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Bertrand Scholler | 55Bellechasse Media · Jul 28, 2026

Les quatre guerres, Les faits, le vécu, les récits… et la bataille que chacun mène contre lui-même.

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Pourquoi le monde ne manque pas d’informations… mais de compréhension. Éloge de la répétition, des livres et du temps long.

À ceux qui pensent manquer de temps…

Si vous avez peu de temps…
Ou si vous croyez en avoir peu…
Sautez cette lettre.
Oui, vous avez bien lu.
Passez directement au dialogue final.
Vous y rencontrerez le Pèlerin, Socrate, Albert Camus, Nelson Mandela, Colette et Épicure.
Ils ne vous diront pas quoi penser.
Ils vous apprendront peut-être à regarder autrement.
À eux six, ils parlent des incendies, de la peur, des récits, des médias, de l’espérance et de la liberté intérieure avec une profondeur que je serais incapable d’atteindre seul.
Je crois sincèrement que c’est l’un des dialogues les plus réussis que j’aie écrits.
S’il ne devait rester que quelques pages de cette lettre, ce seraient probablement celles-là.
Puis, si elles vous touchent, revenez au début.
Vous découvrirez alors que tout ce qui précède n’était qu’un chemin pour vous conduire jusqu’à cette rencontre.

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« Ne soyez pas des passeurs d’émotions. Soyez des passeurs de compréhension. Car les émotions traversent les foules ; la compréhension construit les civilisations. »
Voilà pourquoi les médias de flux sont devenus le terrain de jeu privilégié des guerres contemporaines. Le plus difficile commence pourtant maintenant. Car lorsque vous refermerez cette lettre, le flux vous attendra déjà. Il ne vous attaquera pas de front. Il vous tendra simplement la main. Une alerte. Une vidéo. Un commentaire. Puis un autre. Et encore un autre. C’est ainsi qu’il tisse sa toile.
Le plus redoutable est peut-être qu’il ne ressemble plus à une prison. Il ressemble à un plaisir. À une habitude. Presque à un besoin. Comme toutes les dépendances, il finit par se faire passer pour une condition de notre survie. Nous croyons rester informés ; nous devenons souvent incapables de demeurer assez longtemps avec une idée pour la comprendre.
Le flux ne vous demande qu’une chose : revenez demain. Les livres, eux, vous demandent quelque chose de beaucoup plus difficile : revenez à vous-même.


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Pourquoi êtes-vous si nombreux à vous arrêter si tôt ?

En regardant les statistiques de lecture, un phénomène me frappe. Environ 80 % des lecteurs ne dépassent pas le titre ou quelques lignes. Parmi ceux qui ouvrent la lettre, avec une réelle curiosité, près de 80 % s’arrêtent au liminaire. Et parmi ceux qui commencent réellement la lecture, seule une minorité ira jusqu’à la dernière ligne.
Au fond, cela ne me surprend plus.
Certains me disent : « J’ai compris dès le titre. » D’autres : « Dès l’introduction, je vois parfaitement où tu veux en venir. » D’autres encore : « Tu as déjà écrit cela plusieurs fois. Pourquoi y revenir ? » Enfin, beaucoup m’expliquent qu’ils n’ont pas le temps.
Pourtant, les mêmes passeront parfois deux ou trois heures à faire défiler leur téléphone, à cliquer sur des dizaines de vidéos, de commentaires, de messages et de polémiques dont ils auront presque tout oublié quelques jours plus tard.
Voilà le paradoxe.
Nous croyons gagner du temps en évitant une lecture longue. En réalité, nous perdons notre capacité à penser longtemps. Nous refusons une heure de lecture qui pourrait transformer notre regard, mais nous acceptons sans difficulté plusieurs heures de consommation fragmentée qui ne laisseront derrière elles qu’une légère agitation intérieure.
Le flux fonctionne comme toutes les addictions. Il promet toujours que la prochaine information sera la bonne. Que la prochaine vidéo révélera enfin ce qui nous échappe. Que le prochain commentaire apportera la clé.
Mais cette clé n’arrive jamais.
Parce que le flux ne cherche pas à vous conduire quelque part. Il cherche simplement à vous faire rester. Encore quelques minutes. Puis quelques heures. Puis quelques années.
À force, l’esprit s’habitue à ne plus demeurer longtemps sur une idée. Il saute. Il zappe. Il réagit. Il oublie. Puis il recommence.
La lecture, elle, exige exactement l’inverse. Elle demande de ralentir. D’accepter les répétitions. De revenir sur une idée déjà rencontrée. Car ce n’est presque jamais la première lecture qui transforme un homme. C’est la deuxième. La troisième. Parfois la dixième.
Voilà pourquoi je continuerai à répéter certaines choses. Les propagandes l’ont compris depuis toujours. Les pédagogues aussi. La répétition est l’outil le plus puissant qui soit. Elle peut fabriquer des esclaves. Elle peut aussi former des hommes libres.
Le choix vous appartient.
Si vous continuez à fuir les textes longs, les raisonnements patients et les idées qui demandent du temps pour mûrir, alors le flux décidera progressivement à votre place de ce qui mérite votre attention.
Et un jour, sans même vous en apercevoir, vous ne serez plus vraiment un lecteur.
Vous serez devenu un consommateur de réactions.
Autrement dit, un zombie parfaitement informé… mais de moins en moins capable de comprendre.

C’est sans doute pour cette raison que je continue d’écrire des livres plutôt que des produits éditoriaux.
Voici IN AETERNUM SINE PACTO Et FIAT VERITAS PEREAT MUNDUS

IN AETERNUM SINE PACTO


Extrait : « Car, au fond, une opération psychologique ne cherche pas forcément à convaincre tout le monde.
Elle poursuit souvent un objectif beaucoup plus modeste.
Empêcher de comprendre.
Ce n’est pas la même chose.
Convaincre est extrêmement difficile.
Empêcher de comprendre est beaucoup plus simple.
Il suffit de saturer. »

La répétition a mauvaise réputation.

Nous vivons dans une époque qui vénère la nouveauté. Chaque minute devrait apporter son information, sa révélation, son scandale, son analyse définitive. Répéter serait perdre du temps. Revenir sur une idée serait manquer la suivante. S’arrêter serait déjà être en retard.
Je crois exactement l’inverse.
Ceux qui refusent la répétition n’ont souvent pas compris son rôle. Ils ont peur de manquer quelque chose d’essentiel. Ils courent d’un flux à l’autre, d’une vidéo à l’autre, d’une émotion à l’autre, persuadés que l’intelligence consiste à tout voir. Or, à force de tout voir, ils ne retiennent plus rien.
La répétition est pourtant l’un des mécanismes les plus puissants que l’humanité ait découverts. Elle est la base de toutes les propagandes. Aucun slogan ne fonctionne s’il n’est pas répété. Aucun récit politique ne s’impose en une seule journée. Aucun conditionnement ne se construit sans revenir encore et encore sur les mêmes images, les mêmes mots, les mêmes émotions.
Mais la répétition est aussi le cœur de toute pédagogie. Un professeur répète. Un artisan répète. Un musicien répète. Un moine répète. Un athlète répète. Un enfant apprend parce qu’il répète. Les grandes vérités spirituelles, philosophiques ou scientifiques ne s’impriment pas parce qu’on les a rencontrées une seule fois. Elles deviennent une partie de nous parce que nous les revisitons sans cesse, sous des angles différents, jusqu’à ce qu’elles descendent de l’intelligence vers l’âme.
La propagande utilise la répétition pour enfermer. L’éducation utilise la répétition pour libérer. Le mécanisme est le même. L’intention change tout.
Voilà pourquoi je n’ai jamais eu peur de revenir sur certaines idées. Non parce que je manquerais d’inspiration, mais parce que les idées importantes méritent d’être regardées plusieurs fois, comme on contemple un paysage sous la lumière du matin, du midi puis du soir.
Si vous pensez pouvoir vous passer de cette lente maturation, retournez dans le flux.
Là-bas, la répétition existe aussi. Mais elle est infiniment plus subtile. Elle ne prend pas la forme d’un discours identique. Elle agit par accumulation. Les mêmes réflexes, les mêmes indignations, les mêmes peurs, les mêmes oppositions, les mêmes automatismes reviennent sans cesse, sous des habillages toujours différents. Goutte après goutte. Jour après jour. Sans bruit. Jusqu’à ce que votre manière de regarder le monde ait changé sans que vous puissiez dire précisément quand ni comment.
C’est peut-être le poison le plus discret de notre époque. Il ne tue pas la pensée d’un seul coup. Il consume lentement la liberté intérieure.
La répétition consciente construit. La répétition inconsciente conditionne. Toute la différence est là.
L’article qui suit est, selon mes critères, relativement court. Il vous fera parcourir ce que j’appelle les trois guerres… qui sont peut-être, en réalité, au nombre de quatre.
Préparez-vous au voyage.
Il ne vous demandera pas seulement de changer d’avis sur quelques événements. Il pourrait vous conduire à changer votre manière même de regarder l’information.
Et je vous préviens…
Ça secoue.

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Vous êtes encore là ?

Alors il vous reste encore quelques lignes à lire… avant de commencer la partie réservée aux abonnés.
C’est amusant, car l’essentiel est probablement déjà dans cette longue introduction. Rien, ou presque, n’y est superflu. Sauf, évidemment, pour ceux qui savent déjà tout. Ceux-là n’ont effectivement aucune raison de poursuivre.
Oui, cette introduction est longue. Oui, elle comporte des répétitions. Oui, elle prend son temps. Autrement dit, je fais presque tout ce qu’il faut pour décourager les impatients.

Et c’est parfaitement assumé.

À chaque lettre, j’espère qu’un lecteur, deux lecteurs, peut-être davantage, feront une expérience étrange. Celle de renoncer, pendant une heure, à leur drogue quotidienne de flux. D’accepter de demeurer avec une idée au lieu de courir vers la suivante.
Je sais parfaitement comment obtenir davantage de clics. Je pourrais publier vingt messages courts par jour. Des titres spectaculaires. Des révélations permanentes. Des indignations calibrées. Les algorithmes adorent cela.
Mais quel intérêt ?
Je ne cherche pas des clics.
Je cherche des lecteurs.
Ce n’est pas du tout la même chose.
Les premiers consomment. Les seconds construisent. Les premiers passent. Les seconds demeurent.
La communauté qui s’est progressivement formée autour de ces lettres est une catégorie à part. Elle n’est ni plus intelligente, ni meilleure que les autres. Elle a simplement accepté une chose devenue presque révolutionnaire : prendre le temps de comprendre.
Si cette longue introduction vous a paru interminable, le texte qui suit le sera probablement aussi.
Si, au contraire, elle vous a donné envie de continuer, alors il existe une chance que vous soyez déjà en train de quitter le fleuve.
Bienvenue sur la rive.
La suite commence maintenant.
Je pense qu’elle vaut largement le voyage.

N’oubliez jamais ceci :

L’actualité est un choix.
La réalité, elle, impose de relier, de comparer et de comprendre un ensemble.
Entre les deux existent des milliers de décisions invisibles.
Pourquoi tel sujet ouvre-t-il le journal télévisé plutôt qu’un autre ?
Pourquoi certains événements occupent-ils des jours entiers d’antenne, tandis que d’autres disparaissent en quelques heures ?
Et surtout…
Comment les médias de flux parviennent-ils à produire des heures de programmes, d’articles et d’alertes chaque jour… alors que, pendant leurs vacances, le flot s’interrompt presque comme si le monde lui-même avait décidé de faire une pause ?
Voilà une question qui mérite, elle aussi, d’être méditée.

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