Le Triathlon L de l’Alpe d’Huez est une épreuve atypique, caractérisée par un parcours vélo particulièrement exigeant de 118 km pour 3 200 m de dénivelé positif, suivi d’une course à pied vallonnée d’environ 20 km et 340 m de D+, disputée à près de 1 800 m d’altitude.
Le vélo occupe une place prépondérante dans la performance globale : sa corrélation avec le classement final atteint 0,92, contre 0,77 pour la course à pied et 0,57 pour la natation. La partie pédestre reste néanmoins déterminante pour conserver, voire améliorer, la position acquise à l’issue de la deuxième transition.
Le parcours est composé de 4 cols dont 2 sont clés dans la performance finale, à savoir la montée de l’Alpe du Grand Serre (15km à 6,5%) et l’Alpe d’Huez (13,9km à 8%) intervenant au KM104 en état de fatigue.
Les performances dans les deux montées restent globalement liées, mais les changements de rang révèlent qu’une montée trop intense de l’Alpe du Grand Serre peut avoir des conséquences négatives dans la montée finale de l’Alpe d’Huez.
Il existe une relation significative entre les performances dans les deux ascensions (r=0,72), les meilleurs grimpeurs du Grand Serre ont donc généralement tendance à rester performants dans l’Alpe. Toutefois, la corrélation est loin d’être parfaite : environ la moitié seulement de la variabilité observée dans la montée finale peut être associée au niveau montré dans le premier col.
La montée de l’Alpe du Grand Serre renseigne principalement sur le niveau de puissance que l’athlète est capable de développer à l’état frais alors que la montée de l’Alpe d’Huez renseigne davantage sur sa durabilité et sa capacité à maintenir une puissance stable en état de fatigue.
Dans cet exemple on peut voir que Louis RICHARD, 2ème du Triathlon L de l’Alpe 2025, a conservé une puissance stable entre 99 et 101% CP dans chaque montée. L’indice Pw:HR indique une très légère dégradation mécano-physiologique dans la montée de l’Alpe d’Huez par rapport à la montée de l’Alpe du Grand Serre (1.97 vs 2.08) mais ça indique toutefois un très bon niveau de durabilité.
Si on compare la montée de l’Alpe du Grand Serre à celle de l’Alpe d’Huez, on peut voir que certains des athlètes les plus rapides dans le Grand Serre ont été moins performants dans la montée finale de l’Alpe.
César Neveu réalise le meilleur temps du Grand Serre en 45’13’’, mais ne signe que le 52e temps dans l’Alpe en 1 h 01’01’’. Leon Chevalier et Niklas Ludwig, deuxième et troisième du premier col, reculent respectivement aux 148e et 149e rangs dans la montée finale. À l’inverse, Louis Richard passe du neuvième temps au meilleur temps dans l’Alpe, tandis que Clément Grandy progresse de la dixième à la deuxième place.
Ces exemples ne prouvent pas que les trois premiers ont nécessairement roulé au-dessus de leur stratégie prévue : une défaillance, un problème mécanique ou nutritionnel peut également expliquer leur recul. Mais ils montrent qu’une très forte performance initiale peut générer une forte dégradation de la durabilité.
58 % réalisent un moins bon rang dans l’Alpe ;
la perte médiane est de 5 places ;
leur rang moyen passe approximativement de 26e à 59e.
La moyenne est fortement influencée par quelques effondrements majeurs, mais la médiane confirme malgré tout une tendance générale à la dégradation.
Pour mieux identifier une éventuelle mauvaise stratégie de gestion de la puissance, la performance dans le Grand Serre peut être comparée au niveau cycliste global de l’athlète.
les athlètes dont le Grand Serre est beaucoup plus rapide que prévu au regard de leur temps vélo total ;
ceux dont la performance initiale est cohérente avec leur niveau général ;
ceux qui réalisent un Grand Serre relativement prudent puis terminent mieux.
Dans l’échantillon, les 500ers du classement général, plus un athlète a effectué une montée rapide de l’Alpe du Grand Serre par rapport à son niveau cycliste global, plus il tend à sous-performer dans l’Alpe d’Huez :
Le quart des athlètes les plus rapides dans le Grand Serre par rapport à leur temps vélo attendu réalise en moyenne l’Alpe environ 1 min 41 s plus lentement que prévu. À l’inverse, le quart ayant été le plus prudent dans le premier col réalise la montée finale environ 1 min 20 s plus rapidement que prévu.
Ce résultat doit être interprété avec précaution, car le temps vélo total contient lui-même les deux ascensions. Il existe donc une part de dépendance mathématique. Il constitue néanmoins un signal descriptif cohérent avec l’hypothèse physiologique suivante : Un effort excessif dans le Grand Serre peut produire un bénéfice chronométrique immédiat, mais augmenter ensuite la fatigue et réduire la puissance disponible dans l’Alpe.
utilisation prématurée du glycogène musculaire ;
temps excessif passé au-dessus de l’intensité soutenable ;
accumulation de fatigue périphérique ;
hausse de la contrainte thermique ;
difficulté à maintenir les apports énergétiques ;
augmentation de la dérive cardiaque.
On voit donc l’importance de déterminer avec précision son profil physiologique à l’état frais et en état de fatigue afin d’optimiser sa stratégie d’allure durant une épreuve de longue durée.
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Le vélo structure très fortement le classement. La course à pied est moins corrélée au rang final que le vélo, mais elle reste déterminante dans les écarts et dans la conservation ou l’amélioration de son classement. Une excellente course à pied ne compense pas toujours un déficit cycliste important, tandis qu’une défaillance pédestre peut annuler une grande partie du bénéfice construit à vélo.
Il est ainsi important de travailler la résistance à la fatigue sur cette épreuve si particulière dont le parcours pédestre se court à 1800m d’altitude en alternant montée/ descente.
Les analyses précédentes permettent d’identifier les exigences spécifiques de l’épreuve. La question devient alors : comment les reproduire à l’entraînement ?

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