Cher narrateur, chère narratrice (je me sens d’humeur formelle aujourd’hui),
Ce qu’on ne nous dit pas quand on se lance à son compte, c’est à quel point on se sentira seul.
Surtout quand on refuse de faire comme les autres et quand on va à l’encontre des bonnes pratiques.
Il y a deux ans, j’ai contacté le premier coach business pour m’aider à développer mon activité. Il m’a dit : “Loris, si tu refuses de te nicher, je peux rien faire pour toi.”
Et comment lui donner tort ?
Anthropologue de formation, j’avais touché à toutes les spécialités de l’écriture, du copywriting en marketing direct à la rédaction print en passant par les campagnes de branding. Pour des grandes marques, des indépendants, des produits et des services, de la tech à la gastronomie.
Mais c’était plus fort que moi - je ne pouvais pas me spécialiser. J’ai toujours fonctionné à la curiosité. La communication est un transfert d’énergie et mon énergie dépend de ma curiosité, c’est la condition d’un bon travail.
Sans compter que j’avais des clients. Des nouveaux, d’autres qui revenaient. Une newsletter qui grandissait, etc. Instinctivement je sentais qu’il y avait autre chose à construire, mais je n’avais ni les mots ni l’aide pour le faire - d’où les sentiments de solitude, d’être incompris.
Heureusement que j’avais l’écriture pour poser mes idées et les confronter, pour ne pas qu’elles restent bloquées et pourrissent dans mon esprit.
Par ailleurs j’avais identifié dans la narration le fil rouge de tout ce que je faisais, même si ça allait au-delà du storytelling classique et touchait à la stratégie et l’identité.
Bref, là où ça devient intéressant, c’est que jusqu’à maintenant, il était évident que se spécialiser et se positionner sur une niche était avantageux. C’est comme ça que fonctionnait le marché et, plus largement, la société.
On connaît la thèse de l’ami Smith (nom : Adam) qui allait structurer l’ère industrielle : diviser le travail pour maximiser la productivité. Avec son exemple de la manufacture d’épingles - 18 opérations divisées en 18 postes et une productivité qui explose par rapport à un artisan seul.
Un modèle si révolutionnaire qu’il a fini par être appliqué partout, même dans le service.
Pendant longtemps, c’était le bon conseil. Notamment pour le vendre, ce service. Donc, je le comprends. Mais il repose sur une condition implicite : que les tâches spécialisées restent difficiles à reproduire.
Bon, disons que l’IA vient de faire péter cette condition.
Les LLMs sont entraînés sur ce que produisent les travailleurs avec savoir et savoir-faire spécialisé. Pour le reproduire. Sans eux.
Au fond, on le comprend, c’est pourquoi quand le PDG d’Anthropic a averti que l’IA pourrait éliminer la moitié des postes de cols blancs dans les cinq prochaines années, bah on le prend au sérieux.
C’est sans doute exagéré, mais l’annonce contient une graine de vérité.
Mais j’avais trouvé il y a fort longtemps autre chose, avant l’ère IA : une étude menée sur 400 diplômés MBA de Columbia et Tulane montrait que les profils spécialisés gagnaient jusqu’à 48 000 dollars de moins que leurs pairs transverses.
Le marché récompensait déjà la transversalité notamment dans les postes les plus hauts, avec plus de responsabilités. L’IA vient juste d’accélérer la tendance.
Cela dit, attention quand même.
Vous le voyez bien, se présenter comme généraliste, comme “couteau suisse”, comme “je touche à tout” et autres 360 degrés, c’est dur à vendre.
Déjà parce que la plupart des managers ont 40 ans de retard et leur amour du micromanagement va de pair avec l’adoration des rôles bien définis. Mais aussi, plus simplement, parce qu’on a besoin de catégories pour penser.
C’est là qu’intervient la notion que j’ai mis dix ans à formuler : une Big Idea. Non pas comme concept créatif d’une campagne, mais comme acte stratégique, de positionnement.
Proposer une idée avant le service, une thèse qui rend le service évident. Un angle unique.
Une porte d’entrée simple et mémorable qui ouvre sur l’infinie complexité de votre monde.
En branding, toute campagne se résume en un concept créatif. C’était mon rôle en agence de pub, j’en sortais des dizaines chaque semaine.
Or, qu’est-ce qu’une carrière sinon une campagne de comm’ qui dure une vie ?
L’idée n’étant pas de se cantonner à une seule big idea, mais de la faire évoluer au besoin ou à l’envie. Un peu comme Tim Ferriss et sa semaine de 4h, qui a donné naissance à d’autres idées suivant la même philosophie.
1/ VENTE. Au début, avec un peu de chance, vous êtes seul sur une niche. Si elle a vraiment du potentiel, vous allez vite vous retrouver avec plein de concurrents moins chers et donc plus attractifs. Avec une Big Idea, si le prospect est en accord avec votre thèse, votre angle, il ne voudra pas vous comparer, il voudra travailler avec vous.
2/ CONTENU. Au mieux vous faites le tour de tout ce que vous avez à dire en 6 mois, au pire en quelques jours. Vous allez perdre cette étincelle des débuts. Avec une Big Idea, le monde est votre terrain de jeu, vous parlez de ce que vous voulez, faites des connexions inattendues, c’est juste que tout est filtré par un angle.
Vous pouvez raconter tout ce que vous voulez. Par contre c’est là que la compétence en narration devient fondamentale sinon on a l’impression d’une thèse de doctorat.
La niche dit ce que vous faites et pour qui. Pas pourquoi on devrait vous choisir. Alors qu’un prisme, une Big Idea, révèle comment vous voyez le monde.
C’est un point de vue fruit de votre expérience, votre histoire.
Là où la niche réduit, souvent jusqu’à l’absurde, le prisme filtre.
C’est comme la différence entre un magasin spécialisé au fond d’une galerie marchande et une place publique avec une fontaine au centre. Le magasin est parfait pour ceux qui savent exactement ce qu’ils cherchent. Mais il ne captera jamais l’attention, alors que la fontaine attire l’oeil. Elle devient référence.
C’est la différence entre une radio et Spotify. Durant des décennies, les radios organisaient leurs programmes, voire même leur identité souvent, par genre : jazz, classique, pop, house, folk, rock, etc. Spotify arrive et dit : TA musique, selon TON humeur.
Cette Big Idea a une répercussion sur tout le business, du positionnement à l’offre.
Alors oui, le coach avait raison de dire que sans formulation claire, ça va être galère de se faire connaître. Mais la formulation claire ne vient pas d’une niche mais d’un angle, un prisme, un point de vue qui n’est rien d’autre que la Big Idea, suffisamment bien racontée pour construire votre réputation.
Loris
P.S. - C’est exactement pour ça que je lance le StoryClub (enfin!).
Pour experts et créatifs qui veulent développer leur réputation, et donc leur activité, sans s’enfermer dans une niche, en trouvant leur Big Idea, l’affinant au fil des mois, et la racontant avec audace.
Ressources, mais surtout feedbacks personnels et calls hebdo - à savoir tout ce que j’aurais aimé trouver quand je me sentais seul de mon côté.
J’ai refait la landing page pour plus d’infos.
Aucun post

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.