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L'Avantage Narratif · Jun 18, 2026

De la marque personnelle au mythe personnel

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Loris · L'Avantage Narratif

Hier dans StoryClub, on a parlé d’archétypes et mythe personnel. (Pour rejoindre l’aventure, c’est par ici). Mon idée est la suivante: il n’y a rien de pire que de se sentir bloqué(e) au seuil d’un prochain chapitre de vie, dans un entre-deux qui ne nous correspond plus. La raison du blocage est que notre histoire personnelle a perdu d’abord son propre fil (mythe personnel), puis celui qui la relie à celle des autres (archétypes).

Au début du siècle dernier, Carl Jung a commencé à voir des choses qui m’ont aidé à créer des campagnes pour des marques et repositionner des dizaines d’entreprises.

Il a tout noté sur le carnet rouge le plus iconique de la psychologie analytique paru 48 ans après sa mort. De son vivant, il ne le montrait qu’à certains de ses proches, par peur de passer pour un fou auprès de ses pairs.

A force de gribouiller, il s’est aperçu que ce qui apparaissait dans son esprit ne venait pas de sa vie - genre des souvenirs - mais des figures qu’on peut qualifier d’universelles. Un vieux sage, une grand-mère, une ombre, un héros, un voyageur - des personnages qu’on peut croiser autant dans des mythes grecs que des récits hindous.

Il a appelé ça des archétypes. Et le réservoir où ils reposent, il l’a nommé l’inconscient collectif.

Dit autrement, nos trajectoires de vie sont reliées par des éléments universels qui sont plus ou moins présents en nous. C’est la raison pour laquelle certaines histoires vous marquent à vie tandis que d’autres glissent sans laisser de trace.

Il y a d’abord l’intrigue, le cadre de l’histoire particulière.

Mais la véritable histoire est toujours plus grande, plus universelle. Par exemple comme l’a montré Matthew Dicks, Jurassic Park, au fond, c’est l’histoire d’un amour impossible. Mais si le film avait été présenté comme ça, personne n’aurait été le voir. L’impression d’un énième déjà-vu. Or, quand on enlève les dinosaures, ce qu’il reste, c’est une femme qui est attirée par un homme mais ne peut pas l’aimer parce qu’il déteste les enfants. Et comme par hasard, l’homme se retrouve dans une situation où il doit protéger deux enfants, donc apprendre à les aimer, et la scène de la fin c’est Alan Grant avec les deux enfants sous le bras qui adresse un sourire à Ellie Sattler.

C’est ça qui est mémorable.

Martin Eden, mon marin préféré, s’arrache à sa condition à force de volonté et de lectures pour conquérir une femme d’un autre monde. Il y parvient. Et une fois au sommet, il découvre que tout est vide. C’est la désillusion du self-made man qui s’aperçoit que la réussite ne contient aucun bonheur intrinsèque, version littérature.

Gatsby ne se crée pas de vie mais s’en invente une pour atteindre l’inaccessible - Daisy - mais lui aussi, son rêve finit par l’engloutir.

Je peux continuer à l’infini, comme la mise en scène de la passion et de la raison dans Hurlevent de Brontë, l’archétype des amants maudits comme il en existe des milliers d’autres.

La Belle et la Bête est un conte français mais l’homme-animal qui cache un trésor apparaît dans plein de cultures, du roi serpent au prince loup ou encore Cupidon l’invisible que Psyché ne doit pas regarder.

Mais attention, les archétypes ne sont pas des personnages figés, ce sont des perspectives qui façonnent nos expériences. Des énergies qui se réveillent en nous et nous connectent à quelque chose de plus grand.

Certaines sont plus présentent que d’autres, c’est pourquoi on connecte plus avec certaines histoires.

Il existe potentiellement une infinité d’archétypes. Je travaille surtout avec les 12 assez connus de Carole Pearson : le Héros, le Rebelle, le Passionné, l’Explorateur, le Magicien, le Créateur, etc. Que j’ai chacun enrichi en sous-archétypes au fil des années.

Voyons un exemple concret.

Un jour j’ai été contacté par Decathlon pour les aider à attirer un certain type de talents. Jeunes, responsables, autonomes, qui venaient avec des idées et une personnalité. En gros.

Les dernières campagnes d’employer branding étaient super créatives, mais voilà il manquait un truc. D’où l’idée d’un manifeste sous forme de storytelling.

Première étape : j’ai réfléchi à l’histoire vécue par l’audience visée. La narration, avant de servir à raconter des histoires, est précieuse pour comprendre celle des autres, pour y jouer un rôle.

Ce sont des jeunes et quand on est jeune, on a envie d’explorer. D’aller à la rencontre des autres et de soi. Or, l’arrivée sur le marché du travail est plutôt perçue comme la fin de l’aventure. Matérialisée d’ailleurs par l’artefact du CV, qui représente l’uniformisation la plus totale de notre être.

La stratégie s’est révélée simple : réveiller cette énergie exploratrice, positionner la marque comme continuité et pas fin de la quête. Et jouer avec des images symboliques de la quête.

Après faut écrire le message bien sûr. Hier j’ai appris que la campagne est reprise comme exemple dans certaines classes de marketing et je pense que c’est grâce à ce travail sur les archétypes plus que mon écriture.

Vous l’avez compris, les mythes sont les histoires concrètes que chaque culture écrit en utilisant ces rôles archétypaux.

Ils servent à créer une cohérence, construire du sens. Expliquer notre origine, nos valeurs, etc. Oui mais voilà, notre époque a détruit la plupart des mythes sur lesquels on s’appuyait pour comprendre nos vies et calmer nos angoisses.

C’est pourquoi j’ai toujours dit que la plus grande opportunité pour une marque n’est pas d’essayer de se différencier mais de proposer un nouveau mythe. De vendre non pas un produit mais connexion et identité.

Mais c’est aussi essentiel à un niveau individuel.

Puisque nous avons toujours moins de mythes sur lesquels nous appuyer, il nous revient d’écrire le nôtre. Pour ne pas juste être victime de notre propre vie mais vivre en protagoniste.

Je sens en les écrivant que ces mots sonnent comme du jargon de développement personnel. Reste que Carl Jung appelait ça la tâche des tâches tellement c’est important et difficile.

Comme je pratique ce que je prêche, j’ai écrit le mien il y a quelques mois et ce qu’il en est ressorti, c’est que j’ai passé ma vie à aider à construire des mondes sans vraiment y appartenir. Mi-explorateur qui passe d’un monde à l’autre, mi-magicien qui les transforme par ma compétence d’écriture, il était temps de construire le mien.

Et donc de réveiller mon énergie de Créateur. D’où StoryClub. Mon histoire m’a informé sur ma prochaine offre.

D’ailleurs je sens un réveil global de personnes qui ont besoin de créer, raconter, retrouver le sens de leur histoire en écrivant. En libérant leur créativité.

Tous les archétypes sont présents à tous moments, mais certains façonnent plus notre culture à certaines époques. Ce n’était pas le cas il y a une année, mais avec l’AI slop notre besoin de créer revient en force. A commencer par se créer.

Alors pour terminer cette édition, voici un exercice pour écrire votre mythe personnel. Pour le comprendre, écrire avec intention le prochain chapitre et attirer votre audience idéale par l’énergie que vous transmettez dans votre création.

  1. Le chapitrage de votre vie.

Par écrit ou en dictant à l’oral, prenez une heure pour reparcourir toute votre vie et l’organiser en 5 à 10 chapitres. Normalement vous devriez voir apparaître un fil narratif. Donnez ensuite un nom au prochain chapitre. Ce que vous avez vécu est une préparation pour ce que vous vous apprêtez à construire.

Si vous savez comment vous voulez qu’il se termine, rédigez-le directement. Sinon, on y reviendra plus tard.

  1. L’analyse archétypale

Prenez les 12 archétypes assez connus de Carole Pearson (livre : The Hero and The Outlaw ou What stories are you living) et observez lequel est apparu à quel moment de votre vie. Surtout, lequel devez-vous libérer pour écrire le prochain chapitre ?

Identifiez aussi son blocage archétypal pour comprendre ce qui vous freine.

Vous pouvez vous aider d’une IA je suppose, pour un avis extérieur. Dans StoryClub, je mets à disposition des outils IA avec toutes mes méthodes encodées pour créer un livre sur votre vie, avec chapitrage, et une analyse archétypale, ainsi que celle de votre client idéal.

  1. La question directrice

De ce travail sort une question finale, qui vous indique si vous êtes sur la bonne route. La formule est : suis-je en train de “faire comme avant, ce qui m’a empêché d’écrire le prochain chapitre” ou de “créer le prochain chapitre” ?

Bien sûr, remplacez ce qu’il y a entre les guillemets par votre propre histoire. Mais c’est cette question qui permet de trouver le courage de créer malgré l’imperfection, malgré que la réalité ne soit pas encore à la hauteur de nos ambitions. Normal, au fond, on y travaille.

Bref, votre histoire est singulière, elle devient mythe quand elle se connecte au récit partagé.

Et c’est comme ça qu’à la place d’essayer de se différencier par notre marque, on connecte par notre mythe.

Loris

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