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Congo Confidentiel · Aug 24, 2026

[Grand Angle] Katumbi, Kamitatu, Kalonda : à qui profite vraiment la crise d’Ensemble ?

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Congo Confidentiel · Congo Confidentiel

Le 26 juillet, Congo Confidentiel décrivait un Moïse Katumbi définitivement engagé dans le rapport de force avec Félix Tshisekedi, mais entouré de sensibilités différentes sur la manière de conduire cette confrontation. Un mois plus tard, la querelle entre Olivier Kamitatu et Salomon Kalonda, la suspension d’Hervé Diakese et la contestation de cette sanction exposent une crise d’autorité au sommet d’Ensemble pour la République. Mais une autre question commence à circuler : cette crise est-elle seulement interne ? Plusieurs sources évoquent des tentatives d’instrumentalisation et certaines regardent vers le camp Kabila. Hypothèse possible, mais encore non démontrée. Et surtout : quels dividendes Joseph Kabila aurait-il réellement à tirer de l’affaiblissement de Katumbi alors que leur adversaire immédiat reste le même ?

Le 26 juillet dernier, dans « Katumbi face à Tshisekedi : la fin des illusions, l’heure du rapport de force », Congo Confidentiel observait que la création de la C64, la ville morte du 3 juin, le sit-in du 12 juin puis l’ultimatum adressé au pouvoir avaient fait entrer Moïse Katumbi dans une nouvelle phase. Nous relevions aussi que l’ancien gouverneur du Katanga devait désormais gérer, dans son propre entourage, plusieurs sensibilités sur la manière d’affronter Félix Tshisekedi. Salomon Kalonda apparaissait notamment comme l’un des visages d’une ligne attentive aux possibilités d’un compromis politique.

Un mois plus tard, cette question est devenue beaucoup plus sérieuse. Elle ne concerne plus seulement la stratégie à adopter face au pouvoir, mais le fonctionnement même d’Ensemble pour la République. Et, désormais, une interrogation supplémentaire mérite d’être posée : la crise est-elle entièrement spontanée ou certaines forces extérieures cherchent-elles à l’élargir pour affaiblir Katumbi ?

La première alerte avait pourtant semblé maîtrisée. Le 29 juillet, à la demande de Moïse Katumbi, Olivier Kamitatu et Salomon Kalonda avaient annoncé avoir longuement échangé seuls et dissipé leurs « malentendus ». Leur communiqué conjoint était même particulièrement explicite : les débats devaient désormais être ramenés dans les instances du parti et ceux qui s’étaient exprimés en faveur de l’un ou de l’autre étaient invités à « en rester là ». Les deux hommes réaffirmaient surtout reprendre la route « sous la conduite du Président Moïse Katumbi Chapwe ».

Mais moins de trois semaines plus tard, les tensions ont réapparu. Hervé Diakese, porte-parole du parti et politiquement proche de Kamitatu, a tenu des propos particulièrement offensifs en défendant ce dernier et en évoquant directement Moïse Katumbi. Le Directoire a réagi le 20 août en suspendant Diakese de ses fonctions et de toute activité au nom d’Ensemble, tandis que Grâce Omari Matandiko était exclu. L’affaire aurait pu s’arrêter à une mesure disciplinaire. Elle a pris une autre dimension lorsqu’Olivier Kamitatu a contesté la méthode suivie, considérant que le principe du contradictoire devait être respecté avant toute sanction définitive.

C’est ici que le problème devient institutionnel : il ne s’agit plus simplement d’un affrontement entre deux personnalités, mais d’une discussion sur qui décide, selon quelles règles et avec quelle autorité dans Ensemble.

Un élément mérite cependant d’être remis au centre du dossier, car plusieurs commentaires publiés ces derniers jours sont allés beaucoup plus loin que les faits disponibles. Le 20 août, depuis Lagos, Olivier Kamitatu a adressé au secrétaire général Dieudonné Bolengetenge, avec copie à Moïse Katumbi et aux membres du Directoire, un document intitulé « Crise interne, communication et responsabilités – éléments factuels soumis à l’examen du Directoire ». L’objet du mémorandum est précisément de soumettre sa version des événements aux organes compétents et d’insister sur le respect du contradictoire.

Dieudonné Bolengetenge a confirmé avoir reçu ce rapport et attendre désormais celui de Salomon Kalonda avant l’examen des deux versions et une confrontation éventuelle des protagonistes. Il s’est même dit relativement confiant dans la capacité des deux responsables à dépasser leur différend. Ces éléments obligent à être précis. Le mémorandum de Kamitatu n’est pas, en lui-même, une lettre de rupture avec Katumbi. Il constitue au contraire, formellement, une saisine des mécanismes internes du parti. Certaines publications sont allées jusqu’à annoncer son désengagement d’Ensemble et la résurrection de son ancienne Alliance pour le Renouveau du Congo. À ce stade, aucune confirmation suffisamment solide ne permet à Congo Confidentiel de présenter ce scénario comme acquis. La nuance est importante. Contester une procédure ou défendre un cadre sanctionné n’équivaut pas automatiquement à préparer son départ.

Et une précision éditoriale s’impose également. Congo Confidentiel avait déjà clarifié, lors des précédentes controverses, qu’il n’existe aucun lien entre notre publication et Olivier Kamitatu. Nos analyses sur les rapports internes d’Ensemble, qu’elles concernent Kamitatu, Kalonda, Katumbi ou tout autre responsable, procèdent exclusivement de notre travail éditorial et de nos sources. Cette mise au point reste valable aujourd’hui.

Le fond de l’affaire demeure néanmoins intact. Katumbi avait déjà arbitré fin juillet. Si, quelques semaines plus tard, la querelle revient sur la place publique, entraîne sanctions, contre-arguments et mobilisation de réseaux médiatiques, c’est que la réconciliation précédente n’avait probablement traité que les symptômes.

Ensemble reste marqué par son histoire : une fédération de partis, de personnalités et de réseaux progressivement réunis autour de Katumbi. Cette configuration constitue une force lorsque toutes les composantes marchent dans la même direction. Elle devient une vulnérabilité lorsque les équilibres personnels prennent le dessus sur l’institution.Kamitatu et Kalonda ne sont surtout pas deux cadres périphériques. Ils appartiennent à l’architecture centrale du katumbisme. Une confrontation prolongée entre eux finit donc nécessairement par atteindre Katumbi lui-même.

La véritable question est alors brutale : Ensemble est-il devenu une institution capable d’absorber un conflit entre ses dirigeants sans intervention permanente de son président, ou demeure-t-il une coalition d’autorités personnelles dont Katumbi constitue l’unique arbitre ultime ?

Y a-t-il manipulation ? C’est la première nouvelle problématique.

Plusieurs sources avec lesquelles Congo Confidentiel s’est entretenu ces derniers jours évoquent la possibilité que le conflit interne soit désormais alimenté, amplifié ou exploité de l’extérieur. Le mot « manipulation » revient. Mais il faut immédiatement distinguer trois choses : provoquer une crise, encourager une crise existante et simplement en tirer profit.À ce stade, nous n’avons aucun élément suffisamment probant permettant d’affirmer qu’un acteur extérieur a créé le différend Kamitatu-Kalonda. En revanche, il serait naïf de croire qu’une fracture au sein du principal parti parlementaire d’opposition ne susciterait aucun travail d’influence autour de ses protagonistes. La politique congolaise fonctionne depuis longtemps par déplacements d’alliances, récupération des mécontents, réactivation d’anciens réseaux et amplification des querelles internes. La rapidité avec laquelle ont circulé les récits de « départ », de « rupture définitive » ou de renaissance de l’ARC alors même que Kamitatu venait de saisir formellement le Directoire en est une illustration. Cela ne prouve pas une opération centralisée. Cela montre au minimum que la bataille du récit a déjà dépassé Ensemble.

Il existe d’ailleurs un précédent beaucoup plus large. Dans notre enquête du 11 août sur les tractations autour de Brazzaville, Congo Confidentiel avait rapporté que l’une des stratégies attribuées au camp présidentiel consistait précisément à exploiter les fissures de la C64, isoler certains de ses dirigeants et fragmenter suffisamment le front anti-référendum pour réduire son pouvoir de négociation.Il faut donc résister à une lecture trop simple : si manipulation il y a, le camp Kabila n’est pas le seul acteur susceptible d’avoir intérêt à un Ensemble affaibli.

C’est pourtant l’hypothèse que plusieurs sources avancent aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que l’opposition congolaise est désormais structurée autour de plusieurs centres de gravité concurrents. D’un côté, la C64 réunit notamment Katumbi, Fayulu, Kabund, Matata et Sesanga. De l’autre, Sauvons la RDC, autour de Joseph Kabila, cherche à apparaître comme un autre pôle capable d’agréger le mécontentement et de peser dans toute négociation nationale. Le précédent Daniel Safu est régulièrement cité. En novembre 2025, l’ancien député avait quitté Ensemble pour rejoindre Sauvons la RDC, dénonçant le « particularisme politique » et plaidant pour une action de l’opposition autour d’un leadership plus consensuel.

En juillet encore, après le report de la marche de la C64, plusieurs personnalités proches de l’ancien régime avaient ouvertement affirmé que Sauvons la RDC représentait, selon elles, une alternative plus crédible au dispositif C64.Il existe donc objectivement une compétition pour le leadership de l’opposition.Mais quels dividendes Kabila tirerait-il réellement d’un Ensemble déstabilisé ?

C’est ici que l’hypothèse doit être testée plutôt que répétée.

Premier dividende possible : l’hégémonie dans l’opposition. Un Katumbi affaibli signifie mécaniquement un concurrent de moins dans la bataille pour déterminer qui négociera au nom du camp anti-Tshisekedi lors d’un dialogue national. Si Ensemble venait à perdre des cadres, des élus ou une partie de ses réseaux, Sauvons la RDC pourrait chercher à en récupérer certains.

Deuxième dividende : le rapport de force avant 2028. Même si Kabila ne se positionne pas personnellement comme candidat, son mouvement aura intérêt à peser dans la sélection du prochain leadership, la construction d’une coalition électorale et la redistribution des positions dans l’après-Tshisekedi. Un Katumbi disposant d’un parti homogène, d’un appareil parlementaire et d’une stature présidentielle est beaucoup plus difficile à négocier qu’un Katumbi dépendant d’une coalition pour survivre politiquement.

Troisième dividende : la négociation du dialogue. Plus la C64 est fragmentée, plus Sauvons la RDC peut réclamer une place autonome et centrale autour de la table, avec ses propres conditions, plutôt que d’être traité comme une composante parmi d’autres d’un vaste front de l’opposition.

Mais il existe également une objection majeure. Affaiblir Katumbi profite immédiatement davantage à Tshisekedi qu’à Kabila. Sauvons la RDC et la C64 ont aujourd’hui un adversaire stratégique commun sur plusieurs dossiers essentiels : préservation de l’ordre constitutionnel, ouverture de l’espace politique, dialogue inclusif et dénonciation de la concentration du pouvoir. Sauvons la RDC avait d’ailleurs officiellement salué la naissance de la C64 en mai, estimant que sa création renforçait le combat commun contre le pouvoir.

Une implosion d’Ensemble affaiblirait donc l’ensemble du front anti-Tshisekedi avant d’avantager éventuellement Kabila.

C’est pourquoi Congo Confidentiel ne retient pas, à ce stade, la thèse d’une opération kabiliste comme explication principale de la crise. Elle mérite d’être surveillée, parce que des intérêts objectifs existent et que plusieurs de nos interlocuteurs l’évoquent. Mais les dividendes potentiels ne constituent pas une preuve de responsabilité.La distinction est fondamentale : avoir intérêt à exploiter une crise ne signifie pas l’avoir provoquée.

Le calendrier donne une autre piste.La C64 prépare une nouvelle mobilisation le 15 septembre. Ensemble durcit parallèlement son discours sur la loi référendaire et continue d’exiger un dialogue réellement inclusif. Dieudonné Bolengetenge a encore rappelé que la finalité de la mobilisation demeure d’empêcher ce que son parti considère comme un renversement de l’ordre constitutionnel.C’est donc exactement au moment où Katumbi devrait mobiliser toutes ses forces contre Tshisekedi qu’Ensemble consomme son énergie dans une dispute interne.

Pour le pouvoir, aucun scénario n’est plus confortable : Kamitatu répond à Kalonda, les partisans des uns répondent aux autres, la presse spécule sur des défections, les réseaux sociaux fabriquent leurs propres camps et la question de la Constitution disparaît momentanément derrière les querelles de personnes.Même sans intervention du pouvoir, Kinshasa est le bénéficiaire politique immédiat de cette séquence.

C’est peut-être le point le plus important : rechercher obsessionnellement un manipulateur extérieur peut empêcher Ensemble de voir que ses propres dysfonctionnements produisent exactement les résultats qu’un adversaire aurait souhaité obtenir.

Ensemble constitue toujours la principale force parlementaire structurée de l’opposition. Ce capital institutionnel donne à Katumbi quelque chose que de nombreux autres opposants n’ont pas : des élus, des structures provinciales, un appareil, une marque politique et une capacité de mobilisation. Or Katumbi vient précisément de replacer cet appareil au centre du jeu à travers la C64.Au moment où se prépare le 15 septembre, où Tshisekedi a annoncé le principe d’un dialogue et où Sauvons la RDC avance ses propres conditions, chaque faiblesse interne d’Ensemble devient un actif disponible pour ses concurrents.Le danger n’est donc pas uniquement une scission spectaculaire.

Le véritable danger serait une érosion progressive : responsables qui cessent de collaborer, réseaux qui communiquent séparément, élus qui commencent à préparer des solutions de rechange, anciens partis qui retrouvent leurs réflexes d’autonomie et partenaires extérieurs qui négocient directement avec différentes factions.C’est souvent ainsi que meurent les coalitions politiques : non par une explosion, mais par une succession de petits désengagements.

La troisième conséquence touche directement l’avenir politique de Katumbi. À moins de trois ans de l’échéance présidentielle, la question n’est plus seulement de savoir s’il sera candidat. Elle est de savoir avec quelle machine politique et avec quelle autorité. Kamitatu apporte une expérience politique, institutionnelle et diplomatique considérable. Kalonda représente de son côté un autre réseau essentiel dans l’architecture construite autour de Katumbi. Les pousser dans une logique où le maintien de l’un impliquerait l’effacement de l’autre serait probablement la pire issue. Le danger est qu’Ensemble se transforme progressivement en addition de camps : pro-Kamitatu, pro-Kalonda, cadres historiques, nouveaux venus, élus, réseaux katangais et sensibilités différentes sur le dialogue, Kabila ou la stratégie de la rue.

Une telle architecture peut survivre pendant une période d’attente. Elle devient dangereusement instable lorsqu’il faut répartir les candidatures, déterminer des alliances et choisir un candidat présidentiel.

Trois évolutions restent possibles. La meilleure serait une refondation interne contrôlée : clarification des responsabilités, clôture contradictoire du dossier Kamitatu-Kalonda, traitement régulier du cas Diakese et adoption d’une ligne unique sur le dialogue, la C64 et 2028.

La deuxième serait une cohabitation gelée : personne ne part, mais chacun conserve ses réseaux et attend son moment. Ensemble resterait formellement uni tout en devenant progressivement incapable de décider.

La troisième serait une fracture ouverte, avec départs successifs, réactivation de partis d’origine ou rapprochements vers d’autres pôles de l’opposition. Le camp Kabila serait alors certainement l’un des bénéficiaires possibles — mais pas nécessairement le seul, ni même le principal.

Car le paradoxe de cette crise est là.

Jamais depuis 2023 les circonstances n’avaient offert autant d’espace politique à Katumbi : crise sécuritaire, débat constitutionnel, revendication d’un dialogue inclusif, recomposition de l’opposition et interrogations croissantes sur 2028. Pourtant, au moment précis où il pourrait transformer cet espace en leadership national, son principal danger vient désormais de sa propre organisation.Le 26 juillet, Congo Confidentiel écrivait que l’heure des illusions était terminée et que commençait celle du rapport de force avec Tshisekedi.

Un mois plus tard, Katumbi découvre une règle politique plus ancienne encore : avant de chercher le responsable extérieur d’une déstabilisation, un chef doit s’assurer que personne, à l’intérieur de sa propre maison, ne puisse lui en ouvrir la porte.

Read the original on congoconfidentiel.substack.com

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