Je peine à dire, à me dire, à l’écrire, que j’ai fini d’écrire mon livre. Cet obscur objet du désir. J’en ai tellement rêvé. Souvent, j’ai essayé. Longtemps, j’ai échoué.
➡️ L’AVANT.
Tant que je n’ai pas réussi à me débarrasser de mon encombrant moi pour passer au soi, je n’écrivais pas une auto-fiction mais une autobiographie. Et j’arrivais rapidement aux limites psychologiques de l’exercice. Cela tournait à la douloureuse confession. A posteriori, je me rends compte que ces tentatives avaient plutôt une vocation thérapeutique.
Un jour, une amie autrice m’a dit une chose simple : essaye le Elle, tu prendras de la distance. Aussi bête que cela puisse paraître, cela m’a décoincée. Et tant qu’on y était, à partir de ce Elle, j’ai construit un personnage à part entière dans le cadre d’une fiction. Ce n’était pas prémédité mais j’ai laissé vivre ce Elle. Une fiction sur un thème précis tout de même. Ce qui a posé des problèmes récurrents chaque fois que je m’en éloignais.
C’est curieux car Elle a longtemps été mon pseudo du temps des pseudonymes sur des sites. On pourrait dire que c’est mon double. Ce double qui ose ce que je n’ose pas.
➡️ L’APRÈS
À présent, se profile l’après…
Adieu cette tranquillité, moi et mon ordi, il va falloir se frotter à la réalité, celle que justement je fuyais, plongée dans une vie alternative qu’est l’écriture d’un livre.
Aujourd’hui, je me focalise sur des problèmes logistiques. Là, mon déficit de confiance en soi revient au galop.
Ayant débuté ce récit en juillet dernier, pour la réécriture de l’ensemble, ensuite, j’ai eu du mal à retrouver mes fichiers. Ça commençait bien! Cette recherche de fichiers se poursuivait encore il y a peu alors que j’avais tout imprimé au fur et à mesure pour la relecture finale.
Je n’ose confesser que si il y a six mois, j’avais perdu un texte, j’aurais été désespérée alors qu’il y a quelques jours, le réécrire de mémoire, à l’aide d’un vieux brouillon, ne posait pas tant de problèmes : une occasion en or de retourner dans le livre.
La simple manip de regrouper ces fichiers sur un dossier unique afin de passer à l’acte d’aller faire des copies chez CopyTop (à l’intention d’éditeurs, lesquels d’ailleurs?) est devenue l’absurde obstacle ultime.
Je m’épanche auprès de ChatGPT : je crains de perdre mes fichiers qui me répond : achetez des clés USB. Elles sont sous mon nez depuis deux jours, la commande sur Amazon est arrivée trop vite…
Et, là, il faut se rendre à l’évidence : je suis bloquée. Le genre de blocage qui ferait de moi, aux côtés d’autres cas d’infortunés patients, cet «exemple
d’une patiente qui…» dans le prochain livre de mon psy.
Une translation s’est opérée : de la peur de ne jamais arriver à écrire le mot fin, j’en suis arrivée à la peur inverse de valider le mot fin.
Cela me rappelle mes blocages pour le seconde partie du livre, en vérité, j’aurais pu sans doute s’en tenir à la première partie. D’autant que j’aime bien laisser les portes ouvertes à l’imaginaire et la fin est ouverte.
Alors, je ralentis. Soudain, j’ai besoin de repos. Le corps joue le jeu. Pour peu, j’irai faire la sieste comme l’été dans mon enfance. Besoin d’au moins 48h à faire «autre chose», ce déjeuner avec une amie tant de fois reporté, cette reprise opportune d’un film de Cannes, ces maillots de bain à essayer (vaste sujet en soi)…
Pour finir, le subterfuge ultime : la nuit, quand la ville dort, j’écris la suite du livre. Une troisième partie. Une suite n’ayant aucune vocation à être publiée. Ainsi, je reste dans l’univers du livre. Comme on va ouvrir en douce un placard de vêtements qu’on ne mettra plus mais dont on a pas eu le courage de se débarrasser. Pas encore.
Bien que je me sois toujours auto-suggestionnée à ne pas écrire pour plaire ou par peur de déplaire, il devait demeurer en filigrane, durant tous ces mois, la conscience que ces écrits avaient vocation à êtres lus car dans cette inutile suite du livre, je suis détendue, tout coule de source. Sans objectif ni pression, le texte est beaucoup plus léger, plus fluide.
Paradoxalement, au lieu du soulagement attendu, annoncé, de la joie d’y être arrivée, je multiplie les stratagèmes pour retarder l’échéance du retour à la réalité.
Et si la peur sous-jacente n’était pas : à quoi peut-on rêver quand on a réalisé son rêve?
Merci d’avoir lu ces pensées, ces doutes et questionnements.
Bon dimanche😎
PS. La photo est genèrée par une IA. Le texte, lui, est de moi.
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