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CineManiac/Camille Marty-Musso · Jun 21, 2026

Un aller simple à l'ombre des marées...

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CineManiac/Camille Marty-Musso · CineManiac/Camille Marty-Musso

Un aller simple à l’ombre des marées…

A L’OMBRE…

La dernière fois que je suis rentrée de vacances, ils étaient là, tout abîmés. En une semaine, tout avait changé d’une vie soyeuse à ne pas fermer les portes. Le type porte-malheur l’avait dit : ça peut changer très vite. Et il y avait cette question sous-jacente : se rendent-ils compte que rien ne va plus? Pourvu qu’ils ne se rendent pas compte.

A présent que m’attend ce grand silence à mon retour, qu’il n’est plus l’actualité de prendre de leurs nouvelles au téléphone, qu’hormis compter les mois sans eux, il ne reste rien, à quoi bon rentrer?

À quoi bon revenir? Partie pour 3 jours, une semaine plus tard, j’y suis toujours. Je m’éternise… Je m’englue dans des marées salées. La semaine prochaine, j’y serai peut-être encore. Qui s’en apercevra?

Ce n’est pas tant que je fasse autre chose ici que chez nous (où je ne me suis jamais vraiment sentie chez moi, cette inlassable recherche d’un «chez soi»). Livres et cahiers et ordi et téléphone et crayons et carnets, tout est installé que je déplace parfois à l’extérieur, à l’ombre d’un grand parasol.

Quand on annonce 35 degrés à Paris, ici, il ne fait que 25, pas de quoi se plaindre. Officiellement, je suis partie pour ça : fuir la canicule, me détendre. Quand dans le silence, je fuis l’absence et le silence, le vrai.

À présent, il n’y a plus ni pâtée à donner ni jouets pour bêtifier, plus de bodyguard pot de colle dans mon lit. La nuit, là-bas, j’entends des bruits de pas, d’objets qui tombent, et non, ce n’est pas ça, ça ne peut plus être ça, alors, je m’en fous de ces bruits, de la possibilité d’un cambriolage, qu’ils viennent, je me fous de tout.

Ces verres à renverser, ces pull-overs et ces câbles à grignoter, ces choses minuscules qu’il fallait surveiller du coin de l’œil, ces portes entrebâillées, c’est fini. Ne demeure qu’à ruminer qu’on aurait pu faire mieux, différemment.

Une amie me dit : tu n’as qu’à enlever ce filet sur ton balcon. Je lui réponds : ce filet restera là et le panier et les jouets aussi et tu me fous la paix.

Demeure le souvenir de cet amour inconditionnel et immérité, cette fidélité à la vie à la mort, ce genre de valeurs instinctives d’une autre époque.

Ce billet d’avion début juillet pour l’île, à quoi bon? Là-bas, depuis longtemps, il n’y a plus personne. On marche parmi les fantômes. Dans un décor repeint peuplé d’inconnus qui ont pris leur place. La chaleur aidant, je passerai sans doute l’été derrière des volets clos, la clim à fond. Hormis la distraction de se trouver dans un aéroport, à l’aller, au retour, je rentrerai en septembre tout en n’étant jamais mentalement partie.

On s’emmène avec soi, fut-ce au bout du monde ; passé le moment, non négligeable, du dépaysement, les pensées, les chagrins, exportés sous d’autres ciels, sont identiques.

LE LIVRE, des nouvelles de L’APRÈS…

C’est à pas comptés que j’exécute les dernières étapes logistiques avant l’envoi de mon livre à des éditeurs.

En parallèle, j’ai ce sentiment que le livre m’échappe, qu’il pourrait rester là dans mon ordi, qu’on le retrouverait longtemps après que j’ai quitté cette terre. Pire, qu’on ne le retrouverait jamais, faute qu’on s’y intéresse. Que de là-bas, j’observerais cette indifférence à ce qu’écrivent les écrivains ici-bas.

Je me prends à regretter cet écrivain connu, pour de mauvaises raisons, qui me disait : tu écriras sur moi. J’ai publié un texte sur lui pour l’anniversaire des 10 ans de sa mort, puis des 20 ans, mais déjà, l’oubli l’avait absorbé.

Un soir que nous étions allés prendre un verre au bar de l’hôtel Montalembert avec un groupe, l’écrivain avait dit à un monsieur très chic : elle écrit bien aussi. L’homme (dont j’ignorais la profession) m’avait dit gentiment : passez me montrer votre manuscrit. Ayant enfin saisi qu’il s’agissait d’un éditeur, j’avais insisté pour ne pas me mettre en valeur : je n’ai rien publié… L’homme avait répondu : justement, ça m’intéresse.

Quand j’étais entrée dans son bureau, j’étais ennuyée : dans la salle d’attente, les gens avaient des gros manuscrits, le mien était petit. Autant le lui dire. Mais il préférait les récits courts. Regardez ce que je viens de publier. Et il m’a montré son nom imprimé sur un petit livre plat de la NRF dont il était à l’époque le directeur. Plus tard il m’a téléphoné : c’est trop abstrait, inspirez-vous des petites choses de la vie quotidienne et revenez me montrer ce manuscrit corrigé. Je n’y suis pas retournée mais je n’ai jamais oublié ce conseil.

Le genre de rencontre qui n’a pas lieu deux fois dans une vie. Je n’avais alors aucune ambition que de voyager avec l’écrivain. Qu’il me prenne par la main.

ACTIVITÉS PARALLÈLES

12ème La Baule Festival Cinéma et Musique de Film

Du 24 au 28 juin

Président : Régis Wargnier

Invités d’honneur : le compositeur Bruno Coulais et Emmanuelle Béart

Thème de cette édition : le voyage.

festival-labaule.com

Bon dimanche. Take care!😎

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