Depuis toujours, du moins depuis que je m’en souvienne, je crains de faire une valise. J’y pense durant la semaine précédente avec la certitude que je n’y arriverai pas. Pas cette fois-là. Cette crainte de ne pas y arriver recouvre bien d’autres domaines mais on s’en tiendra là.
Appelons Freud à la rescousse : enfant, déjà, je transportais une valisette tous les week-ends en pension, en sortir le samedi, y retourner le dimanche. Je la revois encore, cette valisette. Ma mère qui adorait le shopping m’avait offert une valisette de marque bien trop luxueuse pour les circonstances. Souvent, même le week-end, c’était un peu trop lourd pour eux que je revienne, alors, j’allais chez une amie de pension passer le week-end qui habitait dans une petite ville au bord d’un étang. L’été, on s’y baignait avec des ongles noirs ou bleus. Les habitants disaient : eh bien, la fille du notaire est bien délurée en bikini avec ces ongles noirs!
En alternance, j’allais prendre l’avion avec cette pochette blanche autour du cou (obligatoire pour les moins de 13 ans, ça existe encore?). Ma mère m’accompagnait à l’aéroport de Marignane que je connais bien… Et souvent, j’y restais, là-bas, scolarisée par ma tante en milieu d’année dans une école du centre-ville, suscitant les curiosités.
J’ai d’ailleurs choisi ensuite Marseille pour faire mes études. À cette époque, on ne se posait pas de questions de sens des études. Après l’obtention du bac, on enchaînait.
Je m’étais entichée d’un étudiant en médecine qui faisait ses études à Marseille. Un bad boy, évidemment (autre sujet), donc, j’ai suivi le mouvement. Sur place, je ne l’ai quasiment jamais revu.
Décidée à fermer mon manuscrit durant quelques jours, j’ouvre ma valise vide. Je fais une pile : à emporter. Une pile : à réfléchir. J’en profite pour ranger les placards. L’heure tourne et je n’avance pas.
Longtemps, j’ai songé : cette valise pèse du plomb parce que je traîne un poids et voilà!
La vie est curieuse. C’est justement cette amie de pension qui s’est invitée cet été, je l’appelle : en retard, tu m’attendras, untel te donnera les clés. Déçue, le mari pas content. Parce qu’on n’est plus dans les années d’insouciance à danser toutes les deux tous les soirs quand elle venait en vacances. Aujourd’hui, il y a le mari qui se lève à 7h et se couche à 22h30.
Alors que j’ai à peu près tout sur place, je crains d’avoir oublié quelque chose. Ces multiples crèmes cosmétiques et solaires et produits de parapharmacie et d’urgence médicale, par exemple. J’oublie que je ne pars pas pour l’Amazonie…
Une rubrique sur le magazine Elle m’a toujours fascinée. On demande à des gens célèbres ce qu’ils emportent pour voyager. Leur réponse est rien ou quasiment rien : un plaid pour l’avion qui servira d’écharpe, une crème hydratante. Pour leurs vacances, c’est pire : 2 T-shirts, un paréo, un chapeau de paille, un stick anti-moustiques.
L’amie de pension rappelle : elle n’a qu’un bagage cabine tandis que je viens de souscrire à l’option : bagage supplémentaire en soute.
Voilà! J’y vais. J’ai retardé mon départ de 48h. Pour faire mes bagages. Sortir enfin le nez de ces corrections de ce manuscrit, le cou douloureux de rester penchée, opérer une translation du manuscrit vers la valise.
Josiane Balasko : “j’ai remplacé la peur de l’avion par la peur de rater l’avion.
Je ferme mon manuscrit, j’ouvre la valise. La translation toujours….
PS.
Le manuscrit a désynchronisé ma Newsletter…
Bonnes vacances à ceux qui partent.😎
NB. Photo generée par IA. Texte de moi.

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