Consommations énergétiques estimées par l’échelle de Kardachev
Classer les peuples et les civilisations en fonction de leur niveau technologique est une méthode bien « moderne », évacuant tout questionnement philosophique ou théologique qui remettrait en cause le tabula rasa du Siècle des Lumières. Ainsi, toute nouvelle mesure empirique à propos d’une civilisation réduit le processus d’une complexité plusieurs fois millénaires à un « projet managérial »[1].
Selon l’Échelle de Kardachev[2], les civilisations avancées de type I consomment tout ce que leur habitat[3] peut fournir. On peut donc penser que le concept d’optimisation serait une exigence essentielle qui rendrait une civilisation efficiente. Mais on constate dans les faits que la civilisation occidentale a atteint une limite empirique impossible à dépasser sur le plan de l’efficacité. Ainsi, les processus économiques et industriels modernes génèrent une monstrueuse somme de déchets qui ne font jamais partie des coûts estimés et mesurés, ceux-ci étant en grande majorité externalisés, c’est-à-dire, transférés à des acteurs moins puissants.
On prétend que l’humanité a atteint un niveau technologique sans précédent ; mais on observe également un effondrement dans ses mœurs, ses croyances, son intégrité, bref, une déchéance de son « humanité ». Ainsi, si l’on mesure le monde des hommes à la façon dont ceux-ci traitent leurs semblables, l’on peut certainement penser, en utilisant l’Échelle de Kardachev, que l’humanité n’a non seulement pas réussi à occuper tout son habitat, mais qu’elle arrive à un niveau de destruction sans précédent. Rien ne doit être laissé en jachères ; tout doit être transformé, la matière comme le vivant ; rien ne doit conserver sa « pureté originelle ». L’exemple de l’ADN modifié par des substances brevetées que l’on nomme « vaccin » montre à quel point l’homme a réussi à détruire tout ce que Dieu a créé.
Selon Nikolaï Kardachev, les civilisations de type II sont quant à elles capables de coloniser l’espace et consommer l’énergie qui s’y trouve. Les dirigeants de notre monde aimeraient bien, de façon réelle ou fictive, conquérir l’espace intersidéral et harnacher l’énergie spatiale afin d’accroître leur maîtrise de l’univers ; mais ils souhaiteraient bien également utiliser ce pouvoir stellaire afin d’asservir de manière plus décisive ceux qui consomment l’énergie terrestre nécessaire au progrès spatial. Réduire la population mondiale de manière drastique afin de récupérer l’énergie consommée par les hommes pour coloniser d’autres planètes avec des « élites » parasitaires ; voilà un projet pharaonique digne du XXIe siècle!
On peut donc comprendre que le pouvoir réel considère la vie humaine comme une vulgaire variable d’ajustement dont il peut disposer à sa guise sans aucune règle éthique. L’humanité est donc vidée de son essence, dès lors qu’elle détruit toute possibilité historique. Éliminer le vivant afin de faire place à une Conscience Supérieure consommant des quantités monstrueuses d’énergie (les gigantesques Centres de Données ne servent pas à engranger des informations sur les individus mais sont plutôt conçus pour permettre à la Civilisation Post-humaine d’atteindre le Seuil de la Civilisation de type II) n’est pas comme le prétendent les gourous de la technologie un saut qualitatif de l’esprit humain, mais plutôt un fantasme revisité à chaque époque, celui de dominer le monde sans être en mesure de maîtriser ses propres appétits.
Dans le registre de Kardachev, il n’y a aucune limite à l’hubris. Tout est en expansion – comme l’Univers – sans qu’aucun frein éthique ou aucune pensée métaphysique n’intervienne. La froideur de l’« esprit post-humain » ressemble alors à un corps inanimé qui doit sans cesse se regénérer en absorbant des sommes astronomiques d’énergie afin de ne pas se désintégrer. L’homme post-humain a donc décidé consciemment de s’immoler par le feu satanique de la technologie tout en niant toute origine divine. Cette étonnante contradiction pourrait certes en faire sourire plusieurs si le contexte de notre époque n’était pas si apocalyptique.
Les avancées fulgurantes de la nanotechnologie et des super-ordinateurs laissent penser que l’homo-sapiens court vers une extinction de masse précoce. Nous avons traversé plusieurs phases humaines qui nous ont conduits à l’ère actuelle : la période tribale, l’époque des rituels, le débat philosophique, la question théologique, le débat politique, le temps des appétits – le retour à la bestialité, etc. Le monde des sens (animisme) a cédé le pas à celui des conquêtes ; puis est advenu la philosophie qui a par la suite fait place à la théologie. Quand l’art du discours politique a renversé l’ordre religieux, l’homme a inventé la science moderne pour liquider le fonds de commerce historique.
Nous avons maintenant atteint une limite empirique infranchissable que nous ne pourrons jamais dépasser – comme la Ceinture de Van Allen – sans un dispositif de « protection » adéquat – un « équipement spirituel ». Car pourquoi progresser, si à chaque « innovation » on liquide des millions de vies humaines? Les grandes inventions humaines des derniers millénaires basées sur le savoir, la connaissance et la sagesse ont fait place à des « innovations » (une nouvelle technologie en chasse toujours une autre) fabriquées par des affabulateurs – les adeptes du rouleau-compresseur que l’on nomme de manière fallacieuse progrès – qui omettent toujours de payer les dettes qu’ils ont contractées (le patrimoine humain) auprès de l’Histoire. Le temps est-il venu de rembourser cette dette spirituelle sans laquelle le Post-humain ressemblera de plus en plus à un pantin mécanique sans aucune beauté ni aucune splendeur?
[1] Le management, de l’anglais américain management, et de l’ancien français manège, terme probablement issu de l’italien maneggiare (« mener son cheval à la main »), est un processus moderne qui permet de contrôler, diriger et gérer une situation. On peut dès lors penser que le management (pure fonction mécaniste apparue au XXe siècle avec l’automatisation et la robotique) a évacué les questions difficiles reliées à l’existence et à la métaphysique afin d’accroître l’efficacité du « projet ». Mais l’homme n’est pas un projet ni un but en soi ; il est plutôt une création divine qui nécessite autre chose qu’un vulgaire objectif « managérial ». À terme, un projet « médical » issu de la médecine moderne est certes un succès, mais le patient est mort!
[2] Nikolaï Kardachev (1932-2019), astronome soviétique, a proposé une méthode théorique de classement des civilisations en fonction de leur niveau technologique et de leur consommation énergétique.
[3] Nous pourrions certes critiquer cette affirmation car les ressources naturelles – incluant les hydrocarbures – sont pour la plupart estimées et ne font pas l’objet d’un consensus scientifique. Les nombreux oiseaux de mauvaise augure n’ont cessé de scander depuis plus d’un demi-siècle une soi-disant « urgence climatique » et un pic pétrolier fantasmé afin de promouvoir des énergies vertes et une réduction drastique du niveau de vie des individus. Mais la réalité est tout autre et la fumeuse réinitialisation promise par une caste de parasites non élus finira bien par exposer son réel projet totalitaire.
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