RSS Amplifier

KS Endurance Training · Jun 3, 2026

Comprendre le métabolisme

0
Sign in to vote or save

Karoly SPY · KS Endurance Training

Il existe une zone d’intensité où le corps oxyde un maximum de graisses, recycle efficacement son lactate et stimule en profondeur ses mitochondries — sans générer de fatigue non assimilable. Cette zone, c’est le premier seuil. Pourtant, de nombreux athlètes ne s’y entraînent pas suffisamment ou correctement : soit par méconnaissance de sa localisation exacte, soit parce qu’ils dépassent sans le savoir cette intensité cible, par une mauvaise détermination du 1er seuil, s’entraînant trop souvent dans la zone intermédiaire qui offre moins de bénéfices pour plus de fatigue.

Le 1er seuil, ventilatoire (VT1) ou de lactate (LT1), représente un repère physiologique important pour la construction des séances d’entraînement mais également pour la compréhension de la performance lors des épreuves d’ultra-endurance comme ça peut être le cas en triathlon distance Ironman ou lors d’un 100Km.

Le VT1-LT1 délimite le domaine d’intensité modéré du domaine d’intensité lourd alors que le VT2-LT2 représente la frontière entre le domaine d’intensité lourd et le domaine d’intensité sévère.

Lorsqu’on s’entraîne au niveau du 1er seuil de lactate, avec une lactatémie inférieure à 2 mmol/L, l’organisme maintient un équilibre métabolique tout au long de la séance. Le taux de glycolyse reste modéré, ce qui permet une oxydation efficace du lactate produit : celui-ci est converti en pyruvate, puis orienté vers la chaîne de phosphorylation oxydative pour alimenter la contraction musculaire en ATP. La navette du lactate — aussi bien au niveau intracellulaire qu’intercellulaire — fonctionne ainsi à plein régime, assurant un recyclage continu du substrat énergétique entre les fibres musculaires productrices et les fibres oxydantes.

Simultanément, l’oxydation des lipides atteint son niveau maximal à cette intensité, contribuant à couvrir la demande énergétique nécessaire au maintien de l’effort. C’est précisément à cette zone d’intensité que la combustion des graisses est la plus élevée — ce que la littérature désigne comme l’intensité FATmax.

Une séance conduite au LT1 génère ainsi un double effet : elle améliore à la fois le transport et l’oxydation du lactate, et maximise l’utilisation des acides gras comme substrat énergétique. Ces deux adaptations reposent sur un même mécanisme central : la biogenèse mitochondriale. Pour optimiser ce stimulus, il faut réunir deux conditions — une sollicitation métabolique suffisante et une longue durée d’effort, le tout dans un contexte de stabilité métabolique. Le LT1 réunit précisément ces conditions : l’intensité est suffisante pour activer les voies de signalisation AMPK et PGC-1α, sans générer l’acidose qui perturberait la qualité du stimulus.

Voici l’exemple d’une séance de 20Km au 1er seuil, on peut voir une stabilité de l’allure avec 3’50’’/ KM dans la 1ère partie de la séance vs 3’50’’/ KM dans la 2ème partie de la séance. En parallèle, la FC n’a augmenté que de +2bpm. Le ratio FC/ Allure passe de 0.108 à 0.106 indiquant une stabilité mécano-physiologique signe d’une foulée efficace.

Un second exemple illustre cette recherche de stabilité métabolique comme condition d’une signalisation cellulaire optimale.

Ici, l’athlète devait réaliser 100 km au LT1. La distribution des zones de FC confirme la maîtrise de l’intensité : 100% du temps a été passé en Z1ii, sans aucune dérive vers les zones supérieures.

La comparaison entre les deux moitiés révèle une grande stabilité physiologique. La FC n’a dérivé que de +4 bpm (135 → 139 bpm), soit un découplage cardiaque de +3,0%, signe d’une excellente durabilité aérobie. La légère baisse de puissance observée en seconde moitié (−6 W, de 286 à 280 W) ne traduit pas une fatigue musculaire, mais reflète un profil de parcours plus favorable : la vitesse moyenne augmente en parallèle de +0,6 km/h (39,3 → 39,9 km/h), confirmant que l’athlète maintenait un effort identique sur un terrain offrant moins de résistance à l’avancement.

Le ratio puissance/FC — indicateur du rendement mécano-physiologique — passe de 2,119 à 2,009, ce qui reflète le découplage cardiaque attendu sur ce type de durée, dans des valeurs tout à fait acceptables.

Cette séance illustre parfaitement le principe fondamental de l’entraînement au LT1 : maintenir une intensité métabolique constante sur une longue durée pour maximiser la durée de sollicitation des voies de signalisation mitochondriale (AMPK, PGC-1α), sans générer la fatigue qui compromettrait la qualité des adaptations.

💡 Point méthodologique — Analyse d’une séance vélo

Il est important de croiser les données Puissance, Fréquence Cardiaque et Vitesse de déplacement pour analyser avec précision une séance à vélo. Chacun de ces indicateurs pris isolément peut induire en erreur : une baisse de puissance peut refléter un profil de parcours favorable plutôt qu’une fatigue ; une hausse de FC peut traduire une dérive thermique ou une déshydratation plutôt qu’une augmentation d’intensité ; une vitesse élevée peut résulter du vent dans le dos ou d’une descente. C’est le croisement systématique de ces trois variables qui permet une interprétation fiable de la réponse physiologique de l’athlète.

L’entraînement au 1er souvent peut être considéré comme plus fondamental que le 2ème seuil (LT2) pour l’entraînement de base aérobie dans les disciplines de longue durée, pour plusieurs raisons :

  1. Il délimite la zone de développement aérobie optimal — en dessous, les adaptations mitochondriales et capillaires progressent sans générer de fatigue excessive

  2. Il est le reflet de la capacité d’oxydation du lactate — un LT1 élevé signifie que le muscle peut utiliser le lactate comme carburant à des intensités de plus en plus grandes

  3. Son déplacement vers la droite (vers des vitesses/puissances plus élevées) est l’un des indicateurs les plus fiables de progression en endurance

  4. Il est plus sensible à l’entraînement que le LT2 chez les athlètes déjà bien entraînés

En résumé, le 1er seuil n’est pas simplement une limite à ne pas dépasser : c’est la cible d’entraînement autour de laquelle devrait s’organiser le volume de base aérobie.

Si vous souhaitez déterminer avec précision votre SV1-SV2 et évaluer votre durabilité, je vous propose des tests physiologiques combinant analyse des échanges gazeux et oxygénation musculaire par NIRS au sein de mon laboratoire situé au pied du Mont Ventoux.

Toutes les informations sur ksendurancetraining.com/testing

Read the original on ksendurancetraining.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.