La préparation d’une épreuve montagneuse ne nécessite pas obligatoirement de disposer de longs cols à proximité. Une alternative efficace consiste à répéter des ascensions plus courtes afin d’accumuler un temps de travail important en montée et un dénivelé significatif, tout en augmentant progressivement la puissance au fil de la séance.
Ce type de travail vise notamment à développer la durabilité, c’est-à-dire la capacité à limiter la détérioration des capacités physiologiques et mécaniques malgré l’accumulation de fatigue musculaire, métabolique et cardiovasculaire.
Sur les parcours comprenant plusieurs cols, la performance ne dépend pas uniquement de la puissance que l’athlète est capable de produire sur la première ascension, mais surtout de sa capacité à préserver cette puissance durant plusieurs heures.
Avec l’expérience acquise au fil des années auprès de cyclistes et de triathlètes préparant des épreuves en montagne, j’ai pu constater que la principale limitation n’est souvent pas un manque de puissance absolue. Le premier col est généralement franchi sans difficulté particulière à la puissance cible. En revanche, lorsque la fatigue s’accumule, la capacité à reproduire cette même puissance d’une ascension à l’autre devient beaucoup plus difficile.
Lorsque la durabilité se détériore, on observe typiquement une baisse progressive de la puissance soutenable associée à une fréquence cardiaque qui reste élevée, voire augmente.
Autrement dit, chaque watt produit devient physiologiquement plus coûteux.
L’exemple ci-dessous illustre cette détérioration lors de la partie cycliste du Triathlon L de l’Alpe d’Huez (118 km – D+ 3200 m). Entre la première ascension, le Grand Serre, et la dernière montée vers l’Alpe d’Huez, la puissance moyenne diminue 10 W, tandis que la fréquence cardiaque moyenne augmente de 13 bpm.
Cette évolution se traduit par une diminution de l’indice Pw:HR, reflet d’une dégradation de la relation entre puissance externe et réponse cardiaque. Sous l’effet de la fatigue, l’athlète doit mobiliser une fréquence cardiaque plus élevée pour produire une puissance pourtant inférieure.
C’est précisément cette capacité à retarder la détérioration du rapport puissance/coût physiologique qui constitue l’un des objectifs majeurs du travail de durabilité en préparation d’une épreuve de montagne.
La séance que je vais vous présenter s’oriente principalement sur le travail au seuil de fatigue afin de le repousser pour améliorer la durabilité.
L’objectif n’est donc pas seulement d’accumuler du temps à haute intensité, mais de déplacer progressivement le moment à partir duquel la puissance soutenable commence à se dégrader sous l’effet de la fatigue. Concrètement, on cherche à être capable de produire une puissance proche de la puissance critique après plusieurs heures d’effort, avec une augmentation limitée du coût physiologique.
Cette approche est particulièrement pertinente pour les épreuves comprenant plusieurs ascensions, où la capacité à maintenir une puissance élevée dans les derniers cols est souvent plus déterminante que la puissance développée en état frais.
C’est précisément ce que je cherche à mesurer dans mon laboratoire lorsque je réalise des tests de durabilité.
La détermination des seuils en état frais est utile, mais elle ne suffit pas à caractériser complètement le profil physiologique d’un athlète. Il est également important d’évaluer l’évolution de ces seuils après une charge préalable, afin de mesurer leur déplacement sous l’effet de la fatigue et d’obtenir une cartographie plus complète du métabolisme de l’athlète.À partir de ces données, il devient possible d’identifier plus précisément les limitations individuelles et de proposer des protocoles d’entraînement spécifiques visant à améliorer la durabilité.
Plus d’informations sur les tests : ksendurancetraining.com/testing
La séance de 127 km avec 2 795 m de D+ présentée ici, comprenait 15 ascensions d’environ 3 km, réalisées dans une pente moyenne de 5,1 %.
L’objectif était d’accumuler un volume important de travail en montée tout en augmentant progressivement l’intensité au fil des répétitions, afin de terminer la séance à proximité de la puissance critique malgré plusieurs heures d’effort et l’accumulation de fatigue.
L’intensité des ascensions a été définie à partir d’une CP de 360 W mesurée sur le plat.
Ce choix mérite d’être précisé, car la puissance soutenable est dépendante du contexte dans lequel elle a été évaluée. Chez certains athlètes, la puissance produite en montée peut être supérieure à celle obtenue sur terrain plat. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à cette différence : la cadence, le couple développé à chaque cycle de pédalage, la position du cycliste, le recrutement neuromusculaire ou encore les différences d’inertie du système cycliste-vélo.

Comments
Nothing yet. Say the first thing.
Sign in to join the conversation.