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DécisionIA par Gabriel Dabi-Schwebel · Aug 25, 2026

Septembre 2025, septembre 2026 : comment le marché s'est transformé en un an, à travers l'expérience DécisionIA

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Gabriel Dabi-Schwebel · DécisionIA par Gabriel Dabi-Schwebel

Il y a un an, presque jour pour jour, je regardais un pipeline vide.

Pas un pipeline maigre. Vide. Des rendez-vous qui se décalaient au trimestre suivant, des dirigeants intéressés qui ne signaient rien, des budgets suspendus à un arbitrage qui n’arrivait jamais. Le pays sortait d’une dissolution, les entreprises attendaient de savoir de quoi la loi de finances serait faite, et dans le doute, personne ne décidait. Un marché qui ne dit pas non. Un marché qui dit « on verra en janvier ».

Ce texte raconte ce qui s’est passé entre cet automne-là et aujourd’hui. Pas pour faire un bilan d’entreprise, ça n’intéresserait personne. Pour montrer une chose qui, elle, vous concerne directement : la vitesse à laquelle ce marché s’est retourné, et la façon très ordonnée dont il l’a fait. Les consultants indépendants d’abord. Les dirigeants seuls ensuite. Les comités de direction après. Les managers maintenant. Les équipes entières demain.

(Et si vous n’êtes pas encore abonné, c’est le moment : abonnez-vous ici, c’est gratuit.)

Jeudi 10 septembre, 18h00. En visio, gratuit, 60 minutes.

Les trois erreurs qui font échouer une transformation IA. Aucune n’est technique, et toutes se commettent dès le départ : traiter l’IA comme un projet informatique, la découper en cas d’usage isolés, et la confier à la mauvaise direction. C’est le condensé de tout ce que cette année m’a appris, et c’est exactement le sujet de cette newsletter.

👉 Réserver ma place à la conférence

L’attentisme français de la fin 2025 a une particularité : il ne se voit pas dans les chiffres au moment où on le vit. Les entreprises ne coupent pas, elles reportent. Elles ne disent pas non, elles disent « pas maintenant ». Et un consultant en face d’elles se retrouve à faire un travail qui a toutes les apparences du travail, sans jamais rien conclure.

Pendant ce temps, le marché du conseil lui-même se fissurait, et là, les chiffres existaient. En septembre 2025, Accenture annonçait la suppression de plus de 11 000 postes dans une restructuration de près de 900 millions de dollars. PwC supprimait plus de 3 000 postes en un an. KPMG passait de 120 entités à une quarantaine. EY fusionnait ses divisions régionales. Au Royaume-Uni, les offres d’emploi pour jeunes diplômés en conseil et en comptabilité chutaient de 44 % en un an. Au Canada, les postes non seniors reculaient de 40 %.

Ce n’était pas un creux conjoncturel. C’était le début d’un changement de structure : moins de juniors, moins de couches, plus de technologie.

Et moi, dans ce paysage, je vendais quoi ? Du conseil au temps passé. Des propositions que les prospects comparaient à une formation à cinq cents euros ou à un abonnement à vingt euros par mois. Je passais plus de temps à justifier mes tarifs qu’à apporter de la valeur. J’ai fini par écrire cette phrase dans mon manuscrit, parce qu’elle résumait la situation mieux que n’importe quel tableau de bord : l’Océan Rouge avant même que l’Océan Bleu n’ait existé.

Voilà le point de départ. Un trimestre sans business, dans un métier en train de se reconfigurer, avec une offre qui ne tenait plus.

Fin 2025, j’ai arrêté de vendre du conseil classique pour créer un produit.

L’idée n’était pas brillante, elle était mécanique. Si je vends mon temps à un client à la fois, mon plafond est celui de mon agenda, et mon prix se compare à celui d’un formateur. Si je condense trente ans d’expertise dans une méthode structurée et reproductible, je la délivre à trente personnes en même temps, et je ne me compare plus à personne.

Restait à choisir à qui la vendre. Et le marché avait déjà répondu, il suffisait de regarder.

Pendant que les entreprises attendaient la loi de finances, les consultants indépendants, eux, étaient déjà en mouvement. C’est logique quand on y pense. Un indépendant n’a pas de comité de direction à convaincre, pas de direction informatique à consulter, pas de représentants du personnel à informer, pas de budget à faire arbitrer trois étages plus haut. Il décide seul, le soir même. Et surtout, la menace le concerne directement : quand l’expertise devient accessible en un clic, c’est son gagne-pain qui se déprécie, pas une ligne de son plan stratégique. Fin 2025, un sondage du Club Consulting d’HEC Alumni donnait 88 % de consultants considérant l’IA comme une transformation systémique de leur métier. Ils avaient dix-huit mois d’avance sur leurs propres clients.

Le livre était sorti le 24 septembre 2025. Il n’a pas fait de bruit, il a fait mieux : il a fait venir les bons. Des consultants et des dirigeants qui l’avaient lu, qui avaient compris de quoi il retournait, et qui voulaient la méthode complète.

La première promotion a démarré le 5 janvier 2026. Ils se sont appelés eux-mêmes les Pionniers.

Vingt inscrits. Cinq semaines. Et un signal que je n’attendais pas à ce niveau : quelques semaines après la fin, ils m’ont tous dit la même chose. Ils n’avaient pas amélioré leur usage de l’IA, ils avaient changé leur façon de travailler. Certains avaient construit six ou sept assistants en quelques semaines, chacun calé sur une partie de leur métier.

Puis les cohortes se sont enchaînées. Mars. Mai. Juin. Quatre promotions, une centaine de consultants formés en huit mois, un Cercle qui s’est constitué derrière avec une vingtaine de membres actifs, et surtout des posts LinkedIn qui, pour la première fois, ne parlaient plus dans le vide.

Une précision honnête sur ces débuts : les deux premières promotions, janvier et mars, étaient des bootcamps classiques. Des vidéos d’e-learning, des supports, et Gemini comme outil de travail. Le contenu était bon, la forme était celle de tout le monde. C’est en mai que nous avons basculé le programme entier sur Claude, supprimé les slides et les vidéos, et confié la pédagogie à un mentor IA disponible en continu. Autrement dit, nous avons appliqué à notre propre métier ce que nous vendions à nos clients, avec quelques mois de retard sur notre propre discours. C’est aussi ce jour-là qu’est né Bob, dont je reparle plus bas.

La cinquième promotion démarre le 8 septembre. C’est la première depuis que le marché des entreprises a basculé, et ce n’est plus le même programme qu’en janvier : ce que les Pionniers ont défriché, les suivants l’appliquent sur des missions qui existent déjà.

Parce que c’est l’autre moitié de l’histoire : ce que je racontais en janvier, personne ne le contestait plus en mars.

Quatre masterclass gratuites, dans l’ordre où elles arrivent :

  • 🎯 Mardi 25 août, 12h30. Consultants et experts : faire de l’IA un vrai binôme stratégique sur vos dossiers. 👉 Voir la masterclass gratuite

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Ce qui a fait basculer le marché des entreprises n’est pas venu de moi. C’est arrivé en janvier 2026, avec la sortie de Claude Cowork.

Jusque-là, deux briques manquaient au grand public. L’orchestration, c’est-à-dire la capacité d’une IA à enchaîner seule des étapes, à ouvrir des fichiers, à produire des livrables, à corriger sa propre copie. Et la mémoire structurée, c’est-à-dire la capacité à lui donner un contexte permanent, des méthodes écrites, des compétences réutilisables. Les développeurs avaient les deux depuis un moment, dans leurs terminaux. Personne d’autre.

En janvier, Anthropic les a posées sur le bureau de n’importe qui, dans une application qu’on installe et qu’on ouvre. Tant que l’IA restait une boîte de dialogue, c’était un gadget individuel qu’on testait en cachette. À partir du moment où elle ouvre vos fichiers, applique vos méthodes et rend un document fini, ce n’est plus un gadget. C’est de la bureautique.

Et il faut prendre le mot au sérieux, parce qu’il annonce la fin d’une époque. Pendant trente ans, travailler a voulu dire ouvrir un traitement de texte, un tableur, un logiciel de présentation, et remplir soi-même. Demain, on ouvrira l’IA, on lui demandera le résultat, et le fichier ne sera plus qu’une sortie parmi d’autres. La suite Office et la suite Google ne vont pas disparaître du jour au lendemain, mais leur centre de gravité se déplace déjà : l’endroit où l’on travaille n’est plus l’application, c’est la conversation. C’est la première fois depuis l’arrivée du PC que la couche bureautique change de nature, et c’est précisément ce qui rend le sujet impossible à traiter comme un projet informatique de plus.

Les premiers dirigeants à s’en saisir l’ont fait exactement comme les indépendants : seuls, pour eux-mêmes, sans rien demander à personne.

Celui qui m’a le plus marqué dirigeait la filiale française d’un groupe mondial d’équipements de fitness. Notre premier échange date du 4 mars 2026. Il m’a expliqué son besoin en une phrase que je cite depuis :

« C’est un peu voilà une super secrétaire, un super avocat et un super directeur financier. C’est ce genre de choses dont j’ai un peu besoin. »

Sa frustration, dans la foulée, était celle de tous les dirigeants de l’époque : sur la version payante, dès qu’il demandait un PowerPoint ou un Excel, il se retrouvait à tout refaire. Et sa contrainte, enfin, qui explique pourquoi cette étape a été individuelle et pas collective :

« Il faut que ce soit assez court et assez exploitable directement, parce que j’ai une charge mentale stratégique en ce moment qui est trop importante pour m’installer sur des cours. Les cours en collectif, c’est pas jouable. »

Cinq sessions de 1h30, en distanciel, sur ses vrais dossiers : ses arbitrages avec les sièges taïwanais et américain, ses synthèses exécutives, ses business plans. La quatrième portait entièrement sur Claude Cowork, et c’est celle qui a tout changé : sa frustration du 4 mars y a trouvé sa réponse, le PowerPoint et l’Excel sortaient enfin utilisables.

Deux moments ont fait basculer la mission. Le premier, quand il a formulé lui-même le principe qu’on avait mis une heure à approcher :

« En fait, ce que tu es en train de nous dire, c’est que si on l’interroge sur comment il procéderait pour faire telle et telle chose, en fait c’est ça notre garde-fou finalement. »

Le second, quand son directeur marketing a posé le résultat d’un cas réel sur la table : dix jours de production gagnés, un coefficient multiplicateur de dix-huit. Son directeur commercial, lui, a comparé le dialogue avec l’IA à une séance chez un psychologue. Ce jour-là, la conversation a cessé de porter sur l’outil. Sa position sur la suite mérite d’être connue de tous les dirigeants qui hésitent : présenter l’IA aux équipes comme un cadeau et non comme une menace, pas de réduction d’effectifs, laisser émerger des champions et leur confier des projets entiers grâce au temps récupéré.

C’est l’étage du dirigeant seul. Il dure quelques semaines, il est très rentable pour celui qui le franchit, et il se termine toujours de la même façon : le dirigeant redescend dans son entreprise et découvre qu’il est le seul à avoir changé.

Le passage au collectif ne s’est pas décidé dans un séminaire stratégique. Il m’a été imposé par une cliente, en avril, avec une objection à laquelle mes slides ne répondaient pas.

Elle dirige une galerie internationale de design de collection, une dizaine de personnes entre Paris, Londres et New York. L’IA était déjà chez elle, mais en désordre :

« C’est forcément des initiatives individuelles. J’ai des sales qui font leur présentation avec l’IA, et pareil mon directeur financier qui code son appli pour les flux TVA. »

Son problème n’était pas la technologie, c’était la charge. Ses équipes étaient à 300 % dans l’opérationnel, et intégrer l’IA par-dessus, c’était encore du travail en plus. D’où sa demande, formulée avec une netteté que je n’ai jamais oubliée :

« Je cherche une méthode réaliste, très orientée retour sur investissement aussi quand même. »

Et la façon dont elle comptait le justifier en interne, qui vaut tous les argumentaires du monde :

« Moi je vais le vendre en retour sur investissement. Donc potentiellement 15 000, ça me fait quoi ? Peut-être un assistant en moins ou des logiciels en moins. C’est comme ça que je vais le vendre. »

Puis l’objection. À quoi sert de former le dirigeant, si ce n’est pas lui qui fait le travail quotidien de ses équipes ? Elle avait raison, et je n’avais pas de bonne réponse à l’échelle d’une personne. On est donc passé à un bootcamp de comité de direction élargi aux responsables de fonction, une douzaine de participants. Le premier format collectif de la maison.

Elle m’a donné au passage la plus belle illustration de ce que l’IA devrait servir à faire :

« On se force à faire des PDF d’invitation client. Personne ne lit ni les captions ni les pièces, tout le monde s’en fout en vrai. Les forcer au contraire à avoir une réflexion sur le contenu m’intéresserait beaucoup plus. »

Au même moment, le paysage technologique a cessé d’être l’affaire d’un seul éditeur. Microsoft a annoncé Copilot Cowork au printemps, désormais disponible pour l’ensemble de ses clients avec une facturation à l’usage. La capacité qui avait fait basculer le marché en janvier devenait un standard, disponible à l’intérieur de la suite bureautique que la plupart des grandes entreprises françaises utilisent déjà.

Ce détail a une conséquence commerciale immédiate, et j’en ai eu la démonstration en juillet, en démarrant le bootcamp du cabinet de conseil interne d’un grand groupe français de l’énergie. Quatre-vingt-dix consultants. Copilot était déjà déployé chez eux, et ils le trouvaient insuffisant. Pas mauvais. Insuffisant. Le programme a donc été construit en quatre volets, dont un consacré à l’art de conduire un dialogue avec l’IA et un autre à la gouvernance, et il tourne dans leur écosystème Microsoft, pas dans le mien. Nous formons leurs équipes sur Copilot Cowork parce que c’est là qu’elles travaillent.

C’est un signal de maturité que je n’aurais pas eu six mois plus tôt : une direction du conseil qui ne demande pas « quel outil », mais « comment on fait monter quatre-vingt-dix consultants sans casser ce qu’on a déjà déployé ».

Le retour qui m’a le plus servi est venu du participant le plus avancé du groupe, un manager consulting, celui dont on redoute toujours qu’il s’ennuie :

« Je trouve le parcours excellent. Très bon équilibre théorie-pratique, ce sont les bons sujets et je trouve la bonne pédagogie d’apprentissage. J’ai un profil expert en comparaison de mes collègues, mais je retrouve vraiment les bons éléments dans le parcours, et je trouve que vous avez trouvé la bonne approche de transmission pour un upskill sur un groupe de petite taille. »

C’est exactement le test de cet étage. Un bootcamp de comité ou d’équipe réunit toujours des niveaux très écartés : deux ou trois experts, un large milieu, quelques réfractaires. S’il ennuie les experts, il perd sa légitimité auprès de tous les autres le jour même.

C’est aussi à cet étage qu’apparaît la première erreur vraiment coûteuse, celle que je vois se répéter depuis juin. Une direction prend le sujet au sérieux, recense des dizaines de cas d’usage, rédige un cahier des charges, et lance une consultation pour une intervention de six à huit mois. C’est carré, c’est méthodique, et c’est le schéma du build, operate and transfer : un prestataire construit à votre place, exploite un temps, puis vous transfère les clés.

Cette méthode a fait ses preuves sur les projets de système d’information. Elle coûte très cher. Et elle produit exactement ce qu’on lui demande, ni plus ni moins. Le problème, c’est que l’IA n’est pas un projet de système d’information. C’est un projet humain. Ce qui change, ce n’est pas la couche logicielle, c’est la façon dont chaque personne travaille, décide et rend son travail. Quand le prestataire s’en va avec les clés, l’organisation n’a pas appris à travailler autrement : elle a hérité d’outils qu’elle ne saura ni faire évoluer ni s’approprier, et qui seront périmés avant la fin du transfert.

D’où la question que je pose maintenant dès qu’un cahier des charges de ce type arrive sur la table, et qui règle le débat plus vite que n’importe quelle démonstration : est-ce que vous abordez l’IA par les cas d’usage, ou par les profils métiers ?

Un cas d’usage, c’est un processus à outiller. C’est un sujet de système d’information. Un profil métier, c’est une personne dont le travail change. C’est un sujet de ressources humaines. Les deux inventaires ne produisent jamais le même plan, ni le même budget, ni le même résultat.

Le cas d’usage vous enferme dans ce que vous faites déjà : vous automatisez l’existant, et vous obtenez au mieux quelques points de productivité sur des activités qui n’auraient parfois pas dû exister. Le profil métier vous oblige à regarder ce que vos gens vont devenir, et c’est là que se trouve la vraie valeur. C’est aussi pour ça que je demande systématiquement que la DRH soit dans la pièce.

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Le 9 juillet, OpenAI a lancé ChatGPT Work, un agent capable de travailler seul pendant des heures sur les fichiers de l’entreprise. Trois écosystèmes, trois réponses au même besoin, en six mois : ce qui était un avantage concurrentiel en janvier est devenu un standard de marché en juillet. Quel que soit l’environnement dans lequel vous êtes installé, vous l’avez déjà ou vous l’aurez avant la fin de l’année. La question n’est donc plus quelle IA, elle est comment on fait travailler des centaines de personnes avec celle qu’on a.

Début août, j’étais en visio de cadrage avec la DRH et le DSI d’un bureau de contrôle technique du BTP. 750 collaborateurs, sept entités. Ils réunissent 110 managers et personnes clés sur deux journées de séminaire en octobre, un rituel annuel. Ils veulent un bootcamp en amont pour préparer ces deux jours, l’intervention pendant, et un parcours en aval pour que ça tienne.

Écoutez la différence de niveau de conversation. La DRH, sur ce qu’elle attend de nous:

« On est très bon à lancer plein d’idées. On est moins bon sur le déploiement, l’accompagnement de la transfo et le suivi de nos actions. On va aller très vite, on se disperse souvent. Comment est-ce qu’on apporte de la rigueur et du suivi dans nos actions ? Je pense que votre premier rôle va être celui-ci. »

Sur l’engagement de l’entreprise, cette phrase que je n’aurais entendue nulle part il y a un an :

« Dans notre vision, l’IA est en noir et blanc, police 45, surligné. On a écrit et on s’est engagé à ce que d’ici 5 ans notre pratique évolue grâce à l’IA. »

Voilà les deux dimensions de cet étage, et elles arrivent maintenant ensemble. La stratégique : une trajectoire écrite, portée par la direction générale, tenue sur cinq ans. Et l’opérationnelle : 110 personnes qui doivent changer leur façon de travailler un lundi matin, avec des formats courts, du café plutôt que de la salle de classe, et de l’autonomie guidée entre les sessions.

Le DSI, lui, avait déjà cartographié sa population sans langue de bois : une dizaine de personnes très en avance, un large milieu à embarquer, et une vingtaine qui n’iront pas, ce qu’il assume tranquillement. Et il a posé la seule objection vraiment intelligente que j’aie entendue cette année, celle qui distingue un dirigeant qui a compris d’un dirigeant qui s’enthousiasme :

« Je me dis à la fin, on va se retrouver avec 110 managers qui vont être les meilleurs du monde parce qu’on est passé par vous, ce qui est contradictoire avec ce qu’on essaie de faire depuis maintenant 4 ans, c’est-à-dire d’industrialiser nos processus. On risque d’avoir 110 personnes qui vont faire tous leur petit quotidien pour leur petite agence. »

C’est ça, le vrai sujet de la rentrée. Pas « comment on forme les gens à l’IA ». Comment on évite que 110 excellences individuelles produisent 110 artisanats parallèles dans une entreprise qui essaie justement de s’industrialiser. La réponse tient dans la marche suivante, celle qu’ils préparent déjà : après les managers, les équipes entières, chacune sur l’IA qu’elle utilise réellement, avec un socle de méthodes communes plutôt que cent bricolages.

Sa conclusion, en fin d’échange, dit l’enjeu que ces entreprises mettent maintenant sur la table :

« Ce séminaire, c’est pour moi le séminaire le plus transformatif de toute l’histoire du groupe, je déconne pas avec ça. Vous êtes les acteurs de cette transformation. »

Entre le dirigeant qui voulait « une super secrétaire » en mars et ce séminaire d’octobre, il s’est écoulé cinq mois.

Une offre ne se densifie pas toute seule. Il a fallu que l’outil suive, et notre trajectoire raconte assez bien celle du marché.

Bob est né en mai 2026, avec la première promotion qui tournait sur Claude. Bob n’était pas un logiciel, c’était un agent : un espace de travail, un fichier de contexte, des compétences écrites, une arborescence de dossiers. Il accompagnait les participants entre les sessions, posait les questions, vérifiait la compréhension, relançait sur les points faibles. Pas un chatbot. Un sparring partner pédagogique, disponible à toute heure. Il servait aussi d’assistant commercial aux membres du Cercle, avec une règle inscrite noir sur blanc dans ses instructions : il ne fait jamais le travail à la place du membre, il propose, le membre décide.

Bob a tenu trois mois. Puis deux choses ont convergé.

La première est anecdotique et amusante : IBM a lancé au printemps un produit qui s’appelle Bob. Le nom devenait indéfendable.

La seconde est structurelle, et c’est celle qui compte : ce que nos clients demandaient ne rentrait plus dans un dossier partagé, ni dans une seule IA. Quand une entreprise vous demande d’interviewer 100 % de ses collaborateurs pour cartographier le travail réel, de préparer ses managers, de faire remonter le terrain en agrégé et de faire vivre l’organisation après la mission, vous n’avez plus besoin d’un agent. Vous avez besoin d’un logiciel, et il doit fonctionner chez le client qui a Claude comme chez celui qui a Copilot ou ChatGPT.

C’est devenu Sacha. Deux règles le gouvernent, écrites en juillet et jamais amendées depuis : le missionné note la mission, la mission ne note jamais le missionné. Et il voit ce qui est observé de lui, sans quoi l’outil deviendrait un mouchard.

Voilà le chemin en douze mois. D’un fichier de contexte partagé dans une application de bureau à un logiciel multi-IA qui accompagne une organisation entière, sous l’autorité de ses managers, avec un cadre social assumé.

Trois choses, et elles valent bien au-delà de mon cas.

Un. Le marché ne s’est pas converti progressivement, il a basculé d’un coup. Pendant tout l’automne 2025, j’ai cru que le problème venait de mon discours. Il ne venait pas de mon discours. Il venait du fait que l’IA n’était pas encore devenue de la bureautique. Le jour où elle l’est devenue, les mêmes phrases ont produit des rendez-vous. La leçon est désagréable pour l’ego mais utile : quand un marché n’est pas prêt, aucun argument ne le rend prêt. Il faut tenir, préparer le produit, et être là au moment du basculement.

Deux. La progression a suivi un ordre, et cet ordre ne se saute pas. L’indépendant qui décide seul. Le dirigeant pour lui-même. Le comité de direction. Les managers. Les équipes. Chaque étage a demandé que le précédent soit franchi, et chaque fois qu’un client a voulu sauter une marche, il a payé le même prix : des compétences individuelles brillantes et zéro gain collectif.

Trois. Le sujet a cessé d’être technique, et beaucoup ne l’ont pas encore vu. Les questions que je reçois aujourd’hui ne portent plus sur les outils. Elles portent sur ceux qui n’ont pas encore trouvé leur intérêt dans l’affaire et sur la façon de leur en donner un, sur la contradiction entre montée en compétence individuelle et industrialisation des process, sur ce qu’on présente au CSE et à quel moment. Ce sont des questions d’organisation et de management, pas d’architecture logicielle. C’est très exactement le métier du conseil.

Vous pouvez sous-traiter la construction d’un outil. Vous ne pouvez pas sous-traiter le changement de la façon dont vos équipes travaillent. Personne n’apprendra à votre place.

Ceux qui ont pris cinq semaines en janvier ne sont pas en avance de cinq semaines aujourd’hui. Ils sont en avance d’un cycle entier.

Il y a un an, plus personne ne décidait rien. Cette année, ceux qui ont commencé en janvier ont un cycle d’avance. L’an prochain, ceux qui commencent aujourd’hui en auront un aussi.

Merci de m’avoir lu jusqu’ici, et merci à ceux qui étaient là au moment où il n’y avait rien à montrer. Cette histoire est autant la vôtre que la mienne.

La conférence Transformation IA, en visio, gratuite, une heure. Les trois erreurs qui font échouer une transformation IA, et comment les éviter. 88 % des organisations utilisent l’IA quelque part, 7 % l’ont mise à l’échelle : l’écart ne vient pas de la technologie, il vient de trois décisions d’organisation. Les dirigeants d’entreprises de plus de 10 salariés repartent avec une étude de prospective offerte.

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  • Jean-Richard Maguet (consultant tech et innovation) : « Il y a 5 semaines, j’avais un logiciel robuste, mais je sentais que le vent tournait. Le déclic, ce n’est pas d’avoir appris à prompter, c’est d’avoir créé mon propre board de mentors virtuels. Ils ont fait émerger des angles morts que je n’avais jamais vus. Je ne subis plus l’IA, je l’orchestre. » 👉 Voir le témoignage

  • Mickael Ngo (consultant) : « Je pensais maîtriser l’IA, en réalité je découvrais à peine le sujet. Ce que j’ai compris, c’est que l’IA n’est pas un outil, c’est une organisation. Elle ne remplace pas les consultants, elle remplace ceux qui refusent d’évoluer. » 👉 Voir le témoignage

  • Lucie Villard (HR services manager) : « Aujourd’hui, j’optimise les flux, je ne gère plus seulement des interruptions. Je suis une architecte de la performance RH. » 👉 Voir le témoignage

C’est la question que je pose maintenant en ouverture de chaque rendez-vous, parce que la réponse détermine tout le reste. Une organisation qui en est à découvrir n’a pas le même problème qu’une organisation qui a déjà déployé sans piloter. Et l’erreur la plus coûteuse que je vois cette année, ce n’est pas d’aller trop lentement. C’est de sauter une marche.

Une entreprise qui lance un déploiement massif sans avoir aligné son comité de direction produit exactement ce que craignait ce DSI : cent excellences individuelles et zéro gain collectif. Une entreprise qui aligne son comité mais ne déploie jamais produit un beau PowerPoint et rien d’autre.

Dans la partie réservée aux abonnés, je vous donne l’outil que j’utilise pour situer une organisation en vingt minutes, et pour en déduire la seule marche suivante à monter :

  1. Les quatre marches, avec les symptômes qui permettent de reconnaître la vôtre sans vous mentir.

  2. Le diagnostic en douze questions, à passer seul ou en comité, avec sa grille de lecture.

  3. Le dialogue à copier-coller pour le faire avec votre IA en vingt minutes, en la mettant en position de vous interroger plutôt que de vous répondre.

  4. La règle de la marche unique, et les trois façons classiques de la violer.

Le gratuit vous raconte ce qui s’est passé. Le premium vous dit où vous êtes.

Read the original on decisionia.substack.com

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