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Faire Tribu · Mar 26, 2026

Faut-il se ressembler pour changer ?

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Hugo PAUL · Faire Tribu

Bonjour la tribu,

J’espère que vous allez bien. Le soleil revient, les journées s’allongent, les bourgeons éclosent… bref, le printemps est là, et ça me fait un bien fou !

Je suis très heureux de vous retrouver aujourd’hui sous ce format pour continuer notre exploration sur “Comment créer du changement collectif ?”.
Lors de la première édition, nous avons vu l’importance de créer des clusters sociaux pour initier le changement.

Et depuis, vous avez été nombreux à me faire des retours positifs en me partageant vos expériences d’entrepreneurs, de dirigeants et de citoyens.

Je vous remercie, chaque message me touche particulièrement.
Mais je dois vous avouer que quelque chose m’a interpellé.

Vous avez été plusieurs à insister sur l’importance de la ressemblance sociale pour que les clusters sociaux fonctionnent.
Autrement dit, nous ne serions influencés que par les personnes qui nous ressemblent.

Par exemple, si je baisse ma consommation d’électricité, c’est parce que plusieurs personnes qui me ressemblent l’ont également fait autour de moi.
Cela n’aurait jamais fonctionné si elles avaient été différentes.

C’est exactement l’intuition que j’avais au début de cette exploration.

Mais au fond, est-ce que cela est bien vrai ?
Est-ce qu’on ne change qu’au travers de celles et ceux qui nous ressemblent ?

C’est la 2ème grande découverte que j’aimerais vous partager.
Elle a tout changé dans ma manière de voir le changement collectif.

Prêt.e à explorer ?

Nota Bene : Cet article fait partie de la série “créer du changement collectif”

En partant des travaux de Damon Centola, j’ai exploré comment nous pouvons créer du changement ensemble… pour rendre le monde un peu meilleur.

Retrouvez la 1ère édition : “Comment initier le changement ?
Et abonnez-vous pour ne pas louper les suivantes :

Pour comprendre les mécanismes de l’influence sociale, j’aimerais tout d’abord vous raconter l’incroyable histoire des Pals Battalions.

Nous sommes en août 1914, au début de la Première Guerre mondiale, et l’armée britannique est déjà complètement dépassée face à l’Allemagne.

Alors qu’elle repose sur une armée de volontaires, elle a en face d’elle une armée allemande professionnelle, organisée, et surtout bien plus nombreuse.
Imaginez-vous bien : l’avantage numérique est alors de 10 contre 1.

Dans ce contexte, le gouvernement britannique est contraint de réagir rapidement en lançant un large appel à volontaires.

Mais il se heurte alors à deux obstacles :

  1. La peur de la guerre : face à un danger aussi concret que celui du champ de bataille, peu de volontaires sont prêts à s’engager.

  2. Les normes sociales : à l’époque, l’infanterie est composée uniquement de nobles (les officiers) et des classes populaires (les soldats). Pour la classe moyenne (les marchands, les banquiers…), s’engager en tant que soldat est socialement inacceptable car cela viole leur statut.

Résultat : peu de volontaires se manifestent.

Face à cette inertie collective, Lord Derby, ancien maire de Liverpool, a alors une idée révolutionnaire.

Pour diffuser ce changement, il comprend que la solution n’est pas de viser les individus. Mais de se focaliser sur les communautés.

En s’appuyant sur la solidarité au sein des quartiers ou des cercles professionnels, il espère dépasser ces résistances au changement et encourager l’engagement.

C’est ainsi que se lancèrent : les “Pals Battalions” (littéralement “bataillons de camarades”).

La promesse : ceux qui s’engageaient ensemble, combattraient ensemble.

Et ce fut une véritable réussite !

Dès la première semaine, 1 600 agents de change et employés de la City de Londres s’engagèrent et formèrent le Stockbrokers Battalion.

Deux jours plus tard, 1 500 habitants de Liverpool rejoignirent les rangs. Manchester suivit rapidement, levant quatre bataillons. Et en un mois, plus de cinquante villes formèrent leurs propres bataillons.

Au fur et à mesure, les villes rivalisaient même entre elles pour lever le plus grand nombre de troupes.
Jusqu’à atteindre un demi-million d’hommes à la fin de la première année.

En s’appuyant sur la cohésion des communautés locales, le gouvernement britannique réussit à renforcer ses troupes et changer les comportements profondément ancrés dans la société.

Cette histoire incroyable nous montre que la ressemblance sociale peut être la clé du changement.
Mais est-ce toujours efficace ?

Je vais vous partager une expérience personnelle qui peut paraître anodine mais qui en dit long sur l’influence sociale.

Il y a quelques années, je voulais me percer les oreilles.

Dans mon groupe de potes, beaucoup l’avaient fait. Je trouvais ça joli, stylé, bref je me voyais bien avec une boucle d’oreille.
Mais la réalité, c’est que je n’osais pas passer le pas.

Même si beaucoup de proches le faisaient, au fond de moi, j’avais peur du regard des autres. Qu’est-ce qu’allaient penser ma famille, mes futurs collègues, ou encore mes amis d’enfance ?

Alors, pour me convaincre, j’ai eu besoin de me rassurer.
Et j’ai commencé à taper sur internet : “homme avec boucle d’oreille”.

Je suis alors tombé sur des photos montrant des hommes de tous les styles portant une boucle d’oreille : des marins, des rockers, et j’en passe.

Oui, je sais, ça peut paraître ridicule.
Mais sans le comprendre sur le moment, voir toute cette diversité m’a convaincu de l’acceptation sociale de la boucle d’oreille.

Résultat ? Une semaine plus tard, mon oreille était percée. (Au grand dam de mes parents).

Si je vous raconte cette anecdote, c’est parce que dans ce changement, j’ai compris que ce n’était pas mes pairs qui m’avaient convaincu.
Mais justement celles et ceux qui étaient différents de moi.

Mais alors, cela voulait-il dire que celles et ceux qui ne me ressemblent pas ont plus d’influence que celles et ceux qui me ressemblent ?

C’est en creusant cette question que je suis tombé sur cette étude fascinante menée par Lada Adamic et Bogdan State.

En 2013, l’organisation Human Rights Campaign lance une grande campagne de sensibilisation au mariage pour tous, invitant chacun à partager un logo spécifique sur Facebook.

Le lancement de la campagne avec l’ancienne DA de Facebook (good old days ….)

Le succès est massif : près de trois millions de personnes s’en emparent et postent ce logo sur leur compte. Parmi ceux-ci, il y a des membres issus de la communauté LGBT, mais aussi de nombreux hétérosexuels.

Pourtant en 2013 (et malheureusement encore aujourd’hui), partager un drapeau LGBT sur son profil Facebook pouvait paraître comme un véritable risque pour sa réputation : Est-ce que cela va changer le regard des autres sur moi ? Est-ce que je prends un risque professionnel ?

L’objectif de ces deux chercheurs est alors de comprendre comment le logo s’est répandu. Qu’est-ce qui leur a permis de dépasser ces risques ?

En analysant les données de chaque utilisateur, ils tombèrent alors sur des résultats fascinants qui changèrent complètement ma vision du changement.

Contrairement aux Pals Battalions, ils découvrirent que ce n’était pas le nombre de personnes ayant déjà partagé le logo dans son réseau qui comptait.

Ce qui comptait, c’est la diversité des personnes de son réseau qui le partageaient.

D’après leur étude, seulement dix contacts, issus de divers segments de sa communauté, suffisaient à persuader les gens à poster le logo.

Vous imaginez ? Seulement dix contacts !
Pourquoi ?

Parce que cette diversité leur montrait que le mouvement était largement accepté dans la société.

Alors que la ressemblance des adopteurs peut enfermer un mouvement dans une impression de niche, la diversité, au contraire, lui donne une portée et une légitimité bien plus large.

Mais alors, vous allez me dire :

D’accord Hugo mais du coup, tu nous embrouilles là !
Finalement, vaut-il mieux privilégier la ressemblance ou la différence pour diffuser un changement ?

Et bien, en fait, tout dépend du contexte.
Laissez-moi vous expliquer.

Comme nous l’avons vu précédemment, lorsque vous souhaitez diffuser un changement, vous allez devoir faire face à différentes sources de résistance au changement.

Certains changements vont demander :

  • De la crédibilité : est-ce que ce changement est utile pour moi ?

  • De la solidarité : est-ce qu’assez de personnes vont faire ce changement avec moi ?

  • De la légitimité : est-ce que ce changement ne risque pas de nuire à ma réputation ?

Et vous l’imaginez bien, en fonction de ces barrières, certaines sources d’influence seront plus efficaces que d’autres.

Mais alors, comment savoir lesquelles ?

Pour nous aider, le sociologue Damon Centola a identifié trois grands principes qui permettent d’identifier les sources d’influence sociale les plus pertinentes selon les situations.

Ils sont pour moi des leviers essentiels pour toute personne qui souhaite diffuser du changement.
Je vous les présente :

Si votre innovation suscite un certain scepticisme quant à son efficacité ou son utilité, la ressemblance avec les premiers adopteurs devient un facteur clé pour créer de la pertinence.

En effet, lorsque je souhaite tester un nouveau régime alimentaire ou un produit, je suis bien plus sensible aux retours d’une personne qui me ressemble qu’à ceux de ma grand-mère (même si je l’adore).
En fait, j’ai besoin de me convaincre que ce changement est utile pour quelqu’un comme moi avant de l’adopter.

Lorsque le changement de comportement demande un éveil émotionnel ou un sentiment d’appartenance, la similarité entre les sources de renforcement favorise là encore le changement.

L’histoire des Pals Battalions l’illustre parfaitement : la loyauté des habitants à leur ville a créé un engouement qui a transformé des normes sociales jusque-là bien établies.

Quand le changement de comportement repose sur la légitimité sociale, c’est-à-dire la conviction qu’un comportement est largement accepté, c’est la diversité des sources d’influence qui devient essentielle.

En effet, plus un mouvement rassemble des cercles sociaux diversifiés, plus il devient légitime.
Comme ce fut le cas pour la campagne Human Rights, il n’est pas nécessaire d’avoir un grand nombre d’adopteurs. Qui adopte est tout aussi important que combien adoptent.

Si j’ai bien compris une chose au travers de cette exploration, c’est que :

“Pour changer, nous devons être convaincus que le changement a du sens pour des personnes comme nous.”

Ce sens, nous allons parfois aller le chercher dans certaines formes de similarité (pensez aux Pals Battalions).
Et parfois, comme pour la campagne Human Rights, nous allons avoir besoin de l’approbation de la diversité.

Ce n’est donc pas une question de ressemblance ou de différence, mais bien de pertinence.
Votre conjoint sera pertinent pour certaines décisions mais pas pour d’autres. Et bien c’est la même chose pour l’ensemble de votre réseau.

Ainsi, tout repose sur cette question :
“Comment rendre ce changement pertinent pour l’autre ?”

Pour y répondre, partez de ce qui freine aujourd’hui les personnes à adopter votre changement.

  • Si elles ont besoin de crédibilité (être convaincu que ce changement soit utile pour elles) ou de solidarité (être émotionnellement stimulé par d’autres), reposez vous sur la similarité.

  • Au contraire, si elles ont besoin de légitimité (s’assurer que ce changement soit accepté socialement), misez sur la diversité des membres.

Et pour ça, il n’y a qu’une manière de le savoir :
Lancez-vous et prenez le temps d’interroger vos membres.
Plus vous comprendrez ce qui bloque/motive votre changement, plus vous serez en capacité de le diffuser selon les profils.


Il vous restera alors une dernière étape à réaliser : comment passer des premiers adopteurs à une véritable norme ?

Mais ça, nous le verrons dans le prochain épisode !

D’ici là, je serai ravi d’avoir vos retours sur cet article que ce soit par commentaire ou en retour de ce mail.
Vous êtes de plus en plus nombreux à le faire et vous ne pouvez pas savoir à quel point chaque retour est de l’or pour moi.

Si vous souhaitez continuer à explorer ce sujet, vous pouvez :

  • Plonger dans les travaux de Damon Centola.

  • Organiser une conférence dans votre organisation (je vous ramène même le feu de camp).

  • Découvrir mon livre Faire Tribu (Editions Eyrolles)

  • Partager la newsletter autour de vous. Chaque relai est précieux pour faire grandir la tribu !

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Je vous souhaite une très belle journée !
De mon côté, je vais profiter des montagnes.

Prenez soin de vous. 🫶

Hugo

PS : Mettez un petit ❤️, cela me permet de savoir si cette édition vous a plu !

Read the original on hugopaul.substack.com

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