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Transatlantic Echo · Jul 12, 2026

Don de plasma : le défi silencieux de la souveraineté sanitaire française

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Transatlantic Echo · Transatlantic Echo

Au moment où les Français démarrent leurs vacances d’été sous une chaleur caniculaire, d’autres comptent les jours avant leur prochain traitement. Derrière cette réalité méconnue se cache une ressource précieuse : le plasma. Une composante du sang indispensable à la fabrication de nombreux médicaments, notamment pour les personnes souffrant de déficiences immunitaires.

Pour Frédéric Colle, président de l’Union Départementale des donneurs de sang bénévoles du Bas-Rhin (UD67), l’enjeu est désormais national. « Sur le plasma, au niveau national, on n’est largement pas autosuffisant. On est entre 30 et 35 % d’autosuffisance », alerte-t-il.

Le constat surprend souvent les citoyens : « 65 % des médicaments dérivés du plasma utilisés en France proviennent de l’étranger et en particulier des Etats-Unis. Une dépendance qui pose question alors que les enjeux de souveraineté sanitaire occupent désormais une place centrale dans les politiques publiques » résume Frédéric Colle.

photo : Frédéric Colle président de l’Union Départementale des donneurs de sang bénévoles du Bas-Rhin à Strasbourg en juin dernier.

Cette situation s’explique notamment par des réglementations différentes. Outre-Atlantique, les donneurs peuvent effectuer des dons beaucoup plus fréquemment qu’en France. Mais selon le responsable associatif, cette abondance soulève aussi des questions de qualité. « Le plasma américain est entre deux et deux fois et demie moins riche qu’un plasma français », explique-t-il.

Photo : Le don de plasma - crédit photo LFB

Au-delà des chiffres, l’enjeu est considérable. Car 90 % du plasma collecté sert à fabriquer des médicaments issus du plasma, tandis que seulement 10 % sont utilisés pour des transfusions directes. Car le plasma, rappelle l’Etablissement Français du Sang (EFS) « c’est la partie liquide du sang dans laquelle circulent les cellules sanguines : globules rouges, globules blancs et plaquettes. Il contient des protéines d’un intérêt thérapeutique majeur pour les patients, délivrées sous forme de médicaments ou par transfusion. »

Le plasma est souvent associé aux situations d’urgence ou aux transfusions. Pourtant, sa principale utilité se trouve ailleurs : la fabrication de médicaments indispensables au quotidien de milliers de patients.

Avant d’arriver jusqu’à eux, le plasma suit un processus industriel particulièrement exigeant appelé fractionnement. Cette étape consiste à purifier le plasma afin de séparer, d’isoler et de sécuriser les protéines thérapeutiques qui permettront de fabriquer les différents médicaments dérivés du plasma.

En France, la collecte est assurée par l’Établissement français du sang (EFS), qui réalise également les contrôles biologiques et les vérifications de qualité. Le Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies (LFB) basé à Arras, est aujourd’hui l’unique fractionneur français du plasma collecté par l’EFS. Les poches qui arrivent dans ses usines ont ainsi satisfait aux critères les plus exigeants de qualité et de sécurité biologique avant d’être transformées en traitements.

Photo : Le laboratoire LFB à Arras - crédit photo LFB

Pour expliquer leur rôle, Frédéric Colle utilise une image simple. Les traitements contre certaines maladies ou certains cancers affaiblissent les défenses immunitaires. Les médicaments issus du plasma permettent alors de les renforcer à nouveau.

« Les médicaments issus du plasma vont redonner des bons soldats pour que la personne puisse vivre », image-t-il.

Pour Agathe, 22 ans, auxiliaire de puériculture, ces « bons soldats » sont devenus indispensables. Chaque mercredi est rythmé par une perfusion. « Soirées perf’ tous les mercredis pour être là. Il y a souvent des pénuries. Comment on fait si demain y’en a plus ? » s’interroge-t-elle.

Pour d’autres patients, la solidarité prend une dimension encore plus impressionnante quand on met en face du nombre de dons nécessaire. Ainsi Christine, 65 ans, reçoit chaque année un traitement nécessitant l’équivalent de 585 dons de plasma. « Tous les patients comme moi sont reconnaissants de votre don, de votre générosité », témoigne-t-elle dans une vidéo diffusée par l’EFS.

Chez les enfants aussi, ces médicaments peuvent changer le quotidien. Rémi, le père de Margaux, 6 ans, atteinte d’une polyneuropathie inflammatoire démyélinisante chronique (PIDC), voit les effets du traitement presque immédiatement. Après 2 jours de perfusion d’immunoglobulines fabriquées à partir du plasma, « Margaux pète la forme et peut courir, marcher, faire des gestes du quotidien ! »

Ces parcours illustrent une réalité : les besoins ne cessent d’augmenter. Vieillissement de la population, progression des diagnostics de cancers, hausse des déficiences immunitaires... « Tous les 10 ans, la demande est multipliée par deux », souligne Frédéric Colle.

Photo : campagne de l’EFS sur le don de plasma - Crédit photo : EFS

Cette tension crée parfois des situations extrêmement délicates dans les établissements de santé. « Il y a des pénuries sur certains produits, sur certains médicaments. Si la personne n’est pas prioritaire, elle peut ne pas avoir son traitement », rapporte-t-il.

Face à cette situation, l’État, l’Établissement français du sang (EFS) et les associations de donneurs ont engagé un vaste plan de développement du don de plasma.

L’objectif est ambitieux. Après une collecte comprise entre 800 000 et 900 000 litres en 2024, le cap fixé pour 2028 atteint 1,4 million de litres.

Pour y parvenir, plusieurs pistes sont explorées : développement de nouvelles structures de collecte, augmentation des capacités d’accueil et création de sites de proximité pour rapprocher le don des territoires éloignés des Maisons du don. La nouvelle usine du Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies (LFB) à Arras doit également renforcer la capacité de production de médicaments dérivés du plasma.

Pour Frédéric Colle, cette mobilisation s’inscrit dans une prise de conscience plus large née après la crise sanitaire. « Je pense que maintenant, le plasma devient une souveraineté sanitaire importante », affirme-t-il.

Reste à convaincre davantage de donneurs de franchir le pas.

Contrairement au don du sang, le don de plasma s’effectue exclusivement dans les Maisons du don. En Alsace, elles ne sont que trois : Strasbourg, Colmar et Mulhouse.

Le temps nécessaire est souvent surestimé. « Entre le moment où vous rentrez et le moment où vous sortez, c’est maximum 1h30 », rappelle Frédéric Colle. Le prélèvement lui-même dure environ 45 minutes, le reste étant consacré aux étapes médicales et à la collation qui suit le don.

À l’approche de l’été, période traditionnellement plus difficile pour les collectes, le message est simple : chaque don compte. Car derrière chaque poche de plasma se trouvent des patients qui, souvent, ne peuvent pas attendre. Comme le rappellent régulièrement les témoignages relayés par l’EFS, certains savent qu’ils doivent leur survie aux donneurs bénévoles.

Camille Colloch

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Read the original on lescarnetsdamerique.substack.com

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