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Faire Tribu · Sep 17, 2025

Comment l’empire inca a-t-il engagé toute une société ?

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Hugo PAUL · Faire Tribu

Hello la tribu !

J’espère que vous allez bien.

C’est depuis mon appartement parisien que je vous écris aujourd’hui. Ayant retrouvé un peu de calme après l’effervescence de la rentrée, je souhaitais dédier cette newsletter à une thématique qui est pour moi au centre de l’art de Faire Tribu.
J’ai nommé : l’ENGAGEMENT.

Pour celles et ceux qui me suivent depuis longtemps, vous savez à quel point cette thématique me tient à cœur. Car si j’ai bien compris une chose au sein des communautés, c’est que le véritable enjeu d’un collectif n’est pas de rassembler les personnes, mais de les engager.

Si personne ne donne d’énergie, de temps ou de ressources, alors vous aurez beau être plus de 1000 personnes, vous aurez bien du mal à remplir l’objectif qui vous réunit.

Mais alors, comment on engage profondément ses membres dans le temps ?

Pour y répondre, j’aimerais que nous nous inspirions de la société Inca. Une société qui a compris que le mot engagé rimait avec celui de réciprocité.

Prêt.e à explorer ?
C’est parti !

Ces dernières semaines, j’ai parcouru la France (et la Belgique) pour intervenir lors des séminaires de rentrée.

Que ce soit au sein d’entreprises, de comités de direction ou à l’échelle d’un réseau, l’objectif de ces séminaires était clair : redonner de l’élan collectif pour l’année qui vient.

On le sait. Chaque année, la rentrée est un moment crucial pour les collectifs. Il faut réussir à embarquer de nouveau ses membres et raviver la flamme du NOUS pour dynamiser leur engagement.

Alors, on sort l’artillerie lourde :

  • Des lieux magiques

  • Des événements inspirants

  • Un teasing dithyrambique sur l’année qui arrive

Vous voyez Charlie, quand il pousse la porte de la chocolaterie de Willy Wonka ? Eh bien, c’est exactement le même émerveillement qu’on veut créer.

C’est le genre d’instant magique qu’on a vécu avec la CCI de Liège-Verviers-Namur © Marie Dumont

Bien souvent, c’est une grande réussite.
Tous les sourires que j’ai croisés ces dernières semaines sont autant de preuves de l’importance de ces séminaires de rentrée.

Mais pour tout vous avouer, quelque chose m’a manqué dans ces événements.
Une chose assez subtile qui peut néanmoins avoir de lourdes conséquences sur l’engagement des membres.

Cette chose, c’est la réciprocité.

Qu’importe la typologie des collectifs, j’ai remarqué une tendance qui prend dangereusement de l’ampleur :

On donne de plus en plus à ses membres, en leur demandant de moins en moins.

Souvent par peur d’un manque d’intérêt pour des membres à l’agenda bien pris, on ne demande qu’un engagement à sens unique.
Comme dirait mon père, c’est open bar !
“Regardez tout ce que vous offre notre collectif et prenez ce qui vous plaît.”

Le problème, c’est que sans le savoir, on est en train de créer des “membres rois” qui consomment la communauté sans réellement s’engager.
Ils peuvent prendre sans donner.

Or, cette réciprocité est pour moi le socle de chaque communauté.

Un collectif qui dure dans le temps est un collectif qui donne autant aux individus que les individus donnent au collectif.

Et j’irai même plus loin : un membre qui ne donne pas ne s’engage pas réellement.
Explorons pourquoi !

Platon nous dit : « Connaître le nom des choses, c’est connaître leur essence. »
Alors intéressons nous tout d’abord l’origine du mot engagement.

Étymologiquement, s’engager vient de l’expression “mettre en gage”, qui signifie donner quelque chose en dépôt (réel ou symbolique) en guise de caution.

Dans l’engagement, il y a donc bien une notion de donner quelque chose pour en recevoir une autre. C’est un échange réciproque.

Je suis tombé récemment sur un article qui détaillait la structure de l’empire Inca, et j’ai découvert qu’ils avaient créé tout un système permettant cette réciprocité.

Et ce à plusieurs dimensions :

À l’échelle collective, la Mita était une organisation sociale du travail qui demandait la contribution de chaque homme adulte au projet de la communauté (routes, temples, terres agricoles). En retour, l’État offrait protection et ressources. C’est cette réciprocité qui garantissait l’équilibre de la société. (Avant malheureusement d’être repris par les colons qui l’ont transformé en du travail forcé).

À l’échelle individuelle, la tradition de l’Ayni instaurait un engagement mutuel entre les membres d’une communauté. Le mot Ayni signifie : “aujourd’hui pour toi, demain pour moi”. C’est une forme de réciprocité, encore très présente dans la culture quechua, qui veut que lorsqu’une personne reçoit de l’aide, elle s’engage à la rendre en accomplissant un travail équivalent.

À l’échelle spirituelle, les Quechuas terminaient régulièrement leur cycle agricole par le rituel de pago a la tierra. Durant ce rituel, ils proposaient des offrandes à la Pachamama (feuilles de coca, alcool, céréales, …), afin de lui donner ce qu’ils allaient lui prélever en retour. Ainsi, même spirituellement, ils veillaient à cette réciprocité : si je prends, il faut que je puisse donner au préalable.

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© Sciences Humaines

Vous le comprenez, dans la société Inca tous ces rituels avaient un même objectif : permettre à chaque personne de donner pour ainsi mieux recevoir.

C’est la fameuse dynamique de don / contre-don que je vous ai déjà présenté dans un précédent article.

Permettre à ses membres de donner à la communauté, c’est leur permettre de se sentir relié au collectif. De sentir que le collectif dépend d’eux, comme ils dépendent du collectif.

Car mes nombreuses explorations m’ont persuadé d’une chose :

L’interdépendance est la source de l’engagement collectif.

C’est pourquoi, ces rituels incas étaient extrêmement puissants.
Le don était inclus dans une dimension plus grande d’appartenance.

Et cela change toute la dynamique dans notre esprit :

“En appartenant tous à un même collectif, chaque geste pour l’autre nourrit le collectif… et donc me nourrit aussi.”

Mais alors, si la clé de l’engagement se cache dans l’interdépendance, comment la nourrir dans son collectif ?

Ce n’est un secret pour personne : nous vivons dans une société de plus en plus individualiste.

Alors que l’on nous prône une vie où chaque personne pourrait réussir seul à la force de ses bras (et de ses agents IA), il peut parfois être difficile de ressentir que l’on a besoin de l’autre.

Néanmoins, j’ai trouvé au fil de mes explorations quelques leviers qui nous permettent de nourrir ces liens d’interdépendance au sein de notre communauté.

RENDRE VISIBLE CE QUI NOUS LIE

Ça peut paraitre basique, mais c’est quand même mieux de le préciser : définir et reconnaître le rôle de chaque membre permet de prendre conscience de la place que l’on prend au sein du collectif.

Cela est tout aussi vrai à l’échelle des collectifs : dessiner notre écosystème et l’ensemble des parties prenantes qui le composent est un super exercice pour affiner la place que l’on souhaite prendre dedans. L’engagement de notre tribu.

CULTIVER LA GRATITUDE

Remercier, c’est reconnaître que ce que nous accomplissons ne repose jamais uniquement sur nous, mais sur l’ensemble des personnes qui nous entourent. C’est un geste simple qui affirme notre interdépendance. Pourtant, nous prenons rarement le temps de le faire.

Une pratique possible : instaurer un “tour de gratitude” en fin de réunion, où chacun peut remercier une personne pour sa contribution. Ce rituel nourrit la reconnaissance mutuelle et renforce les liens dans l’équipe.

De mon côté, j’ai adopté une habitude toute simple : j’ai bloqué chaque mois un créneau “gratitude” dans mon agenda. J’en profite pour envoyer un message de remerciement à celles et ceux avec qui je collabore. (Une pratique inspirée de la newsletter de Ludovic Girodon et l’occasion pour moi de le remercier 😉.)

PARTAGER SA VULNÉRABILITÉ

Je me rappellerai toujours de cette phrase que m’a partagée Sharyn, la fondatrice de l’Alma Forest School : “N’est autonome que celui qui sait demander de l’aide”.

Accepter notre interdépendance, c’est accepter que l’on peut avoir besoin de l’autre.
Et cela demande du courage.
Le courage d’avouer qu’on ne sait pas tout et que nous ne sommes encore moins tout-puissant.

Je sais qu’instaurer cette culture de la vulnérabilité dans un collectif n’est jamais simple (surtout dans une société qui met la performance sur un piédestal).

Pour autant, je reste profondément convaincu que nous avons tous le pouvoir de nourrir cette vulnérabilité, si nous apprenons d’abord à lui faire une place dans notre vie, jour après jour, dans notre quotidien.

Car on ne peut ouvrir les cœurs si on n’ouvre pas le sien.
C’est donc en incarnant cette vulnérabilité, que nous autoriserons les membres de nos collectifs à l’être aussi et nourrir cette interdépendance qui nous relie.

C’est l’objectif du mouvement Vulnérable : faire de la vulnérabilité une puissance pour changer le monde. Je vous invite à jeter un œil à leurs ressources qui m’aide profondément à intégrer plus de vulnérabilité dans mon quotidien.

Je vous remercie de m’avoir lu jusqu’ici !

Comme vous le savez, le sujet de l’engagement me tient profondément à cœur : c’est, à mes yeux, l’une des clés pour faire communauté dans un monde qui tend à s’individualiser.

J’espère de tout cœur que cet article vous offrira des pistes concrètes pour rallumer la flamme de l’engagement, et nourrir cette interdépendance qui donne force et vitalité à vos tribus.

N’hésitez pas me faire des retours en réponse à ce mail !

Et si vous souhaitez continuer à explorer l’art de Faire Tribu, vous pouvez :

  • Organiser une conférence dans votre organisation (je vous ramène même le feu de camp).

  • Découvrir mon livre Faire Tribu (Editions Eyrolles)

  • Partager la newsletter autour de vous. Chaque relai est précieux pour faire grandir la tribu !

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Je vous souhaite une très belle journée !
Prenez soin de vous. 🫶

Hugo

PS : Si vous souhaitez faire naitre un grand sourire sur mon visage, laissez un petit 🧡

Read the original on hugopaul.substack.com

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