Au programme :
⭐️ L’actu pour l’égalité ce mois-ci
📺 Loana : jusqu’où les médias consomment-ils les femmes ?
🎤 3 entrepreneuses WILLA à suivre dans les médias
✨ Nos coups de cœur culture ce mois-ci
« Le Deuxième Sexe » entre dans la Pléiade à l’occasion du 40ᵉ anniversaire de la mort de Simone de Beauvoir. La Bibliothèque de la Pléiade, publiée par les éditions Gallimard, est une des collections majeures de l'édition française.
Les effets de la réforme électorale de 2025 sur la parité se mesurent pour la première fois dans les communes de moins de 1 000 âmes. Et sans surprise, elle accroît mécaniquement la présence des femmes dans les conseils municipaux, sans pour autant corriger leur sous-représentation en tête de liste.
Les femmes pourront désormais nager seins nus dans les piscines de Berlin a annoncé la direction des piscines de la capitale allemande, au nom de la lutte contre les discriminations entre hommes et femmes.
La disparition récente de Loana Petrucciani, icône de la télé‑réalité française, soulève une question lancinante : quelle place les médias accordent‑ils réellement aux femmes, et à quel prix ?
Loana, gagnante de la première saison de Loft Story en 2001, n’était pas seulement une célébrité de téléréalité. Elle a incarné, malgré elle, la façon dont notre système médiatique traite, consomme et finit par abandonner les femmes sous les projecteurs.
Ce décès tragique ravive un débat qui dépasse largement la seule figure de Loana : celui de la représentation médiatique des femmes, entre visibilité, stéréotypes et exploitation.
À l’aube des années 2000, Loana est devenue un phénomène culturel. Son naturel, sa spontanéité, son histoire ont fait d’elle une figure populaire, admirée, aimée et souvent moquée. Mais cette visibilité s’est souvent transformée en exposition sans protection, où l’intime, les traumatismes et les failles personnelles ont été disséqués à l’écran et dans la presse sans réelle empathie.
Elle a parlé publiquement de ses souffrances, de ses problèmes de santé mentale et de ses tentatives de suicide mais ces moments ont parfois été instrumentalisés pour l’audience, plutôt que traités avec sérieux.
Ce n’est pas un cas isolé : de nombreuses personnalités féminines issues de la téléréalité ont été mises en scène avant d’être oubliées quand les chiffres d’audience chutent.
La mort de Loana nous rappelle que parler de visibilité ne suffit pas : il faut aussi questionner la qualité, le sens et les conditions de cette visibilité.
Aujourd’hui encore, malgré 50 % de la population française étant des femmes, leur place dans les médias reste largement marginale. Selon le rapport de l’Arcom de 2026 :
Dans les programmes qui concourent à l’information, le taux des présences des femmes stagne à 39%,
Le temps de parole des femmes politiques est de 27% contre 73% pour leurs homologues masculins,
La représentation des femmes parmi les personnes expertes restent très faible, à 28%.
Selon l’étude Tagaday, qui se base sur l’analyse de plus de 5 400 programmes d’information et 3 000 publications de presse entre janvier et février 2025, les femmes représentent 22% des 1 000 personnalités les plus médiatisées. Un chiffre en baisse de 0,8 point par rapport à l’année précédente.
La question n’est pas seulement de savoir si les femmes sont visibles dans les médias.
La vraie question, c’est de savoir comment elles le sont et avec quelles conséquences.
Les médias ne se contentent pas de refléter la société. Ils contribuent activement à façonner ce que l’on considère comme normal, acceptable ou légitime.
Quand les femmes sont moins invitées en tant qu’expertes, dirigeantes ou figures d’autorité, cela envoie un message implicite : leur parole serait moins crédible, moins importante. Résultat, on habitue le public à associer compétence, pouvoir et légitimité aux hommes.
Quand elles sont présentes, les femmes sont souvent : réduites à leur apparence, présentées comme victimes, ou mises en scène dans des rôles stéréotypés.
Cela crée un biais durable : une femme visible n’est pas forcément une femme respectée. Dans le cas de Loana Petrucciani, sa médiatisation s’est largement construite autour de son corps, de sa vie intime et de ses fragilités, rarement autour de sa parole ou de son expérience.
Ce que vivent certaines femmes médiatisées n’est pas qu’une “histoire personnelle”. Des études montrent que :
la surexposition médiatique peut aggraver les troubles de santé mentale,
le cyberharcèlement touche disproportionnellement les femmes,
et les figures féminines médiatisées sont jugées plus durement que leurs homologues masculins.
Tant que les femmes seront moins visibles dans des rôles de pouvoir, plus exposées dans des rôles vulnérables et davantage jugées que écoutées, l’égalité restera une illusion partielle.
La disparition de Loana Petrucciani souligne un enjeu plus large que les médias : la visibilité des femmes dans les sphères de pouvoir et de décision.
La question n’est pas seulement de savoir si les femmes sont présentes, mais dans quels rôles elles sont perçues et reconnues. Trop souvent, les récits médiatiques privilégient l’exposition personnelle plutôt que l’expertise, la responsabilité ou le leadership.
Or cette visibilité influence directement la représentation des modèles, l’accès au pouvoir et la participation économique.
Pour avancer vers l’égalité, il est nécessaire de mettre en lumière celles qui dirigent, innovent et prennent des décisions et de considérer leur visibilité comme un levier stratégique, pas seulement symbolique.
Célia Roussin : cofondatrice de GRAP Paris, elle est en train de bousculer le secteur des vins et spiritueux pour le rendre plus vertueux. Son ambition : donner une seconde vie aux pépins de raisin en les torréfiant pour en faire un nouvel ingrédient gastronomique. Elle est dans le premier épisode du podcast Startup of Bouffe.
Bara Amouyal : fondatrice de Flocon Rebel, elle réinvente le petit-déjeuner pour le rendre plus sain, simple et agréable. Son ambition : proposer les premiers porridges prêts-à-consommer en France, équilibrés, nutritifs et savoureux, pensés pour s’adapter au rythme de la vie moderne. Elle est passée en direct dans la matinale de LCI.
Anaïs Escudié : fondatrice de RetardVol, elle aide les passagers à faire valoir leurs droits en cas de vol annulé ou retardé de plus de trois heures. Son ambition : simplifier l’indemnisation des voyageurs grâce à un service juridique gratuit et rémunéré au résultat, tout en garantissant un accompagnement direct et personnalisé pour plus de 10 000 passagers chaque année. Elle est passée au JT de 20h de TF1.
La série de podcasts “Femmes dans les médias : rôles de dames” de l’INA : la série explore plus de 100 ans de parcours des femmes dans les médias. Quelle place occupent-elles ? Comment sont-elles représentées ? Malgré les progrès, elles se heurtent encore au plafond de verre et restent trop souvent cantonnées aux mêmes rôles.
La série Culte, sur Amazon Prime : elle se déroule à Paris en 2001, lorsque M6 lance sa nouvelle émission Loft Story. Isabelle, Raphaël, Karim et leurs équipes disposent de moins de quatre mois pour mettre le show à l’antenne, un pari fou pour ces jeunes producteurs prêts à tout pour se faire une place dans la cour des grands. Pionniers de la « real TV », ils doivent tout inventer. Culte est une série de fiction inspirée de faits réels où l’on retrouve Loana.
Le livre “Je suis la femme du plateau” de Marie Portolano : Marie Portolano révèle dans un essai le sexisme systémique et le harcèlement dans les rédactions sportives. Entre carrières bloquées, rôles stéréotypés et pressions invisibles, elle raconte comment les femmes sont souvent cantonnées à la “femme parfaite” du plateau. Un témoignage engagé qui analyse ces pratiques et propose des pistes pour changer le statu quo.
"Je n’ai jamais été capable de définir précisément ce que voulait dire le féminisme : je sais seulement qu’on me désigne comme féministe chaque fois que j’exprime des sentiments qui me différencient d’un paillasson.”
Rebecca West, autrice et journaliste anglo-irlandaise
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