Bonjour la tribu !
J’espère que vous allez bien.
Comme vous le savez, pour celles et ceux qui me suivent ici depuis longtemps (et sinon bienvenue aux nouveaux), j’explore depuis près d’un an les conditions pour créer du changement ensemble.
J’ai déjà écrit plusieurs newsletters à ce sujet. Mais il y a quelques semaines, un retour sur l’une d’entre elles m’a interloqué.
Dans les grandes lignes, ce message disait : “Bon Hugo, c’est bien tes concepts sur le changement collectif. Mais concrètement, comment on les met en place ?”
Honnêtement ? Je vous avoue que ça m’a un peu désarmé. 😅
Et puis (après une longue respiration), j’ai réalisé qu’il avait complètement raison.
Les concepts, c’est bien. Mais s’ils ne débouchent sur rien de concret, alors à quoi servent-ils vraiment ?
Et cela m’a reconnecté au sens profond de cette exploration.
Si je passe autant de temps à éplucher les recherches scientifiques, à rencontrer des pionniers et à m’immerger dans des communautés. C’est pour une raison simple : Rendre accessible les changements complexes pour améliorer un peu le monde.
Du manager qui souhaite intégrer de nouvelles habitudes au sein de ses équipes, au citoyen qui aimerait créer plus de liens au sein de son quartier, jusqu’à l’entrepreneur qui souhaite faire adopter un nouveau produit révolutionnaire.
J’ai la conviction que nous pouvons toutes et tous contribuer à rendre le monde un peu meilleur.
Mais aucun de ces changements ne pourra se faire seul.
Alors aujourd’hui, j’aimerais vous partager une stratégie concrète :
5 étapes pour créer du changement collectif.
C’est l’aboutissement de plus d’un an de recherches.
Des centaines d’heures de travail, condensés ici, pour vous.
Prêt.e à explorer ?
Nota Bene : Cet article clôture la série “Créer du changement collectif”
En partant des travaux de Damon Centola, j’ai exploré comment nous pouvons créer du changement ensemble… pour rendre le monde un peu meilleur.
Retrouvez les précédentes éditions :
Changer un collectif, c’est avant tout comprendre qui en fait partie.
Prenez le temps de cartographier la structure et les limites de votre environnement.
Comme la France a ses propres régions et départements, votre réseau a ses propres frontières internes avec ses cultures et ses normes qui diffèrent.
Alors demandez-vous :
Quelles sont vos communautés existantes ? (eh oui, vous aussi vous avez vos Bretons et vos Corses).
Quelles sont leurs convictions ?
Et qu’est-ce qui rendrait ce changement pertinent pour eux ? (je vous parle de la notion de pertinence dans cet article)
Vous pourrez alors plus facilement définir les endroits spéciaux dans lesquels initier le changement.
Vos premiers adopteurs sont ce que vous avez de plus précieux.
Protégez-les de la norme en les gardant à la périphérie de votre réseau.
La périphérie d’un réseau, c’est l’endroit où les innovations s’implantent avant de se propager.
Car n’oubliez pas que nous changeons lorsque nous pensons que ce changement est acceptable socialement (j’en parle ici).
Ainsi, moins une personne est connectée, plus elle sera perméable à un nouveau changement (car elle aura statistiquement moins d’influences contraires).
Alors, avant d’exposer votre changement au grand jour, prenez le temps de recruter vos pionniers en périphérie.
Ce seront les plus faciles à convaincre pour initier le changement.Et surtout, ne les mettez pas tout de suite en lumière.
Laissez les s’affirmer en périphérie afin qu’ils deviennent vos meilleures preuves.
Pour vous convaincre, laissez-moi vous raconter une histoire qui date des années 1920.
À cette époque, les agriculteurs américains traversent une période noire. La Grande Dépression frappe le pays de plein fouet, les rendements du maïs (qui est alors l’une de leurs ressources principales) chutent et pour n’en rien arranger, le Dust Bowl, une catastrophe climatique créant des tempêtes de poussière, ravage les cultures.
Dans certains États, on frôle la famine.
Heureusement, des scientifiques ont une bonne nouvelle : ils viennent de mettre au point un maïs hybride, beaucoup plus résistant à la sécheresse.
Pour sauver ses agriculteurs, le gouvernement souhaite alors le rendre disponible le plus rapidement possible et lance une grande campagne publicitaire nationale pour convaincre les fermiers d’adopter cette nouvelle semence.
Et la campagne est… remarquable.
En 1933, près de 70 % des agriculteurs américains en ont entendu parler.
Sauf qu’il y a un problème.
Seulement 1 % d’entre eux l’adoptent.
Comment est-ce possible ?
Eh bien, mettez-vous un instant dans la peau d’un fermier en 1933. Vous avez entendu parler de ce nouveau maïs. Tout le monde en parle, d’ailleurs.
Et c’est précisément ce qui vous met la puce à l’oreille : si tout le monde en parle mais qu’aucun de vos voisins ne l’utilise… c’est qu’il y a sûrement une bonne raison, non ?
Et puis, imaginez que vous osiez quand même. Que vous soyez le premier du village à tenter l’expérience. Si ça ne fonctionne pas, que diront les autres ?
Dans un monde où la solidarité entre agriculteurs est une question de survie, perdre leur confiance n’est pas une option.
Alors vous attendez. Et tout le monde attend. Et personne n’adopte.
Ce qui vous manque, c’est de la confirmation sociale.
C’est le paradoxe cruel des grandes campagnes de sensibilisation : plus elles réussissent à informer, plus elles révèlent que personne ne met en place ce changement.
Ce qui crée un doute freinant encore davantage l’adoption.
Avant de parler de votre changement à tout le monde, concentrez-vous d’abord sur vos pionniers.
Aidez-les à réussir : leurs succès deviendront vos meilleurs leviers pour entraîner les autres.
Depuis des années, on vous vend le mythe de l’influenceur.
Cette personne si bien connectée qu’elle aurait le pouvoir de changer les normes en un clic.
C’est une belle histoire. Mais c’est une histoire fausse.
Car le vrai pouvoir du changement se situe dans l’influence collective.
En science des réseaux, changer un comportement est ce que l’on appelle une contagion complexe.
Nous avons besoin d’être en contact avec une multitude de personnes l’ayant déjà adopté (des “preuves sociales”) avant de l’adopter nous-mêmes.
Ainsi, plus de personnes adopteront votre changement, plus vous rendrez votre changement désirable.
Alors cessez de rechercher des personnes spéciales.
Concentrez-vous sur des lieux spéciaux.Des espaces pour rassembler vos pionniers, qu’ils apprennent des uns et des autres et qu’ils fassent grandir votre innovation.
Plus vous en aurez lorsque le monde posera les yeux sur vous, plus votre initiative semblera crédible et donc désirable.
Reprenons notre histoire du maïs hybride, car c’est exactement ce qu’il s’est passé dans l’Iowa dans les années 1930.
Alors que le gouvernement américain pensait la cause perdue, il a finalement découvert quelque chose d’inattendu.
Dans de petits villages d’agriculteurs peu connectés, certains avaient commencé à adopter le maïs hybride. Discrètement.
Saison après saison, les agriculteurs s’entraidaient dans l’adoption de cette nouvelle culture.
Et comme les récoltes parlaient d’elles même, les villages voisins observaient et puis commençaient également à l’adopter.
Peu à peu, l’innovation devenait crédible parce qu’elle était visible, portée par des gens qu’on connaissait et qu’on respectait.
Ces petits villages sont devenus des clusters d’innovation. Des foyers d’où le changement a pu se propager vers l’extérieur.
Le résultat ?
En moins d’une décennie, le maïs hybride est passé de 1 % des agriculteurs de l’Iowa en 1933… à 98 % à la fin des années 30.
Pas grâce aux influenceurs. Grâce à des clusters d’innovations.
Une fois que vous avez initié le changement en périphérie.
Servez-vous de vos clusters d’innovation pour le diffuser au reste du réseau.
Mais puisque le changement se fait au travers de l’influence du collectif.
Votre enjeu n’est pas de propager le changement d’individu à individu.
Mais de groupes sociaux à groupes sociaux.
C’est tout le concept de wide bridges :
Tisser des liens multiples et denses pour créer du renforcement social des groupes convaincus vers les non convaincus.
N’essayez pas de convaincre, tout un nouveau groupe avec un ambassadeur.
Seul, il aura bien trop peu d’influence.
Connectez ce groupe à un cluster de convaincus et la dynamique collective fera le reste. (Un article ici pour creuser le sujet.)
Les groupes relais sont rarement les plus visibles ou les plus influents.
Mais ce sont les mieux placés.
Car ils établissent des ponts entre les divisions.
Cela peut être :
Dans une entreprise : un groupe travaillant à la fois avec l’équipe d’ingénierie, l’équipe de conception et l’équipe commerciale.
Dans un hôpital : les infirmiers coordinateurs qui travaillent à la fois avec les médecins, les aides-soignants et les familles de patients.
Dans un quartier : un collectif de parents d’élèves qui fréquente à la fois l’école, l’association sportive locale et l’église du quartier.
Demandez-vous : où se trouvent les groupes qui font le pont entre vos convaincus et ceux qui peuvent le devenir ?
Et puis, créez des espaces pour les rassembler.
Arrivé ici, peut-être que votre changement sera devenu la norme.
Félicitations, c’est déjà une belle réussite.
Mais le plus dur reste maintenant de le maintenir.
Et pour le maintenir, vous allez devoir apprendre à le faire évoluer.
Car aucun changement n’est voué à rester figé.
N’oubliez jamais : un collectif qui se referme sur lui-même finit toujours par s’éteindre.
Tout votre enjeu est de trouver votre équilibre entre :
Rester ouvert pour être à l’écoute des changements extérieurs et propager les vôtres.
Garder des espaces fermés pour protéger vos innovateurs des influences contraires.
Pour cela, cultivez vos clusters d’innovation et reliez-les par des ponts larges.
C’est ce que nous enseigne, cette étude fascinante menée par Brian Uzzi et Jaret Spiro.
Ces deux sociologues ont passé des années à chercher à comprendre ce qui faisait le succès d’une comédie musicale à Broadway.
Ils ont épluché des dizaines de productions, comparé les équipes, les compositeurs, les chorégraphes, les thèmes, les budgets.
Résultat : rien de tout cela ne pouvait prédire le succès.
Ni la taille de l’équipe. Ni les talents individuels (chaque grand nom de Broadway a connu des échecs).
Le seul facteur commun entre tous ces succès :
La façon dont l’équipe était connectée au reste du réseau.
Les productions qui réussissaient faisaient toutes partie d’un vaste réseau de collaborations, fait de clusters serrés reliés par de larges ponts.
Les clusters étaient des espaces intimes où l’on pouvait expérimenter sans craindre le regard des autres.
Mais ces clusters n’étaient pas isolés.
Ils étaient reliés par des ponts larges (des liens avec d’autres productions ou d’autres univers artistiques) qui leur permettaient de capter de nouvelles idées et de faire circuler la connaissance.
Ni trop fermés. Ni trop ouverts. Les deux à la fois.
C’est le secret des collectifs qui savent traverser le temps.
Voici donc les 5 étapes pour créer du changement collectif.
Étape 1 - Cartographier son environnement
Étape 2 - Protéger ses pionniers en périphérie
Étape 3 - Créer des clusters d’innovation
Étape 4 - Cibler les groupes relais
Étape 5 - Trouver l’équilibre entre protection et connexion
Ce n’est bien sûr qu’un modèle.
Et il n’aura de sens que si chacun et chacune d’entre nous se l’approprie.
Alors, à vous de jouer !
J’aimerais que l’on aille plus loin ensemble.
Vous l’aurez compris, cette année de recherche a complètement bouleversé ma vision du changement.
Et je ne comprends pas pourquoi ces théories sont aussi peu connues…
Alors aujourd’hui, mon défi est de les rendre concrètes, pour que chacun puisse s’en emparer et contribuer, à sa manière, à rendre le monde un peu meilleur.
Pour cela, j’organise un atelier inédit.
L’objectif est de partir de vos situations concrètes pour s’approprier la méthode, apprendre de vos expériences mutuelles et nourrir ensemble la théorie.
Car qui de mieux que le collectif pour faire grandir ces principes sur le changement collectif.
Je serai accompagné de Solène Aymon qui travaille sur les communautés depuis plus de 10 ans. C’est ma mentor sur ce sujet, et l’une des personnes qui m’inspire le plus dans ce domaine.
Si vous initiez un changement et que vous souhaitez apprendre des autres, cet atelier a été conçu pour vous.
Nous l’avons volontairement laissé gratuit pour le rendre accessible.
Mais attention, on n’ouvre que 20 places afin de faciliter les échanges.
Ça se passe le 11 juin de 11h à 12h30.
Lien d’inscription ici : https://luma.com/1yf9wcbf
Pour conclure, j’aimerais remercier toutes les personnes qui ont donné vie à cette série : Solène, Matthieu, Clara, Clément, Claire, Héloïse, Louis, Yaël, Arnaud et Manon.
Et surtout tous les chercheurs dont les travaux m’ont permis de comprendre ce sujet en profondeur.
Dans la vie, comme dans cet article, nous avançons plus que jamais sur des épaules de géants. Et je trouve ça assez magique pour le souligner ici.
Si vous souhaitez continuer à explorer ce sujet, vous pouvez :
Plonger dans les travaux de Damon Centola.
Organiser une conférence dans votre organisation (je vous ramène même le feu de camp).
Découvrir mon livre Faire Tribu (Editions Eyrolles)
Je vous souhaite une très belle journée !
Prenez soin de vous. 🫶
Hugo
PS : Mettez un petit ❤️, si vous voulez faire naître un grand sourire sur mon visage.

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