La semaine dernière, j'ai balancé deux ans de posts LinkedIn et toutes mes newsletters Substack dans Claude. Je lui ai demandé d'analyser ce qui avait marché, planté, résonné, rapporté.
Déjà, sur le contenu le moins lu, bon je m’y attendais - vous le connaissez aussi - mais une part de moi espérait me tromper. Ensuite, sur ce qui surperforme, j’ai été assez surpris. Ce ne sont pas les histoires. Enfin, pas tout à fait.
Ma méthode pour développer une stratégie go-to-market, mes frameworks de positionnement, comment développer une category of one, créer un pitch… le contenu expertise ne plaît pas.
Il n’a jamais été à la mode mais l’IA vient de l’enterrer pour de bon.
On ne m’y reprendra plus. Le temps passé à développer, exemplifier, clarifier aussi, puis écrire, ça n’en vaut pas la peine.
Aucun retour, peu de likes - l’impression de marcher dans le désert comme la scène initiale de Paris, Texas.
Seuls les articles sur la stratégie narrative et les modèles mentaux s’en sortent mieux. C’est l’exception. Mais surtout en likes, sinon ça ne génère aucune discussion.
Bon, globalement je le savais, tout le monde le sait, mais quand on développe une expertise, des compétences, on aime bien en parler. Et on peut en parler ! Mais pas directement, à moins d’aimer marcher seul dans le désert. Pour le restant de sa vie.
Le wild wild web n’aime pas la nuance.
Pour conquérir ses terres, faut dégainer les opinions tranchées. Entrez dans le saloon, dites que le whisky est dégueulasse, que la boisson du futur c’est le sirop à la grenadine. Visibilité garantie, mais derrière y a tous les fabricants et fana de la boisson ambrée qui se lèvent comme une armée pour contre-attaquer, votre pistolet surchauffe et à la fin de la journée vous n’avez parlé à aucun prospect.
Parce que bon, aucun n’était votre client. Fatigant.
Le récit est le format qui génère le plus d’adhésion.
En d’autres termes, le plus de demandes de connexion, de DMs et de discussions, parfois sur le moment, souvent des semaines ou des mois après, au détour d’un call par exemple, notamment pour les récits personnels.
Mercredi, j’étais justement en réunion Google Meet pour présenter une stratégie à une cliente. Ma fille rentre de la crèche et vient à mon bureau. Et la cliente était heureuse d’enfin rencontrer Mina. J’étais surpris qu’elle connaisse son nom mais elle me dit : “bah oui, c’est à elle que tu envoies un mail chaque matin et qui recevra l’accès quand elle sera grande.”
Je ne peux pas vous expliquer à quel point j’adore ces moments.
Cela dit, un format excelle en termes de visibilité. Et surpasse peut être même le récit.
C’est l’anecdote, suivie d’un point de vue.
J’étais surpris parce qu’autant structurer un récit, ce n’est pas facile, mais une anecdote, c’est easy peasy. 3 lignes et c’est publié. Et les gens adorent ça. Sans doute parce que c’est léger et intéressant, visuel.
Mais surtout son impact n’est pas anecdotique !
J’ai trouvé plein d’études montrant que l’anecdote modifie les opinions indépendamment des statistiques présentées en parallèle. Elle n’a même pas besoin d’être accompagnée de preuves pour convaincre.
Et plus elle est courte plus elle est efficace (Brosius & Bathelt ou Zillmann pour les curieux).
Pour moi c’est une révélation.
J’ai mis surtout des exemples de LinkedIn pour pas trop alourdir mais c’est pareil partout.
La logique derrière mes meilleurs textes est toujours la même, que ce soit conversion ou visibilité, récit perso ou anecdote : c’est la scène qui mène à l’idée. Le spécifique qui mène à l’abstrait. Dès que je fais le contraire, je perds.
D’ailleurs la semaine dernière j’étais à Lausanne et comme à chaque fois que j’y retourne je me rends à Payot - librairie du centre ville. J’y vagabonde, laissant les livres me choisir.
La Moustache d’Emmanuel Carrère me fait de l’oeil.
Un jour, pensant faire sourire votre femme et vos amis, vous rasez la moustache que vous portiez depuis dix ans. Personne ne le remarque ou, pire, chacun feint de ne l’avoir pas remarqué, et c’est vous qui souriez jaune.
Obligé de connaître la suite, je l’agrippe et le dévore dans l’avion du retour. La scène est si précise qu’elle devient universelle. Je n’ai jamais vécu ça mais en même temps ça me parle.
Donc, ouais, de la scène à l’idée ou du spécifique à l’abstrait.
C’est le secret.
Loris
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