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Faire Tribu · May 5, 2026

Comment votre communauté peut tout faire basculer ?

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Hugo PAUL · Faire Tribu

Bonjour la tribu,

J’espère que vous allez bien.
Je vous écris depuis une maison en Normandie dans laquelle je me suis enfermé avec 7 autres entrepreneur·e·s pour avancer ensemble sur nos sujets de fond.

C’est une belle parenthèse qui me permet de poser mes idées sur le papier alors que la saison des conférences a repris depuis quelques semaines et le rythme trépidant qui va avec.

Au milieu de toutes ces rencontres et des (nombreux) voyages en train, je suis ravi de prendre ce temps pour vous partager une découverte qui a littéralement changé ma manière de voir le changement dans le monde.

Cette découverte, ce sont les “wide bridges” :

Une stratégie pour diffuser des changements à grande échelle.

Et, pour être franc, je ne comprends pas pourquoi ce concept est si peu connu.
Car c’est bien le défi de tous les collectifs que je croise.

Que ce soit une entreprise qui engage une nouvelle stratégie, un entrepreneur qui souhaite lancer un produit révolutionnaire ou même un groupe d’amis qui change ses habitudes.

Convaincre les premières personnes n’est jamais facile.
Mais le plus dur est bien souvent d’embarquer l’ensemble du groupe.

En bref, comment passer d’une idée marginale pour concrètement changer la norme ?

C’est ce que nous allons voir ensemble aujourd’hui !

Prêt.e à explorer ?

Avec la fine équipe qui m’a soutenu dans l’écriture de cette édition

Nota Bene : Cet article fait partie de la série “Créer du changement collectif”

En partant des travaux de Damon Centola, j’ai exploré comment nous pouvons créer du changement ensemble… pour rendre le monde un peu meilleur.

Retrouvez les précédentes éditions :

Et abonnez-vous pour ne pas louper les suivantes :

Il y a un truc que je trouve assez fou, c’est de se rendre compte que notre quotidien est rempli d’un nombre incalculable d’innovations techniques et sociales qui ont d’abord été complètement marginales.

Que ce soit les smartphones, les voitures électriques, les sites de rencontre en ligne, et même les Birkenstocks.

Ces innovations sont rentrées dans nos vies (pour le meilleur ou pour le pire), alors qu’au départ ce n’était qu’une innovation comme une autre utilisée par quelques individus isolés.

Prenons l’exemple de la carte bancaire.

Inventée en 1949 par Frank McNamara, elle serait née (selon la légende) d’un oubli de portefeuille au restaurant, qui l’aurait poussé à imaginer un système de paiement sans espèces.

History – Diners Club International
On adore toujours les pubs de l’époque !

Au départ, cette carte bancaire ne rassemblait que quelques centaines d’utilisateurs à travers le Diners Club.

Puis, au fur et à mesure, les banques comprenant le potentiel de l’innovation se sont mises à l’adopter et à envoyer des cartes bancaires à leurs clients.

Le problème, c’est que faute de confiance dans ce nouveau système, peu de commerçants les acceptaient.
Les cartes étaient dans le portefeuille des Américains, mais peu d’entre elles étaient véritablement actives.

Jusqu’à ce que, dans les années 1970, une part suffisante de la population s’en empare et crée un réseau de confiance assez large pour faire basculer l’usage dans la norme.

Aujourd’hui, tout le monde a une carte bancaire.
C’est même l’argent liquide qui est devenu marginal.

En sociologie, tout cela a un nom.
C’est ce que l’on appelle : le point de bascule.

Le moment où un comportement ou une innovation atteint une masse critique suffisante.
À partir de là, la dynamique collective accélère sa diffusion, le faisant passer d’un usage minoritaire à un usage dominant.
En bref, on crée une nouvelle norme.

Selon les scientifiques, ce point de bascule se situerait autour de 25 %.

Aucune description alternative pour cette image
Un dessin pour tout comprendre dans la super newsletter Redessiner le Monde de mon ami Matthieu Dardaillon

Et je vous avoue que c’est pour moi plutôt une bonne nouvelle.

Cela voudrait dire qu’il suffirait qu’un quart de la population se mette à méditer ou acheter en reconditionné pour créer un effet d’entraînement positif et ancrer ce comportement dans la norme.

C’est quand même assez fou !

Bon, pour être précis, en épluchant les études scientifiques, j’ai compris qu’il y avait un débat sur le chiffre exact.
Le consensus se placerait plutôt entre 10 % et 35 %.

Mais peu importe finalement la précision de ce chiffre, ce n’est pas le point central.

Ce qui m’intéresse réellement, c’est de comprendre comment nous pouvons concrètement atteindre ce point de bascule.

Car je vais être honnête avec vous, cela fait 10 ans que l’on me parle de cette théorie.
Mais jamais de la manière dont on peut la faire advenir.

Vous commencez à me connaître, j’ai eu besoin de creuser le sujet.
Et c’est là que j’ai découvert un concept qui a pour moi tout changé : les wide bridges.

Il y a quelques mois, à la fin d’une conférence, la directrice RSE d’un grand groupe (que nous appellerons C. par souci de confidentialité) vient me voir, et nous engageons la discussion.

Au fil de l’échange (et des petits fours que je dévore), C. me partage sa frustration de ne pas réussir à diffuser globalement le changement dans sa boîte.

Elle a pourtant fait tout ce qu’il fallait : une feuille de route claire, des éléments de langage attrayants et surtout un grand réseau d’ambassadeurs.

Chaque département dispose d’un référent qui a pour mission d’infuser sa stratégie au sein des équipes.
Elle les outille, les forme, leur donne le plus de ressources possibles.
Mais elle doit bien se faire à l’idée : ils n’arrivent pas à embarquer leurs équipes respectives.

Cette histoire, je l’ai entendue des dizaines de fois.

Que ce soit pour diffuser des stratégies internes ou lancer un nouveau produit, le résultat de cette stratégie d’ambassadeurs est souvent le même.
Un flop …

Mais alors pourquoi donc les ambassadeurs n’arrivent-ils pas à diffuser le changement ?

Pour y répondre, il faut avant tout comprendre la notion de “ponts” en science des réseaux.

Le sociologue Damon Centola définit deux types de ponts :

  • Les ponts étroits (“narrow bridge”)

  • Les ponts larges (“wide bridge”)

Les ponts étroits sont des liens simples entre deux groupes sociaux.

Schéma issu des travaux de Damon Centola

On crée un point de contact entre deux collectifs.
Et puis, on espère que le changement se diffuse à travers ces points de contact.

Vous l’aurez compris, c’est exactement le principe des ambassadeurs.

Et c’est vrai que sur le papier, l’idée peut paraître bonne.
En un seul point de contact, on peut diffuser un changement à tout un groupe.

Le problème ?
(Que vous avez déjà certainement compris si vous avez lu l’édition sur “Comment initier le changement ?”)

L’ambassadeur a rarement assez d’influence sociale pour propager ce changement seul.

N’oublions pas que nous ne changeons qu’à partir du moment où nous trouvons ce changement pertinent pour nous.
Et ce changement devient pertinent pour nous, lorsqu’une assez grande partie de notre réseau l’a adopté.

Et c’est là toute l’ingéniosité des ponts larges.

Contrairement aux ponts étroits, les ponts larges consistent à créer des liens multiples et denses entre deux groupes afin de diffuser le changement.

Et cela change toute la dynamique.

Schéma issu des travaux de Damon Centola

Reprenons l’exemple de notre directrice RSE.
Imaginons qu’elle cherche à convaincre un nouveau département d’intégrer sa stratégie et que vous en faites partie.

Alors que votre département était auparavant en contact avec un seul ambassadeur, qui pouvait vous paraître marginal, vous êtes désormais relié à toute une équipe ayant déjà adopté cette stratégie.

La proportion “d’adopteurs” de votre réseau augmentant significativement, vous percevrez maintenant cette stratégie comme pertinente pour vous.

Ainsi, vous l’adoptez. Les personnes autour de vous l’adoptent.
Et rapidement, à l’échelle de votre cluster, le point de bascule est atteint.

C’est là tout le pouvoir des wide bridges :
Créer du renforcement social des groupes convaincus vers les non convaincus pour atteindre des mini-points de bascule.

Et ça fonctionne avec tout.
Que ce soit pour toucher un nouveau segment de clientèle ou convaincre votre nouveau groupe de potes de jouer à la belote au travers d’un autre groupe d’amis.

Ce que je trouve brillant dans cette stratégie, c’est qu’elle ne cherche pas à convaincre tout le monde.

Elle s’appuie sur une autre logique :
Se concentrer sur une petite partie du collectif, en le connectant à des groupes déjà convaincus, puis laisser la dynamique collective faire le reste.

Vous l’aurez compris, la clé des wide bridges est de “densifier” les liens entre :

  • Votre “communauté de changement”

  • Et les communautés que vous souhaitez toucher.

Car plus il y aura de liens et de la confiance entre ces communautés, plus le changement pourra se diffuser entre elles.

Bon je sais, plus facile à dire qu’à faire.

C’est pourquoi, je suis allé glaner quelques conseils auprès d’une personne qui a fait de la création de wide bridges son métier.

Je vous le présente.

Il y a quelques mois, j’ai eu la chance de rencontrer sur mon chemin Arnaud Chaigneau.
L’un des premiers Chief Ecosystem Officer en France.

Son rôle : connecter les structures aux communautés de leur écosystème pour amplifier leur impact.
Son métier, c’est donc littéralement de créer des ponts entre les collectifs.

Au-delà d’être une personne profondément sympathique, son intelligence sociale me captive toujours.

Je lui ai donc demandé s’il avait des conseils pour créer des wide bridges.
Et voici les 3 apprentissages que j’en retiens.
(Je pourrais en avoir 10 mais cette newsletter est déjà beaucoup trop longue).

Votre “communauté de changement” aura toujours des points communs et des différences avec la communauté que vous souhaitez toucher.

Alors, pour les connecter, demandez-vous :

  • Comment nos points communs peuvent nous rassembler ?

  • Et comment nos divergences peuvent nous faire grandir ?

Ces réponses définiront les frontières de l’espace dans lequel vous vous rassemblerez.

Je pense notamment aux ateliers de couture qu’a mis en place Patagonia il y a quelques années.
Au travers de ces événements, ils ont pu toucher la communauté DIY (Do It Yourself) en créant du lien avec leur communauté initiale (les aventuriers). Tout en partageant un message fort à leur cœur de cible : réparez vos affaires plutôt que d’en acheter des nouvelles.

De la même manière, imaginons que notre directrice RSE souhaite toucher la communauté “Learning et innovation” de son entreprise.
Elle pourrait commencer par réunir les ambassadeurs de ces deux communautés à travers des événements fusionnant leurs univers.
Par exemple, des événements apprenants où chaque ambassadeur partagerait ses meilleures pratiques pour embarquer des personnes.
2 univers différents, mais 1 enjeu commun pour renforcer leurs liens.

Plus vos membres parleront de votre communauté, plus le monde en entendra parler (et aura envie de la rejoindre).
C’est aussi simple que ça.

On se souvient tous des badges ‘“Team for the planet” qui ont littéralement envahi LinkedIn.
Chaque post des nouveaux membres étaient une invitation à rejoindre ce mouvement.
Jusqu’à atteindre 130 000 actionnaires quand même ….

Ne cherchez pas tout de suite à faire sortir quelque chose de ces espaces.
Créez des espaces réguliers de rencontre, passer du temps ensemble et apprenez simplement à vous connaitre.

Comme le dit Arnaud :

“La confiance se construit avec le temps.
Je passe parfois près d’un an à tisser des liens avec la communauté avant de créer des événements avec elle.”

Ce que j’ai compris au travers de cette exploration, c’est que diffuser une nouvelle norme, c’est avant tout connecter des clusters sociaux entre eux.

Puisque le changement se fait au travers de l’influence du collectif.

Alors, l’enjeu n’est pas de propager le changement d’individu à individu.
Mais plutôt de groupes sociaux à groupes sociaux.

Ainsi, pour diffuser largement le changement que vous avez initié :

La question n’est pas : quelles sont les communautés que je peux toucher ?

Mais plutôt : quelles sont les communautés auxquelles je peux pleinement me relier ?

Une fois identifiées, toutes les occasions sont bonnes pour créer des liens denses et multiples avec elles.

Que ce soit au travers d’événements, de projets collaboratifs, de dispositifs transverses ou simplement de temps informels…
Ce sont ces espaces qui vous permettront de passer d’un changement marginal à une véritable norme.

Les wide bridges sont un levier puissant pour diffuser le changement.

J’en suis convaincu.
Et surtout, nous en avons plus que jamais besoin dans un monde fragmenté.

Alors à vous de jouer ;)

Je vous remercie de m’avoir lu jusqu’ici.
C’est la fin de cette troisième édition sur le changement collectif.
J’espère qu’elle vous aura plu.

J’y ai mis tout mon cœur et mes méninges pour rendre cet article le plus concret pour vous.
Car comprendre comment le changement se fait, c’est bien, mais pouvoir le diffuser c’est quand même mieux.

Je serai donc ravi d’avoir vos retours que ce soit par commentaire ou en retour de ce mail pour nourrir cette exploration.

Et surtout, cette newsletter ne grandit que par le bouche à oreille.
Alors n’hésitez pas à la partager autour de vous. C’est ce qu’il y a de plus précieux pour faire grandir notre tribu !

Partager

Si vous souhaitez continuer à explorer ce sujet, vous pouvez :

Je vous souhaite une très belle journée !
On se retrouve dans quelques semaines pour clôturer cette série en bonne et due forme.
D’ici là, prenez soin de vous. 🫶

Hugo

PS : Mettez un petit ❤️, si vous voulez faire naître un grand sourire sur mon visage.

Read the original on hugopaul.substack.com

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