Bonjour à vous lectrices de mes rêves,
Bienvenue dans cette édition #2 de (Ir)réprochables. Nous sommes désormais 142. Merci à chacun et chacune d’entre vous.
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Et on y va.
Dans les trajectoires de femmes que j’accompagne, la notion de mérite est omniprésente.
Plus ou moins explicitement, il se trouve un peu partout dans leur discours et aussi dans leurs rendez-vous professionnels : bilans annuels, comités de suivi, promotions, regards des pairs, regards des membres de la famille, et très souvent dans le regard qu’elles portent sur elles-mêmes.
“ Est-ce que je mérite ce poste ? cette augmentation ? ”
“ Est-ce que je mérite vraiment ce que j’ai obtenu ? ”
Elle est souvent très liée à la question de la légitimité : en général, on se sent légitime quand on sent qu’on le mérite - et c’est là que ça commence à coincer…
Quoi qu’il en soit, ces questions façonnent leurs décisions, leur rapport au travail, leur manière de s’exprimer, de négocier et même de se taire.
Je vous propose donc d’explorer cette notion centrale, ambivalente et souvent violente qu’est le mérite : ses deux faces et combien celles-ci peuvent devenir une armée contre vous-même.
La définition qu’en donne le philosophe Yves Michaud me semble la plus simple :
Le mérite, c’est ce qui rend une personne digne de quelque chose
Le Robert complique d’emblée les choses car il souligne les deux sens que porte en lui le mérite :
Celui qui se rapporte à des qualités “intellectuelles et morales”.
“Vouloir le bien sans la certitude de parvenir à l’accomplir, et espérer quand même, voilà le véritable mérite” nous dit Saint-Augustin.
Le mérite ne se reconnaît ici ni dans la réussite ni dans l’action, ni dans les hommages ni dans les honneurs mais seulement dans l’intention qui a présidé à l’œuvre.
Celui qui se rapporte à des actions qui rendent dignes d’éloges et de récompenses.
Ce serait ici ce qui correspondrait à une suite de bons comportements.
Il en reste quelque chose dans un certain nombre de distinctions honorifiques et notamment, dans la plus belle : l’Ordre national du mérite.
D’emblée, on le voit, notre perception du mérite, est emprunte de théologie avant de l’être de politique. A tous les sens du terme.
Le fait est que souvent, les deux sens sont mêlés.
Le mérite devient en quelque sorte ambigu.
Pour revenir à nos moutons, c’est à dire au réel, on pourrait simplifier les choses et considérer que, dans sa face la plus brillante, le mérite repose sur une idée simple :
Les efforts, compétences et choix ont un impact réel sur notre trajectoire.
Ceci est une croyance puissante.
Et, en tant que telle, elle permet :
de se projeter
de faire des choix conscients
de traverser des périodes exigeantes
de construire une carrière dans la durée.
Beaucoup de femmes cadres que j’accompagne ont bâti leur réussite sur cette logique :
travailler plus que la moyenne
préparer davantage
anticiper les objections
livrer des résultats solides, constants, mesurables.
Ce rapport au mérite est donc souvent structurant.
En un sens, c’est celui d’Aristote, dans son Éthique à Nicomaque, Livre II
C'est en bâtissant que l'on devient architecte, en jouant de la cithare que l'on devient citharède. De même, c'est à force de pratiquer la justice, la tempérance et le courage que nous devenons justes, tempérants et courageux.
Pour lui, le mérite est une “disposition acquise volontairement” qui se développe par la pratique répétée d'actes vertueux. Il ne s'agit donc ni d'un don inné ni d'un statut figé, mais d'une excellence qui se construit dans la durée par l'habitude du bien agir.
On serait donc, d’après lui, “totalement responsable de son bonheur” : la vertu résulte d'une activité pratiquée de manière continuelle. .
La raison pour laquelle je m’écarte à nouveau légèrement du réel, c’est que plusieurs axes de compréhension se font jour ici :
L’idée que c’est la pratique répétée qui permet de développer l’excellence qui ne naîtrait que d’un effort répété et conscient ;
L’idée qu’on deviendrait quelqu’un.e par l’action et par l’action uniquement ;
L’idée que cette philosophie de l’action donne précisément un sentiment de maîtrise, tout à fait rassurant : on sait qu’on est là grâce à ce qu’on a fait. Rien de plus, rien de moins ;
L’idée enfin que le mérite nous rassure avant tout parce qu’il s’inscrit dans la durée - et le temps long, nous, on aime ça (puisque ça veut dire qu’on est protégées du changement…)
👉 En conclusion, le mérite, on l’aime parce qu’il nous permet :
de construire les remparts de l’excellence, d’une part,
de construire ceux de l’action et du faire sans questionnement, d’autre part,
de faire émerger un sentiment de maîtrise, de dignité, et, parfois aussi de sécurité intérieure.
Il se trouve que le mérite joue aussi un rôle identitaire. C’est lui qui nous permet de dire :
Je ne dois rien au hasard
Je n’ai pas triché
Je suis à ma place (puisque j’ai travaillé pour y être).
Et c’est ainsi que pour beaucoup de femmes, notamment pour celles qui ont dû s’imposer dans des environnements masculins, le mérite devient une armure, voire une seconde peau.
Il en vient à les protéger contre :
les soupçons d’illégitimité
les raccourcis sexistes
l’idée d’avoir été aidée ou favorisée.
Un peu comme cette femme au bouquet
…Mais c’est précisément là que je viens vous rappeler que la lumière crée l’ombre…
(Et le bouquet crée le doute).
Car le mérite a, bien évidemment, sa face sombre.
Le mérite peut prendre les contours d’une prison.
À force de tout attribuer à ses efforts, une logique insidieuse s’installe.
Vous la voyez venir :
Puisque j’ai réussi grâce à mon travail, alors je dois continuer à prouver que je le mérite.
Cela se traduit concrètement par :
une culpabilité au repos
une intolérance à l’erreur
une impossibilité à en faire moins
une pression en continu pour rester irréprochable.
Le mérite cesse alors d’être un moteur. Il devient une obligation morale.
Chez beaucoup de femmes cadres, dirigeantes ou solopreneuses, le mérite glisse dangereusement vers une équation qu’on peut qualifier de toxique :
Dans ce cadre :
un échec, même minime, devient une remise en cause presque identitaire
une critique, même anodine, est vécue comme une attaque personnelle
une période de fragilité, le plus souvent bien involontaire, est vécue comme une faute.
Adieu, le mérite, utile levier de croissance.
Bienvenue au juge intérieur sadique et toujours à l’affût.
Parler de mérite c’est, en général, passer sous silence plusieurs éléments cruciaux que j’observe à longueur d’accompagnement.
Car “les capacités sources de mérite sont multiples et diverses”
Voici ce qu’il me semble judicieux de rappeler à ce stade:
Aucune trajectoire n’est uniquement le produit de la volonté individuelle.
Sans vous faire offense, je me permets de rappeler l’importance de :
l’environnement familial
du capital culturel
des opportunités
de la santé
du timing
des soutiens visibles ou invisibles
Et la liste est non exhaustive…
Le reconnaître cela ne retire rien à vos compétences. Cela permet de réintroduire quelques ferments de nuance et de justesse.
Forcément, je suis obligée de rendre hommage au talent de L’Indéprimeuse ici.
Paradoxalement, beaucoup de femmes font l’inverse des hommes :
elles attribuent leurs succès à la chance ou au contexte
et leurs échecs à un manque personnel
C’est un phénomène qui dérive de celui, bien documenté du “double bind”.
Le concept de double bind a été formulé dans les années 1950 par l’anthropologue Gregory Bateson, pour décrire des situations où un individu ne peut satisfaire des exigences incompatibles sans être fautif. Pour les femmes, être prises entre des injonctions contradictoires et simultanées, dont la transgression de l’une ou de l’autre entraîne une sanction sociale.
En l’occurrence, elles sont sommées d’être à la fois conformes aux normes de la féminité (attention aux autres, discrétion, maternité) et performantes selon des critères traditionnellement masculins (ambition, autorité et une forme de rationalité), tout en étant pénalisées dès qu’elles incarnent trop pleinement l’un ou l’autre de ces pôles.
(Quoi qu’il en soit, ce double standard intérieur est épuisant).
En effet, j’observe que pour les femmes cadres supérieures, le mérite est souvent soumis à des règles implicites supplémentaires :
Être compétente, mais pas menaçante
Ambitieuse, mais pas trop visible
Exigeante, mais toujours agréable
Vous devez non seulement mériter votre place, mais mériter le droit d’y rester sans froisser ni déranger personne.
Dans ce contexte, le mérite se transforme en quête d’irréprochabilité :
Si je suis parfaite, on ne pourra rien me reprocher.
Et là, attention, vous risquez d’être déçu.e.s (mais souvenez-vous, je n’ai ni cape ni potion) : ça n’est pas possible.
Et même : C’est une illusion, qui plus est, dangereuse.
Ainsi, la réalité, vos propres limites et celles posées par le système rendent nécessaires de :
Renoncer à l’illusion du contrôle total
Tomber amoureuse de l’imperfection
Ne plus confondre engagement et sacrifice
Vous pouvez non seulement vous autoriser
à accepter vos espaces de fragilité sans honte
poser des limites sans culpabilité (surtout celles qui vous permettent de préserver votre santé mentale)
sortir de la logique de devoir prouver votre excellence en permanence
et reconnaître votre propre compétence sans penser à la vertu (à la morale quoi).
C’est ce qui nous permet de repenser le mérite et de lui donner la posture de maturité que vous méritez. Cela tient en quelques mots plutôt simples et directs:
Vous êtes responsable de ce que vous faites avec ce que vous avez.
En tant que leader, votre rapport au mérite influence directement vos équipes et vos clients.
C’est le début d’une autre manière d’agir qui vous permet de transmettre
Votre tolérance à l’erreur
Votre reconnaissance des efforts au même titre que les résultats
Votre rapport à la résilience et l’efficacité qui n’ont rien à voir avec la performance.
Pour ma part, je ne cesserai de vous inviter à un leadership juste qui repose sur :
la reconnaissance des réalités humaines
la responsabilité sans écrasement
le respect de vos limites
la clarté de vos attentes
Et comme première action libératrice du mérite en tant que tribunal intérieur, vous pouvez remplacer la question “Est-ce que je mérite ?”
par celle-ci, bien plus fertile :
“Quelle est la prochaine action juste que je peux engager pour être en accord avec mon ambition ?”
Et vous touchez du doigt la puissance de la douceur.
CQFD.
Je peux vous accompagner dans cette mini-révolution.
Car, même sans cape ni potion, c’est mon travail de coache.
Vous pouvez avoir envie de coaching flash pour clarifier une situation qui ne ressemble plus à rien ou d’un coaching long pour vous permettre de déployer votre pleine puissance et devenir la leader dont le monde a besoin.
Et comme tout commence toujours par une rencontre…
On peut se parler quand vous pouvez et c’est ici.
A part ça, dans ma hotte de janvier, je vous propose :
Une formation intensive et immersive à destination des managers de santé qui ont envie de reprendre le contrôle de leurs fonctions - deux jours co-organisés avec Adeline Jenner et animée avec deux autres intervenants réjouissants : toutes les informations sont là.
Une échappée de printemps dans un paradis vert à destination des femmes qui en veulent (et qui n’en peuvent plus de leur surcharge mentale) - du yoga, de la méditation et des ateliers collectifs. C’est ici et ça va être canon.
Et sinon, j’avais prévu de vous formuler ici mes voeux 💌 pour cette année 2026 qui commence si bien. Ils sont prêts, mais il me faudrait une nouvelle lettre… Si vous les voulez quand même, je vous les envoie de suite. Il vous suffit de m’envoyer un message
En attendant, je vous donne rendez-vous en février.
D’ici là, à la joie à l’amour ❤
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