient de faire de lui son référent à l’intégrité scientifique. Une intégrité qui se traduirait ainsi par la mise à la trappe numérique de questionnements qui dérangent et de raisonnements nouveaux. Le principal d’entre eux, développé tout au long de mon livre, consiste à montrer, à l’aide de nombreux exemples, comment l’obscurantisme disqualifie la contradiction et la controverse scientifique, en l’assimilant à de la désinformation. Ce que conforte le rapport co-signé par Hervé Maisonneuve, Dominique Costagliola et Mathieu Molimard, et surtout la campagne de communication qui a accompagné sa sortie en manifestant une volonté de censure et de sanction.
L’obscurantisme au pouvoir, j’en ai parlé de vive voix avec Hervé Maisonneuve, quelques jours après la tenue du colloque où le ministre de la Santé Yannick Neuder avait déclaré la « guerre à la désinformation en santé ». Celui qu’il allait bientôt missionné venait, lui, de lire mon livre, et me complimenta en confiant n’y avoir trouvé « aucune erreur », à sa grande surprise. Il convint aussi avec moi que ce colloque était une belle manifestation de cet obscurantisme que je diagnostiquais. Nous nous quittâmes en prévoyant de traiter bientôt dans Raison sensible de son sujet de prédilection, le système des publications scientifiques et ses problèmes d’intégrité. Et il m’annonça qu’il allait recenser mon livre sur son blog. Ce qu’il fit, avec quelques précautions d’usage pour ne pas non plus apparaître comme avalisant tout le contenu de cet ouvrage dérangeant. Sans donc préciser qu’il n’y avait rien trouvé d’erroné, mais en saluant ses mérites et son intérêt.
Tout ce que Jacques Robert disait au sujet de mon livre était faux, mais Hervé Maisonneuve le remercia pour « cette vision pragmatique ».
Après la publication de sa recension, j’ai toutefois eu un petit aperçu de la faculté d’Hervé Maisonneuve d’adapter son discours à son interlocuteur. En l’occurrence, au cancérologue Jacques Robert. Ce dernier a posté un commentaire extrêmement critique sur mon livre, en s’étonnant que lui soit accordé une forme d’approbation, alors qu’il multipliait, selon lui, les « erreurs fondamentales ». Il entreprenait donc d’en réfuter quelques unes, en enchainant les contres vérités. Tout ce qu’il disait au sujet de mon livre était tout simplement faux, comme j’allais pouvoir aisément le montrer. Vous pourrez en juger par vous-même à la fin de cet article.
Je fus surtout surpris de la réponse d’Hervé Maisonneuve au professeur Robert, qui avait conclu sa diatribe, censée disqualifier mon livre, en invitant à le ranger « sur l’étagère Total Bullshit ». Très loin, donc, du jugement exprimé par l’expert en intégrité scientifique lors de notre rencontre. Mais là, il remercia le professeur pour « cette vision pragmatique » et la « clarté du commentaire », qui l’aidaient à se questionner. Et tout en reconnaissant n’avoir « pas toutes les connaissances sur ces cas pour se prononcer », il ajoutait que « ses opinions rejoignent Jacques Robert sur la plupart de ses analyses ». Bien que ce dernier vienne de poster un tissu de mensonges obscurantiste, pas difficile à identifier.
Finalement, après une mise en contact effectuée par l’hôte du blog, l’épisode s’est terminé par un échange d’emails cordial avec Jacques Robert. Mais six mois plus tard, quand j’ai eu l’occasion de recroiser le docteur Maisonneuve, je lui ai tout de même fait part de mon effarement face au caractère très inattendu de sa réaction. Pourquoi louer le pragmatisme d’un commentateur qui qualifie de total bullshit (un ramassis de conneries, pour les non anglophones) ce livre où lui-même, expert en science médicale, n’avait relevé aucune erreur ? Il me rétorqua qu’il fallait savoir se montrer diplomate... Jusqu’à complimenter le professeur qui vient lui-même raconter du total bullshit.
Depuis notre première rencontre, Hervé Maisonneuve s’était vu confier par Yannick Neuder la mission de co-rapporteur sur la désinformation en santé. Pour cette raison, le médecin-blogueur avait dû décliner ma proposition de débat pour Raison sensible sur les publications scientifiques. Le sujet de son intervention du jour au congrès de la NPIS, la société savante dédiée aux interventions non médicamenteuses, présidée par le professeur Grégory Ninot. La semaine précédente, ce dernier avait reçu les “honneurs” d’un article de L’Express s’attachant à discréditer, de façon assez piteuse, cet universitaire qui travaille depuis plus de 20 ans à l’évaluation scientifique de pratiques de soins non conventionnelles (PSNC). L’hebdomadaire y recourait sans vergogne à la méthode du déshonneur par association, en s’employant à répertorier tous les contacts que Grégory Ninot aurait pu avoir avec des pratiques dites « ésotériques ».
Dans Le Point, huit jours plus tôt, le professeur Fabrice Berna avait eu droit au même type de traitement de façon encore plus malveillante et trompeuse, et cette fois également attentatoire à sa vie privée. Plus récemment, ce fut au tour du professeur Bruno Falissard, qui avait relayé la réponse de Fabrice Berna à l’article du Point, de se retrouver portraitisé dans le même style par L’Express.
L’avis de journalistes pratiquant la chasse aux sorcières fantasmées a été privilégié, pour aboutir à un diagnostic partagé.
Ces trois universitaires auraient néanmoins été particulièrement légitimes pour figurer parmi les 270 personnes interrogées par Hervé Maisonneuve et ses deux acolytes pour leur rapport, en raison de leur production scientifique importante sur la question des PSNC. Un sujet qui figure au premier rang des préoccupations sur la désinformation en santé. Ces experts n’ont pourtant pas été sollicités. En revanche, les rédacteurs du rapport ont choisi d’interroger les journalistes qui ont dressé leurs portraits à charge. Ce qui semblait d’ailleurs un peu gêner Hervé Maisonneuve quand il m’a livré les noms de ceux qu’ils venaient d’auditionner.
La référence en intégrité n’avait visiblement guère apprécié les articles sur les professeurs Ninot et Berna, et quand vint en février dernier le tour de Bruno Falissard, il se fendit d’un message sur Linkedin alertant sur les méfaits d’une chasse aux sorcières, tout en soulignant que l’on avait besoin de l’expertise de cet universitaire. Reste que pour le rapport commandé par le ministre, c’est bien l’avis de journalistes pratiquant la chasse aux sorcières fantasmées qui a été privilégié, pour aboutir à ce qui est présenté comme un diagnostic partagé. Notamment pour ces PSNC, dont les principaux spécialistes n’ont donc pas été consultés.
J’aurais évidemment questionné Hervé Maisonneuve sur le choix des personnes interrogées s’il avait tenu parole et accordé à Raison sensible un entretien après la sortie du rapport, comme il s’y était engagé, ce jour-là. Mais une fois le document livré à la nouvelle ministre, le rapporteur m’a finalement fait savoir qu’il ne serait pas disponible, et n’a ensuite plus répondu à mes messages. Ni quand je lui ai envoyé mes questions, ni quand je lui ai fait dernièrement part de ma déception devant la suppression de sa recension, en lui demandant si l’intégrité scientifique l’imposait.
Des personnes qui le connaissent bien, l’apprécient et saluent sa bonne connaissance du domaine de l’édition scientifique, m’ont suggéré que sa nouvelle situation dans un climat très conflictuel devait l’inciter à « se caler dans le moule “mainstream” de l’intelligentsia scientifique du moment, et donc de couper les ponts avec tout ce qu’il peut percevoir comme sulfureux voire dangereux pour l’aura qu’il a désormais ». Pas vraiment glorieux ni intègre, mais humain, et incitant à suivre cette “intelligentsia scientifique” du moment, malgré ses pratiques douteuses. Par exemple en faisant sien, sur son blog, le « constat affolant » dressé par la journaliste Margot Brunet dans Naturopathie : l’imposture scientifique.
Une thèse faisant fi de la réalité des expériences de mort imminente pour en apporter une explication neurologique, en se voulant rationnel.
Figurant parmi les journalistes interrogés pour le rapport sur l’information en santé, Margot Brunet est également présente dans mon livre pour un de ses articles, publié dans Marianne. Plus précisément un dossier consacré aux expériences de mort imminente et à un autre livre que j’ai écrit sur le sujet avec le docteur Jean-Pierre Jourdan, dont étaient tirées, en « avant-première », les bonnes feuilles présumées. Le dossier occultait surtout l’essentiel de son contenu, tant factuel que scientifique, pour soutenir une thèse faisant fi de la réalité de ces expériences afin de leur apporter une explication neurologique, en se voulant rationnel.
J’avais interrogé Margot lors de mon enquête sur l’obscurantisme, après lui avoir confié que son dossier en constituait un très bel exemple. Le lendemain, elle m’avait demandé de ne pas citer ses propos dans mon livre. Acceptant sa requête qui signifiait son refus que s’exprime un contradictoire, je m’étais donc contenté de ses écrits obscurantistes.
A la sortie de son livre accablant la naturopathie, et plus largement l’ensemble de ces PSNC qu’elle dénonce aussi dans de nombreux articles, j’ai proposé à Margot Brunet un débat avec un de leurs défenseurs. Elle a refusé, prétextant que je ne lui aurais « vraiment pas paru honnête » lors de nos échanges concernant mon livre. Je lui ai demandé pourquoi, mais elle n’a pas répondu. Comme elle m’avait aussi dit qu’elle aimerait beaucoup débattre avec un naturopathe ou un représentant des PSNC, car c’était « vraiment l’objectif de ce livre de susciter la discussion », je l’ai relancée quatre mois plus tard, ne l’ayant vue entretemps participer à aucun débat contradictoire.
Margot avait en revanche bénéficié d’une belle couverture médiatique, avec systématiquement un traitement très complaisant, comme celui d’Hervé Maisonneuve, pour un livre qui mériterait pourtant quelques critiques, tant il s’agit d’un tableau à charge partant de deux ou trois cas individuels dramatiques pour généraliser le danger que représenteraient toutes les PSNC. Avec pour principale référence permettant d’accréditer une menace caractérisée par un risque de dérives sectaires, la Miviludes, dont on connaît les pratiques douteuses, symbolisées par le crédit qu’elle a accordé à l’agresseur sexuel et fieffé menteur qu’est Grégoire Perra. Une qualification, rappelons-le, qu’une Cour d’appel a reconnue en janvier dernier appropriée pour ce prétendu lanceur d’alerte que la mission interministérielle a présenté comme un « témoin précieux ». Cela ne dérange visiblement toujours pas ceux qui l’ont soutenu en accréditant la parole de cet affabulateur, ni ceux qui se réfèrent à la Miviludes comme à une source d’une pertinence évidente, telle Margot.
Margot Brunet témoigne d’une incapacité à faire face à la contradiction. Et cela en disqualifiant cette dernière, comme par principe.
En février dernier, après avoir lu son livre, j’ai donc re-sollicité la journaliste pour un débat qu’elle m’avait dit souhaiter, et elle a cette fois accepté. Bernard Payrau, président du GETCOP et co-organisateur du colloque sur la sécurisation des pratiques de soin complémentaires qui s’est tenu l’hiver dernier au Sénat, a été choisi comme contradicteur, en accord avec Margot Brunet, début mars. La date du débat a été fixée pour le 24 de ce mois, mais la veille, elle m’a annoncé qu’elle ne viendrait pas. Motif évoqué ? Bernard Payrau, cardiologue et homéopathe à la retraite président une association représentative des PSNC, a aussi défendu la fasciathérapie, une pratique manuelle pouvant s’apparenter à l’ostéopathie. C’en serait trop pour Margot, qui considère finalement inacceptable de débattre avec une telle personne, d’autant qu’il publie dans la revue de santé intégrative Hegel, qui dépendrait du GETCOP. Et alors ? Cela n’a rien de surprenant, ni de particulièrement choquant pour ce médecin en fait parfaitement légitime pour un débat sur les PNSC en tant que défenseur de ces pratiques. Sinon, qui le serait ?
Si débattre avec une telle personne est inenvisageable pour cette journaliste, qui milite contre ces pratiques de soin, cela témoigne simplement de son incapacité à faire face à la contradiction. Et cela en disqualifiant cette dernière, comme par principe. Celui que revendique Conspiracy Watch et son fondateur Rudy Reichstadt, qui se vante de ne jamais accepter de discuter avec les complotistes. Tout en s’attribuant la faculté de pouvoir décider qui en est un, et donc de déterminer avec qui on ne devrait pas débattre. Une méthode commode d’exclusion systématique en plein essor vis-à-vis de tous ceux que l’on pourra aussi qualifier d’antivax, d’anti-science, ou plus largement de désinformateurs.
Dans sa tournée promotionnelle où sa vision caricaturale des PNSC a été présentée comme de l’investigation de haute volée, Margot Brunet n’a pas manqué d’être invitée dans l’émission de Conspiracy Watch, Les Déconspirateurs. J’y ai aussi entendu un autre auteur de livre qui vient également de refuser de participer à un débat ou une interview pour Raison sensible : William Audureau, journaliste au Monde dans la rubrique des Décodeurs.
Lui aussi figure dans L’Obscurantisme au pouvoir, et m’avait déjà opposé une fin de non recevoir pour mon livre où j’évoque un de ses articles. Un autre sommet en matière de fausse information, cette fois sur l’origine du Covid et l’hypothèse selon laquelle SARS-CoV-2 pourrait provenir d’un laboratoire où ce virus aurait été travaillé. Une hypothèse qui relève d’une « étrange obsession », d’après son papier paru en mars 2020. Avec comme expert Rudy Reichstadt, qui considérerait comme des analphabètes ceux qui pouvaient l’envisager, et l’immunologiste Guy Gorochov proclamant qu’il n’y avait « pas de discussion possible » sur le fait que ce virus soit parfaitement naturel, car toute intervention se serait vue comme le nez au milieu de la figure pour n’importe quel biologiste moléculaire. Un pur mensonge, sachant qu’un travail effectué sur un virus en laboratoire peut parfaitement ne pas se voir, comme me l’avoue d’ailleurs Guy Gorochov dans SARS-CoV-2, aux origines du mal.
Six ans de recul conduisent surtout William Audureau à continuer de réduire l’hypothèse du laboratoire à du complotisme assorti d’arguments bidons.
Il est amusant d’entendre William Audureau considérer aujourd’hui comme un « marqueur de malhonnêteté intellectuelle » le fait de pouvoir soutenir des arguments qui s’excluraient les uns les autres, lui qui conserve comme source de confiance Guy Gorochov pour son nouveau livre, L’histoire mondiale du Covid, présentée chez les Déconspirateurs. Là où les six ans de recul dont il se targue le conduisent surtout à continuer de réduire l’hypothèse du laboratoire à du complotisme assorti d’arguments bidons. En fait, les seuls qui auraient éventuellement une certaine légitimité à la soutenir seraient des scientifiques militant contre les manipulations du vivant, d’après William.
Entre autres éléments, le décodeur omet d’indiquer que l’Académie de médecine, pas connue pour son militantisme anti-OGM, a clairement privilégié la piste du laboratoire dans un rapport publié l’année dernière. Et alors que l’origine de SARS-CoV-2 est en réalité encore loin d’être établie, la zoonose en provenance du marché de Wuhan apparaît comme la seule piste plausible dans son histoire très partiale du Covid. Il s’y emploie même à réhabiliter celui qui a manœuvré pour que le simple fait d’envisager que le coronavirus ne soit pas naturel soit considéré comme du complotisme, le zoologue Peter Daszak. Un homme qui projetait en 2018 de confectionner un virus similaire à celui du Covid dans le cadre d’une collaboration américano-chinoise impliquant l’Institut de virologie de Wuhan.
De l’origine de la pandémie au prodige scientifique de la vaccination qui aurait permis d’y mettre fin, l’histoire racontée par William Audureau mériterait en tout cas d’être discutée, débattue, contredite. Ce qu’a proposé Raison sensible au journaliste fact checker du Monde, qui a préféré l’éviter. Une offre de débat également rejetée par ceux qui ont cet hiver dénoncé un « cancer backlash », une offensive idéologique qui réduirait les causes du cancer aux comportements individuels pour mieux écarter ou minimiser l’impact environnemental et l’effet des pesticides. Auteur de tribunes avec son confrère Jacques Robert, l’oncologue Jérôme Barrière fait partie des personnes visées. J’ai donc proposé un débat avec lui. Un contradicteur qu’ils furent trois à refuser, en objectant que l’on ne devrait pas débattre avec un individu qui se situerait hors du consensus scientifique ou se répandrait en fausses informations et en propos insultants.
Pierre-Michel Perinaud, président de l’association Alerte des médecins sur les pesticides, a, quant à lui, accepté. Mais alors qu’il s’insurge lui aussi face à une désinformation qui prendrait la forme d’une inversion accusatoire, Jérôme Barrière a, à son tour, refusé le débat, tout comme Jacques Robert, qui s’estime insulté par l’expression « cancer backlash ».
Raison sensible demeure un espace où doit pouvoir s’exprimer la contradiction.
Il devient ainsi impossible d’avoir un débat contradictoire quand la stigmatisation de l’adversaire justifie la récusation du contradictoire. La porte de cette lettre d’information reste néanmoins ouverte, et je réitère les invitations à Hervé Maisonneuve, Margot Brunet, William Audureau et ceux que j’ai conviés à venir soutenir leur point de vue sur la problématique du cancer et des pesticides. Je devrais prochainement interroger à ce sujet le docteur Perinaud, le seul qui a accepté le débat. Je recourrai, pour le questionner, aux arguments avancés par Jérôme Barrière et Jacques Robert.
Raison sensible demeure un espace où doit pouvoir s’exprimer la contradiction, et nous le faisons comme l’époque et nos moyens nous le permettent. Même si cela dérange un conformisme ambiant obscurantiste. N’hésitez donc pas à soutenir cette démarche (il existe même des abonnements fondateurs pour ceux qui le peuvent !), et à partagez ce type d’information, si vous souhaitez qu’il perdure malgré son invisibilisation.
Commentaire de Jacques Robert à la recension d’Hervé Maisonneuve de L’Obscurantisme au pouvoir, posté le 22 main 2025 sur son blog.
J’ai été un peu surpris de cette approbation (partielle) du livre de Brice Perrier qui rassemble des critiques souvent non fondées de la « pensée dominante ». Il faudrait des pages entières pour réfuter son contenu et je ne pointerai que quelques erreurs fondamentales. Je passerai sur le ton un peu complotiste présent dès le sous-titre du livre : c’est souvent un moyen pour l’éditeur de vendre sa camelote… Mais quand l’auteur, p. 133, reproche à l’évolution de ne pas nous dire pourquoi nous sommes là, mais comment nous y sommes arrivés, il commet la plus grossière erreur épistémologique : la science ne dit jamais le « pourquoi », et se contente du « comment » : elle laisse à la métaphysique le soin de proposer le pourquoi. Guillaume Lecointre a très bien défini le « contrat méthodologique des chercheurs », qui est d’évacuer toute interprétation transcendante d’un fait, c’est-à-dire faisant appel à l’irrationnel. Et Stephen Jay Gould avait proposé auparavant de s’en tenir aux règles du NOMA (non overlapping magisteria) entre science et religion.
À propos de l’évolution, justement : Anne Dambricourt est une paléo-anthropologue de grande qualité, j’en conviens sans peine (Teilhard de Chardin en était un également), mais quand elle publie un livre intitulé « La Légende maudite du XXe siècle – L’erreur darwinienne », elle montre qu’elle se place hors de la science ; que ses observations puissent permettre de compléter, d’orienter certains aspects de la biologie évolutive, pourquoi pas ? Mais on ne peut ainsi procéder quand on se veut scientifique. Il en est de même pour Rosine Chandebois (c’est une embryologiste, Brice Perrier ne parle pas d’elle), qui intitule son livre « Pour en finir avec le darwinisme – une nouvelle logique du vivant ». Elles sont toutes deux finalistes, c’est indubitable, et elles font toutes deux appel à des mathématiciens pour justifier leur approche. Si compétents fussent-ils pour résoudre une équation, je ne leur reconnais aucune compétence en biologie ! Cela me fait penser au président du CNRS, Antoine Petit, informaticien, qui justifie une politique aberrante de financement des unités en s’appuyant sur le « darwinisme » qui montre que lui non plus n’a strictement rien compris à la biologie évolutive…
L’appel à l’autorité de scientifiques qualifiés dans d’autres disciplines est d’ailleurs une constante du livre de Brice Perrier : Catherine Bréchignac, physicienne, est appelée à la rescousse pour donner des avis sur la gestion de la pandémie (elle « ne croit pas à l’immunité collective »), Cédric Villani, mathématicien, sur la mémoire de l’eau (!) Certains auteurs sont glorifiés comme étant parmi les plus cités de la littérature scientifique (on sait ce qu’en vaut l’aune), certaines revues sont présentées comme parmi les plus sérieuses : on y trouve des revues de la firme Frontiers ainsi que l’American Psychologist, qui sont soit prédatrices, soit dans la zone grise des revues non recommandables par nos doyens et présidents de CNU. Le comble est atteint quand un certain Arnaud Delorme est présenté comme un « grand scientifique ». Je vous donne le titre d’un papier qu’il a publié en 2016 pour vous montrer le sérieux du personnage : « Prediction of mortality based on facial characteristics », ce que je traduis librement : « Le délit de sale gueule conduit à la mort »… Il faut ajouter que, précisément, ce directeur de recherche au CNRS travaille sur la communication avec les morts… Vaste programme !
Cela suffit à disqualifier l’ouvrage de Brice Perrier qui est à ranger sur l’étagère Total Bullshit.
La réponse d’Hervé Maisonneuve, postée le jour même.
Bonjour,
merci pour cette vision pragmatique qui m’aide à me questionner. Je n’ai pas toutes les connaissances sur ces cas pour me prononcer… et mes opinions rejoignent Jacques Robert sur la plupart de ses analyses. Les faits sont parfois difficiles à collecter, et en l’absence de faits… tout reste complexe.
Merci pour la clarté du commentaire.
HM
Ma réponse au professeur Jacques Robert, postée le 5 juin 2025 (après que ma copine m’a prévenu de la présence de ce commentaire, Hervé Maisonneuve ne l’ayant pas fait).
Cher monsieur Robert,
Merci pour votre commentaire auquel je me fais une joie de répondre.
Vous estimez que mon livre rassemble des critiques souvent non fondées et pointez des erreurs qui seraient fondamentales. Or ce que vous dites est inexact sur tous les points que vous soulevez.
Je ne reproche absolument pas à l’évolution de ne pas nous dire « pourquoi nous sommes là ». Je relève que c’est le titre du premier chapitre du « Gène égoïste », le livre de Richard Dawkins qui y voit l’évolution comme le moyen de répondre à ce type de questions existentielles. Alors que comme vous le soulignez, et moi aussi dans mon livre, l’évolution ne permet que de savoir comment nous en sommes arrivés là. Ce qui n’est aucunement un reproche de ma part.
Concernant Anne Dambricourt, vous affirmez qu’elle est finaliste et que cela serait indubitable. Avec aucun argument, si ce n’est qu’elle aurait écrit un livre, et que Rosine Chandebois en aurait écrit un autre. Quel rapport entre les deux ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est qu’Anne Dambricourt dénonce un présupposé prétendant qu’elle serait finaliste. Un présupposé qui relève de la croyance, si ce n’est de la malveillance. Elle explique dans mon livre que son « travail ne montre pourtant aucune finalité. Il ne répond absolument pas à la question du sens de la vie et n’apporte pas le moindre élément pour y répondre. » Et ce qui m’intéresse, c’est bien son travail scientifique, étayé et publié. Il ne relève pas de la biologie, même s’il l’amène à émettre l’hypothèse d’une mémoire de nature non identifiée qui aurait conduit à une évolution par paliers s’effectuant au niveau embryonnaire. L’influence de présupposés d’une pensée dominante obscurantiste ont entravé ce travail et la poursuite de ses recherches, comme je le relate.
Une constante de mon livre serait de faire appel à l’autorité de scientifiques non qualifiés pour évoquer les sujets abordés. Vous citez Catherine Bréchignac, une physicienne que j’appellerais à la rescousse pour donner son avis sur la gestion de la pandémie, et qui « ne croit pas à l’immunité collective ». En fait, je débute le livre avec Catherine Bréchignac, ex-secrétaire perpétuelle de l’Académie des sciences, qui témoigne avant tout d’une impossibilité à mener dans cette noble assemblée des débats scientifiques lors de la crise du covid. Notamment sur la question de l’origine de SARS-CoV-2, l’hypothèse du laboratoire ayant été évacuée comme complotiste. Madame Bréchignac indique aussi qu’il a été impossible de remettre en question les modélisations catastrophes qui ont justifié le confinement, alors qu’avec d’autres académiciens, elle les trouvait fausses. Elle dit également qu’« une lourde erreur a été commise en ne travaillant pas davantage à la recherche de traitements antiviraux alors qu’était matraquée l’idée que le vaccin permettrait d’arriver à une immunité collective à laquelle je n’ai jamais cru ». La phrase que vous tronquez pour soutenir l’idée d’un argument d’autorité inapproprié, bien que l’effet limité de la vaccination lui ait donné raison.
Cédric Villani serait lui aussi illégitime à parler de l’histoire de la mémoire de l’eau, qu’il a étudiée en détail, sans se prononcer pour autant sur la validité de ce que soutenait Benveniste. Il note en revanche que cette controverse n’a pas été traitée normalement d’un point de vue scientifique. Ce que pointe également le sociologue des sciences Pascal Ragouet qui a consacré sa thèse et un livre à ce sujet que Villani juge « massacré ». Ce qui n’est pas un argument d’autorité mais une simple opinion, entendable.
De façon toujours erronée, vous dites que je glorifie des auteurs. Lesquels ? En réalité, je ne glorifie personne. Je présenterais aussi des revues comme étant « parmi les plus sérieuses », telles que celles de la firme Frontiers. Là encore, lesquelles ? Car je n’ai pas écrit cela non plus. Vous citez American Psychologist comme une autre de ces revues prédatrices ou non recommandables. C’est la revue de la société américaine de psychologie (la plus importante au monde), dont l’impact factor est de 12. Je la qualifie de revue renommée. Ce qu’elle est.
Enfin, vous prétendez que je présente Renaud Delorme comme « un grand scientifique », mais c’est une fois de plus inexact. Je dis qu’il a « un profil de chercheur original », ce qui est encore vrai. Car ce neuroscientifique est reconnu pour avoir développé de nouvelles techniques de détection et de traitement des signaux électriques du cerveau, mais il mène aussi des expériences en parapsychologie. Une recherche si facile à moquer comme vous le faites avec votre libre traduction de l’intitulé d’une de ces études.
Tout cela suffirait selon vous à disqualifier mon livre en le rangeant au rayon Total Bullshit. C’est certes commode pour éviter de se poser des questions et préserver ses certitudes.
Reste que tout ce que vous dites au sujet de mon livre est donc bien faux. Je ne prétends pas ne pas avoir fait d’erreurs, et serais très intéressé de savoir lesquelles j’ai pu commettre pour m’améliorer. Mais là, ce que vous écrivez conforte ce que je décris dans cet ouvrage. Par vos préjugés et vos propos caricaturaux et erronés, vous apparaissez en effet comme un représentant du conformisme et de l’obscurantisme au pouvoir. Cette pensée dominante qui entrave la connaissance, un sous titre non pas complotiste mais factuel. J’en suis l’auteur et l’assume totalement, car il résume bien ce que je détaille dans le livre.
Bien à vous et au plaisir d’échanger à nouveau.

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