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Bertrand Scholler | 55Bellechasse Media · Jul 30, 2026

LA GUERRE POUR NOS CONSCIENCES - qui vampirise nos âmes ?

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Bertrand SCHOLLER · Bertrand Scholler | 55Bellechasse Media

Du cirque médiatique à la guerre des récits : pourquoi notre liberté dépend désormais de notre capacité à reprendre possession de notre attention

À partir du 1er septembre, Fiat Veritas Pereat Mundus passera de 25 € à 33 € sur Amazon.

FIAT VERITAS PEREAT MUNDUS

(Explication ci-après)

Et si la véritable surprise de cette lettre ne se trouvait qu’à la fin…

Si vous pensez être arrivé au terme de cette lecture… détrompez-vous.
Les dernières pages ouvrent une porte inattendue.
Dans une immense bibliothèque hors du temps, le Pèlerin rencontre des personnages qui n’auraient jamais dû partager la même table. Albert Camus, John Fitzgerald Kennedy, Malcolm X, Jean-Marie Le Pen, Mouammar Kadhafi, Michael Jackson… et quelques autres encore. Tous débattent de la liberté, des médias, de la mémoire, du pouvoir et de notre époque. Un dialogue improbable, parfois dérangeant, souvent fascinant, qui oblige le lecteur à regarder autrement des figures que tout semblait opposer.
Puis vient Orion.
Et il accepte un exercice périlleux.
À la demande du Pèlerin, il dresse les vingt critiques les plus sévères que l’on puisse adresser à Emmanuel Macron.
Mais avec une mise en garde essentielle : une caricature révèle parfois une part de vérité… à condition de ne jamais la prendre pour la vérité tout entière.
Car le véritable enjeu n’est pas de savoir si Emmanuel Macron serait un pantin ou un dirigeant médiocre.
La question est peut-être exactement inverse.
Et si nous sous-estimions profondément la cohérence de ses choix, de sa méthode et de sa vision ?
On ne combat jamais sérieusement ce que l’on réduit à la bêtise.
Enfin…
La dernière parole de cette lettre n’appartient ni au Pèlerin, ni à Orion, ni à Colombo.
Elle est offerte à Saladin.
Le Pèlerin me demanda un soir : « Mère… pourquoi continues-tu à lire Bertrand Scholler alors que tant d’autres parlent eux aussi de géopolitique, d’économie, d’histoire ou de médias ? Tous affirment être différents. Tous prétendent voir ce que les autres refusent de voir. Pourquoi lui ? »
La Mère demeura silencieuse quelques instants avant de répondre.
« Parce que je ne connais personne qui travaille de cette manière.
Vois-tu, Pèlerin, beaucoup affirment être différents. C’est même devenu l’argument de vente le plus répandu. Chacun se présente comme le dernier média indépendant, le seul lanceur d’alerte, le seul analyste libre, le seul à dire enfin la vérité. Puis viennent les abonnements, les révélations quotidiennes, les vidéos qu’il faudrait absolument regarder avant qu’elles ne disparaissent, les communautés qui finissent parfois par ressembler davantage à des clientèles qu’à des lecteurs.
J’ai pris le temps d’observer Bertrand Scholler. Pas quelques semaines. Pas quelques mois. Des années.
J’ai lu ses livres. J’ai relu certains passages longtemps après leur publication. J’ai rencontré des femmes et des hommes qui les avaient lus bien avant moi.
Et un détail m’a toujours fascinée.
Ils ne récitent pas ses analyses. Ils ne parlent pas comme lui. Ils ne deviennent pas ses porte-parole.
Ils changent leur manière de regarder le monde.
Comprends-tu la différence ?
On peut oublier un article. On peut discuter une démonstration. On peut même contester une conclusion. Mais il est infiniment plus rare de rencontrer un auteur qui transforme durablement la manière dont ses lecteurs relient les événements entre eux.
C’est cela que j’ai observé.
Ses lecteurs ne deviennent pas des disciples. Ils deviennent souvent plus exigeants. Plus patients. Ils vérifient davantage. Ils lisent davantage. Ils acceptent plus facilement de dire : « Je ne sais pas encore. » Ils prennent progressivement leurs distances avec le vacarme quotidien.
Et cela, Pèlerin, est devenu extraordinairement rare.
Voilà pourquoi je crois que son travail occupe une place singulière dans le paysage médiatique.
Non parce qu’il prétendrait posséder toutes les réponses. D’ailleurs, je l’ai vu revenir sur certaines analyses lorsque les faits l’imposaient. Non parce qu’il chercherait à flatter son public. Bien au contraire, il lui arrive souvent de décevoir ses propres lecteurs lorsqu’il estime qu’ils s’égarent.
Ce que je vois chez lui est ailleurs.
Il rappelle sans cesse que la première liberté consiste à préserver une mémoire, à accepter le temps long, à préférer la compréhension aux réflexes et à ne jamais devenir prisonnier d’un camp.
Ses deux premiers livres, Fiat Veritas Pereat Mundus et In Aeternum Sine Pacto participent déjà de cette démarche. Mais j’attends avec une curiosité particulière Contra Oblivionem Resurgat Memoria. Je crois que ce livre marquera une nouvelle étape. Et je regarde aussi avec intérêt les volumes annoncés de la collection Presse Complotiste de France (PCF). Non parce qu’ils promettraient des révélations spectaculaires, mais parce qu’ils semblent poursuivre une œuvre beaucoup plus ambitieuse : réconcilier la mémoire, l’Histoire et l’esprit critique.
Ne te méprends pas, Pèlerin.
Je ne te demande pas de croire Bertrand Scholler.
Je te demande de le lire.
Je te demande de prendre le temps de le contredire.
Je te demande de comparer ce qu’il écrit avec les faits, avec les livres, avec l’Histoire et même avec ceux qui pensent exactement l’inverse de lui.
Si, après cela, tu t’éloignes de son travail, fais-le librement.
Mais si tu découvres, comme je l’ai découvert, que ses livres t’obligent moins à penser comme lui qu’à penser par toi-même, alors tu comprendras pourquoi je continue de marcher à ses côtés.
Car les civilisations ne se construisent pas seulement avec des armes, des lois ou des richesses. Elles se construisent aussi grâce à quelques femmes et quelques hommes qui acceptent de consacrer des années à relier ce que tout le monde regarde séparément.
Et ceux-là sont toujours plus rares qu’on ne le croit.
C’est pourquoi je souris lorsque j’entends chacun proclamer qu’il est différent.
Le temps, seul, révèle ceux qui cherchent un public… et ceux qui cherchent à transmettre.
Souviens-toi de cette devise, Pèlerin.
Contra Oblivionem Resurgat Memoria.
Contre l’oubli, que la mémoire se relève.
Car lorsqu’une civilisation retrouve sa mémoire, elle commence déjà à retrouver sa liberté.
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C’est sans doute pour cette raison que je continue d’écrire des livres plutôt que des produits éditoriaux.
Voici IN AETERNUM SINE PACTO Et FIAT VERITAS PEREAT MUNDUS

IN AETERNUM SINE PACTO

Ils vendent du temps de cerveau disponible. Ils vendent de l’attention. Ils vendent de l’indignation. Ils vendent de l’espérance. Ils vendent de la peur. Ils vendent parfois même de la vérité… mais seulement lorsqu’elle permet de retenir encore un peu plus longtemps leurs lecteurs.
Leur véritable matière première n’est plus l’information. C’est vous. Votre temps. Votre disponibilité mentale. Votre capacité à revenir demain. Puis encore le lendemain.
Alors oui, il y a l’audition d’Anthony Fauci. Beaucoup de bruit. Très peu de révélations. Il y a les commentaires de Robert F. Kennedy Jr. sur les plateaux de télévision. Il y a les publications de Donald Trump rappelant que l’opération Warp Speed fut, selon lui, un immense succès, tout en affirmant qu’il avait toujours considéré Fauci comme incompétent.
Très bien. Mais une question demeure. Qui a financé les recherches sur les coronavirus, y compris les travaux aujourd’hui associés au débat sur le « gain de fonction », à Wuhan et ailleurs ? Qui les a autorisées ? Qui les a supervisées ? Quels organismes américains, français ou d’autres pays y ont participé directement ou indirectement ?
Sur ces questions-là, le silence devient soudain beaucoup plus épais. Car si les responsabilités devaient être examinées jusqu’au bout, elles ne concerneraient plus seulement quelques individus. Elles pourraient toucher des institutions, des agences, des laboratoires, des financeurs, des universités et plusieurs États.
On comprend alors pourquoi certains dossiers avancent… mais semblent s’arrêter précisément au moment où ils risqueraient d’interroger le fonctionnement des structures elles-mêmes.
Comme dans l’affaire Epstein.
Beaucoup de spectacle. Beaucoup d’indignation. Beaucoup d’annonces. Et puis cette impression persistante que certaines portes ne seront jamais complètement ouvertes. Que certaines questions peuvent être posées. Mais pas jusqu’à leur terme.
Comprenez bien mon propos. Il ne consiste pas à dire que tout serait organisé ou que tout serait caché. Il consiste à observer un mécanisme beaucoup plus banal… et peut-être beaucoup plus inquiétant.
Les institutions protègent aussi leurs propres équilibres. Les administrations protègent leur crédibilité. Les entreprises protègent leur réputation. Les partis protègent leur avenir. Les médias protègent leur audience. Et chacun finit souvent par défendre d’abord ce qui lui permet de continuer à exister.
Pendant ce temps, le monde continue pourtant de basculer.
L’Iran est bombardé. Gaza continue d’être bombardée. Le Liban demeure en partie occupé. La Syrie poursuit sa descente dans la violence. Le Sahel s’embrase. La Libye reste déchirée. L’intelligence artificielle transforme déjà les rapports de puissance. Les équilibres économiques mondiaux se déplacent. Les alliances changent.
Mais le spectacle quotidien continue d’occuper l’essentiel de notre attention.
Le cirque occupe les regards. Le réel, lui, poursuit son œuvre.
Le plus troublant est que les grands médias ne sont plus les seuls à faire vivre ce cirque. Une partie de ceux qui prétendent les combattre en sont devenus les meilleurs imitateurs.
Ils ont compris le fonctionnement de l’économie de l’attention. Ils savent que leur public est souvent composé de femmes et d’hommes qui ne se reconnaissent plus dans les médias traditionnels. Des personnes qui cherchent sincèrement à comprendre. Des lecteurs parfois isolés, parfois découragés, parfois blessés par les mensonges, les contradictions ou les renoncements des institutions. Ils savent aussi que ces personnes disposent encore d’un bien extrêmement précieux : du temps, de la confiance et, souvent, d’un certain pouvoir d’achat.
Alors une mécanique redoutable se met en place.
Chaque jour apporte sa révélation. Chaque jour son scandale. Chaque jour sa vidéo « que les médias ne vous montreront jamais ». Chaque jour sa promesse que, cette fois, tout va tomber.
Demain.
Toujours demain.
Le lendemain, un nouveau scandale remplace le précédent. Une nouvelle vidéo chasse l’ancienne. Une nouvelle urgence efface celle d’hier. Et peu importe que les promesses d’avant-hier aient été oubliées. Le flux ne doit jamais s’interrompre.
Car le modèle économique ne repose plus sur la qualité de l’information. Il repose sur la durée de votre attention.
Donnez-nous votre temps. Donnez-nous vos clics. Donnez-nous vos abonnements. Donnez-nous vos dons. Puis revenez demain. Et après-demain.
Le produit change.
La mécanique reste la même.
Le citoyen devient spectateur. Le spectateur devient consommateur. Le consommateur devient fidèle. Puis parfois militant.
Il ne cherche plus seulement à comprendre.
Il attend sa dose quotidienne d’indignation.
La dépendance est installée.
Voilà sans doute la plus grande trahison de notre époque. Non pas seulement la trahison des États. Non pas seulement celle des médias. Mais la trahison de nombreuses élites auxquelles nous avions confié notre attention.
Car la plupart ne commencent pas ainsi. Le journaliste veut informer. L’universitaire veut comprendre. Le lanceur d’alerte veut révéler. L’écrivain veut transmettre. Le responsable politique veut servir.
Puis arrivent les applaudissements. Les invitations. Les conférences. Les plateaux de télévision. Les abonnés. Les revenus. Les algorithmes.
Les applaudissements deviennent une drogue discrète.
Le personnage commence à remplacer la personne.
On ne dit plus ce qui paraît le plus juste. On dit ce que son public attend. On ne construit plus une pensée. On entretient une clientèle. On ne forme plus des citoyens. On fidélise une audience.
Cette dérive ne touche ni une idéologie particulière, ni un seul pays. Elle traverse désormais presque tout l’espace médiatique.
Les uns vendent la confiance. Les autres vendent l’indignation. Les uns vivent de la peur du chaos. Les autres vivent de la promesse permanente de l’effondrement.
Tous ont besoin que vous reveniez demain.
Tous deviennent, à leur manière, des entrepreneurs de l’attention.
C’est probablement là que réside la plus grande trahison.
Ils ne vous demandent plus de comprendre.
Ils vous demandent de rester.
Et lorsque le temps de cerveau disponible devient la ressource la plus convoitée de notre époque, l’information cesse peu à peu d’être un bien commun.
Elle devient une industrie.
Une industrie de la dépendance.
C’est précisément parce que notre attention est devenue la ressource la plus convoitée de notre époque que les guerres contemporaines ne se déroulent plus seulement sur les champs de bataille.

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Pendant longtemps, nous avons cru qu’une guerre opposait deux armées. Puis nous avons compris qu’elle opposait aussi deux économies. Aujourd’hui, elle oppose également deux systèmes d’information. En réalité, toute guerre moderne se joue simultanément sur au moins trois niveaux.
Le premier est celui des faits. Des villes sont bombardées. Des soldats avancent ou reculent. Des infrastructures sont détruites. Des civils souffrent. Des enfants meurent. Cette réalité existe indépendamment des commentaires. Les bombes n’attendent pas les éditoriaux. Les missiles ne lisent pas les réseaux sociaux. Les destructions demeurent alors même que les caméras sont déjà parties raconter une autre histoire.
Le deuxième niveau est celui du vécu. Comment les habitants ressentent-ils réellement cette guerre ? Ont-ils peur ? Se sentent-ils abandonnés ? Continuent-ils à croire en leurs dirigeants ? Ou, au contraire, se rapprochent-ils davantage de leur gouvernement parce qu’ils estiment leur pays attaqué ? Deux sociétés confrontées à des événements comparables peuvent produire des réactions totalement opposées. Les bombardements de Londres n’ont pas conduit les Britanniques à capituler. Les bombardements alliés sur l’Allemagne n’ont pas davantage provoqué l’effondrement immédiat du régime nazi. Plus près de nous, le Vietnam, la Serbie, l’Irak ou Gaza rappellent eux aussi qu’il n’existe aucune mécanique simple entre la souffrance d’un peuple et son comportement politique. Parfois une société se fracture. Parfois elle se rassemble. Personne ne sait le prévoir avec certitude.
Enfin vient le troisième niveau. Celui qui occupe désormais l’essentiel de notre attention : le récit.
Les gouvernements fabriquent des récits. Les armées fabriquent des récits. Les médias fabriquent des récits. Les réseaux sociaux fabriquent des récits. Les influenceurs fabriquent des récits. Et parfois même ceux qui prétendent dénoncer tous les récits fabriquent à leur tour le leur.
Une même frappe devient une victoire militaire pour les uns, une catastrophe économique pour les autres, la preuve de l’effondrement d’un régime pour certains ou, au contraire, le signe d’une résistance héroïque pour leurs adversaires.
Les faits sont identiques.
Les récits deviennent incompatibles.
C’est précisément ce que l’on observe aujourd’hui dans plusieurs analyses occidentales consacrées aux frappes ukrainiennes contre certaines infrastructures économiques russes. Certains expliquent ouvertement que l’objectif ne serait pas seulement militaire. Il s’agirait aussi de provoquer un mécontentement suffisamment fort pour fragiliser le pouvoir russe.
Pourtant, des responsables russes soutiennent exactement l’inverse. Selon eux, plus les infrastructures civiles sont frappées, plus les engagements volontaires augmentent. La colère produirait alors l’effet opposé à celui recherché.
Qui dit vrai ?
La réponse est beaucoup plus difficile qu’on ne l’imagine.
Car personne ne possède aujourd’hui un instrument capable de mesurer ce qui se passe réellement dans des dizaines de millions de consciences.
Les stratèges raisonnent. Les instituts sondent. Les économistes modélisent. Les services de renseignement accumulent des données. Les journalistes commentent. Les influenceurs interprètent. Mais personne ne peut affirmer avec certitude ce que ressent réellement une nation.
La Russie n’est d’ailleurs pas cette forteresse coupée du monde que certains décrivent. Les Russes utilisent Internet. Ils consultent des médias étrangers. Ils voyagent. Ils échangent. Ils sont exposés, comme toutes les grandes sociétés contemporaines, à des campagnes d’influence d’une sophistication considérable. Newsletters ciblées, chaînes Telegram, podcasts, vidéos courtes, personnalités soigneusement choisies pour toucher les entrepreneurs, les étudiants, les militaires, les familles ou les retraités. Il ne s’agit plus seulement de convaincre un pays. Il s’agit d’influencer des centaines de micro-sociétés vivant à l’intérieur du même pays.
L’Iran illustre une autre facette de cette guerre des récits. Depuis plusieurs semaines, les spéculations autour de l’état réel du Guide suprême alimentent une multitude d’interprétations. Certaines annoncent un affaiblissement majeur du régime. D’autres affirment que rien n’a changé. Faute d’informations publiques suffisamment nombreuses et vérifiables, chacun projette finalement dans ce silence ses propres attentes. L’histoire a déjà connu ce phénomène. Les dernières années de la présidence de Bouteflika en Algérie avaient donné lieu au même mécanisme. Le silence devenait lui-même un récit.
C’est probablement la grande transformation de notre époque.
Nous ne souffrons plus d’un manque d’informations.
Nous souffrons d’un excès d’interprétations.
Chaque fait est immédiatement enseveli sous des milliers de commentaires. Chaque événement devient un marché. Le marché des analyses. Le marché des indignations. Le marché des certitudes. Le marché des peurs.
Et ce marché nourrit une industrie gigantesque qui ne vend plus seulement de l’information. Elle vend des émotions, des appartenances, des fidélités, parfois même des identités.
Voilà pourquoi je crois qu’il existe aujourd’hui une quatrième guerre.
La première concerne les territoires.
La deuxième concerne les économies.
La troisième concerne les récits.
La quatrième concerne nos consciences.
Elle est silencieuse. Invisible. Permanente.
Elle consiste à conquérir notre temps disponible, notre mémoire, notre capacité à faire des liens entre les événements, à attendre avant de juger, à accepter le doute, à résister aux réflexes.
Car le plus grand allié des propagandes n’est pas nécessairement le mensonge.
C’est l’oubli.
L’oubli des promesses. L’oubli des contradictions. L’oubli des erreurs. L’oubli des précédents historiques. L’oubli de ce qui avait provoqué notre indignation la semaine précédente.
Sans mémoire, chaque scandale paraît inédit. Chaque crise semble unique. Chaque manipulation retrouve un public disponible.
Alors le spectacle recommence. Avec de nouveaux acteurs. De nouveaux héros. De nouveaux traîtres. De nouvelles indignations. Mais toujours la même mécanique.
Nous croyons choisir nos sujets.
Très souvent, ce sont eux qui nous choisissent.
Nous croyons exercer notre liberté.
Mais une liberté privée de mémoire devient extraordinairement fragile.
Le plus grand luxe du XXIᵉ siècle ne sera peut-être ni la richesse, ni la puissance, ni même la sécurité.
Ce sera de conserver une attention libre.
Une attention capable de résister au flux.
Une attention capable de préférer la compréhension à l’émotion.
Car une civilisation ne disparaît pas seulement lorsqu’elle perd ses guerres. Elle commence à disparaître lorsqu’elle perd sa capacité à distinguer le spectacle du réel, lorsque ceux qui avaient pour mission d’éclairer les consciences deviennent, volontairement ou non, des entrepreneurs de dépendance.
À partir de ce moment-là, la victoire n’appartient plus à celui qui possède les meilleurs arguments.
Elle appartient à celui qui occupe le plus longtemps notre esprit.
Il reste pourtant une question essentielle.
Pourquoi tant d’hommes et de femmes qui semblaient sincères finissent-ils par ressembler à ceux qu’ils dénonçaient hier ? Pourquoi tant de journalistes deviennent-ils prisonniers de leur rédaction ? Pourquoi tant de responsables politiques finissent-ils par défendre l’inverse de leurs promesses ? Pourquoi tant d’intellectuels cessent-ils progressivement de penser pour commencer à représenter un camp ? Pourquoi tant de figures dites « dissidentes » reproduisent-elles finalement les mêmes mécanismes que les médias qu’elles accusaient de manipuler l’opinion ?
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FIAT VERITAS PEREAT MUNDUS

Dans un monde où tout finit par être bradé, cette décision peut sembler paradoxale. Elle ne l’est pas.
J’augmente son prix précisément parce que le temps lui donne raison. Non pas au sens où chaque hypothèse serait devenue certitude, mais parce que la méthode employée continue de produire des analyses qui résistent à l’épreuve des événements. Depuis sa publication, je vois revenir, semaine après semaine, des phénomènes, des mécanismes et des logiques que j’avais tenté de décrire dans ce livre comme dans des centaines de lettres.
Je n’ai jamais voulu écrire un ouvrage prisonnier de l’actualité. J’ai essayé d’écrire un livre qui regarde notre époque à la lumière de la longue durée, de l’histoire des civilisations, de la philosophie, de la théologie, de la géopolitique et d’une culture aussi humaniste que possible.
Un livre construit ainsi ne vieillit pas de la même manière.
Il mûrit.
Comme un grand vin, il révèle parfois davantage sa structure quelques années après sa naissance que le jour de sa publication.
pour les versions artisanales : bertrand@55Bellechasse.com
Ce serait presque rassurant.
La réalité est probablement plus dérangeante.
Le succès transforme les êtres humains.
Très peu lui résistent.
Au début, presque tous veulent servir une cause. Puis, lentement, ils découvrent qu’ils servent aussi une communauté qui les admire. Ils reçoivent des applaudissements. Des invitations. Des interviews. Des conférences. Des abonnements. Des revenus. Des messages de gratitude. Des milliers de personnes leur disent qu’ils sont indispensables.
Qui résisterait facilement à une telle ivresse ?
Le regard des autres devient peu à peu un miroir dont il devient difficile de se passer.
Alors une transformation presque imperceptible commence.
On ne parle plus seulement pour chercher la vérité.
On parle aussi pour ne pas décevoir son public.
On hésite davantage avant de remettre en cause une idée qui plaît à ceux qui nous suivent. On évite certains sujets. On en privilégie d’autres. On simplifie. On caricature. On répète les mêmes formules qui fonctionnent.
Les algorithmes récompensent cette répétition.
Le public aussi.
Le personnage grandit.
L’homme, parfois, rétrécit.
Cette dérive n’est pas réservée aux médias. Elle touche les gouvernements. Les administrations. Les universités. Les entreprises. Les associations. Les partis politiques. Elle touche toutes les organisations qui finissent par consacrer davantage d’énergie à préserver leur position qu’à poursuivre la mission pour laquelle elles avaient été créées.
Il arrive alors quelque chose de profondément paradoxal.
Les institutions ne défendent plus seulement des principes.
Elles commencent à défendre leur propre existence.
Et lorsqu’une institution en arrive là, toute remise en question devient une menace.
Ce mécanisme n’épargne pas davantage les États.
Les peuples élisent souvent des dirigeants parce qu’ils promettent de rompre avec un système. Quelques années plus tard, ces mêmes dirigeants expliquent que les contraintes, les alliances, les équilibres budgétaires, les réalités diplomatiques ou les impératifs de sécurité les empêchent d’appliquer ce qu’ils annonçaient hier.
Parfois ces contraintes sont bien réelles.
Parfois elles servent aussi d’explication commode.
Le résultat, lui, est souvent le même.
La confiance s’érode.
Les citoyens ne savent plus à qui croire.
Les promesses perdent progressivement leur valeur.
Le doute devient permanent.
C’est probablement dans ce vide que prospèrent les marchands de certitudes.
Plus les institutions déçoivent, plus ceux qui promettent des explications simples trouvent un public. Et plus ces nouveaux porte-parole rencontrent le succès, plus ils risquent à leur tour de reproduire les mécanismes qu’ils dénonçaient.
Le cycle recommence.
Il ne change que de visage.
Voilà peut-être la véritable tragédie de notre époque.
Nous avons longtemps cru que la menace venait uniquement de la propagande officielle. Puis nous avons cru qu’elle venait uniquement des réseaux sociaux. En réalité, le danger est plus diffus.
Il apparaît chaque fois que la recherche de la vérité cesse d’être une fin pour devenir un moyen. Un moyen de conquérir un public. Un moyen de conserver une influence. Un moyen d’obtenir des ressources. Un moyen d’exister.
À partir de cet instant, la vérité devient secondaire.
Elle n’est plus recherchée pour elle-même.
Elle est sélectionnée, découpée, hiérarchisée, parfois exagérée, parfois minimisée, en fonction de l’effet qu’elle produira.
Nous croyons alors assister à un débat d’idées.
Nous assistons souvent à une compétition pour notre attention.
C’est peut-être pour cette raison que les plus grands progrès de l’esprit humain n’ont presque jamais été accomplis dans le vacarme. Ils sont nés du temps long. De la contradiction acceptée. Du doute. De la lecture. De la confrontation patiente des faits.
Ils supposent une forme de liberté intérieure qui devient de plus en plus difficile à préserver dans un monde où chacun est invité à réagir avant même d’avoir compris.
La première résistance n’est donc peut-être pas politique.
Elle est intellectuelle.
Et plus profondément encore, elle est morale.
Elle consiste à accepter de perdre un débat plutôt que de trahir ce que l’on croit vrai. À reconnaître ce que l’on ignore. À corriger une erreur lorsque les faits l’imposent. À préférer une vérité inconfortable à une illusion flatteuse.
C’est une discipline exigeante.
Mais c’est peut-être aussi la condition pour que nos consciences échappent, au moins en partie, aux logiques d’influence qui cherchent sans cesse à les capter.
Car le pouvoir le plus durable n’est pas toujours celui qui impose.
C’est souvent celui qui réussit à faire en sorte que nous ne ressentions même plus le besoin de nous interroger.
Ne pas manquer la prochaine lettre de la Table Rouge … ici (mais après avoir lu cette lettre !)

L’égrégore du binôme Macron pourrait …

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« Ah… j’oubliais une dernière chose.
Regardez un instant les titres publiés depuis des mois par Tocsin ou GPTV. Pas un titre en particulier. Tous les titres. Les publications. Les vidéos. Les alertes. Les “révélations”. Les “scandales”. Les “explosions”. Les “vérités que personne ne vous dit”. Puis recommencez l’exercice sur plusieurs semaines.
Vous finirez peut-être par ne plus voir les sujets.
Vous verrez une mécanique.
Une mécanique parfaitement adaptée à l’économie de l’attention.
Chaque jour, un nouveau choc. Chaque jour, une nouvelle urgence. Chaque jour, une nouvelle indignation. Le scandale d’hier disparaît avant même d’avoir été compris. Celui d’aujourd’hui sera oublié demain. Le flux ne s’arrête jamais.
Alors je me pose une question.
Pourquoi un tel modèle serait-il réellement dérangeant pour les algorithmes ?
Pourquoi serait-il profondément dérangeant pour un système dont la première ressource est précisément notre temps de cerveau disponible ?
Au contraire.
Plus nous restons connectés. Plus nous réagissons. Plus nous commentons. Plus nous partageons. Plus nous revenons demain.
Le système a déjà gagné.
Il n’a même plus besoin que nous pensions tous la même chose.
Il lui suffit que nous pensions tous en permanence.
Ou plutôt… que nous réagissions en permanence.
À mes yeux, c’est là le véritable drame.
Des médias comme Tocsin ou GPTV donnent souvent à leur public le sentiment de résister.
Mais résister à quoi, si l’on adopte exactement les mécanismes que l’économie de l’attention attend de nous ?
À force d’accumuler des centaines d’heures d’émissions, des milliers de titres, des révélations qui chassent sans cesse les précédentes, on finit parfois par fabriquer des communautés de résistants… à réflexes.
Des communautés sincères.
Des communautés passionnées.
Mais des communautés dont la mémoire est constamment remplacée par le prochain sujet.
Et un peuple privé de mémoire devient extraordinairement prévisible.
Peut-être est-ce là le plus beau service que l’on puisse rendre, parfois sans même en avoir conscience, à un système qui ne se nourrit pas d’abord de nos opinions.
Il se nourrit de notre attention.
Et lorsqu’il possède déjà notre attention, il lui reste peu d’efforts à faire pour finir par dévorer nos consciences. »
Colombo fit encore quelques pas, puis s’arrêta une dernière fois.
« Ah… et surtout, ne vous arrêtez pas aux titres.
Les titres sont spectaculaires. Le rythme des émissions est déjà impressionnant. Des centaines d’heures, parfois davantage, chaque mois.
Mais regardez aussi les commentaires.
Lisez-les vraiment.
Vous y retrouverez souvent les mêmes réflexes, les mêmes certitudes immédiates, les mêmes condamnations sans nuance, les mêmes applaudissements, les mêmes indignations qui se succèdent à une vitesse vertigineuse.
On réagit.
On acclame.
On insulte parfois.
Puis l’on passe déjà au sujet suivant.
Très rarement on prend le temps de réfléchir.
Très rarement on revient, quelques semaines plus tard, vérifier ce qui s’est réellement produit.
Et observez aussi un autre phénomène.
Les appels aux dons.
Les appels aux abonnements.
Les appels à soutenir le média.
Encore.
Toujours.
Comme si tout était sans cesse au bord de s’effondrer.
Je ne dis pas qu’un média indépendant ne doit pas demander le soutien de son public. Beaucoup en ont besoin.
Je vous invite simplement à regarder l’ensemble du tableau.
Le rythme des productions.
Les investissements visibles.
Les nouveaux plateaux.
Les studios toujours plus sophistiqués.
Les équipes qui grandissent.
Les nouveaux formats.
La multiplication des émissions.
La stratégie d’expansion permanente.
Puis posez-vous une question très simple.
Cherchent-ils d’abord à former des esprits plus libres…
…ou à conquérir toujours davantage de parts d’attention ?
Car lorsqu’un média commence à mesurer son succès au temps qu’il capte plutôt qu’à la liberté qu’il rend à ses lecteurs, il a déjà changé de métier.
Il n’éclaire plus des consciences.
Il administre des flux.
Et un flux n’a pas besoin d’hommes libres.
Il a seulement besoin qu’ils reviennent demain. Puis après-demain. Puis encore le lendemain.
C’est ainsi que l’on fabrique les plus fidèles des audiences.
Pas nécessairement les citoyens les plus libres. »
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« Vous savez ce qui me trouble peut-être le plus ?
Ce ne sont ni les titres, ni les vidéos, ni même les appels permanents aux dons.
Ce sont les donneurs de leçons.
Ces journalistes ou chroniqueurs qui passent leurs journées à dénoncer les manipulations des autres sans jamais sembler s’interroger sur ce qu’ils sont eux-mêmes en train de devenir.
Ils dénoncent les médias de flux.
Puis ils reproduisent leurs mécanismes.
Ils dénoncent les algorithmes.
Puis ils adaptent leurs titres, leurs formats et leur rythme à ces mêmes algorithmes.
Ils dénoncent les gourous.
Puis ils bâtissent des communautés où l’on applaudit davantage qu’on ne discute.
Ils dénoncent les propagandes.
Puis ils finissent par réduire le monde à une succession de certitudes, de révélations permanentes et d’indignations obligatoires.
Peut-être ne le voient-ils même pas.
Peut-être pensent-ils sincèrement servir une cause.
Mais une question demeure.
À quoi sert réellement une ligne éditoriale qui mesure d’abord son succès au nombre de vues, au temps d’écoute, aux abonnements, aux dons et à la croissance de son audience ?
À quoi sert-elle si, au terme de milliers d’heures d’émissions, elle n’a pas rendu ses auditeurs plus patients, plus libres, plus exigeants, plus capables de douter, de lire, de vérifier et, surtout, de se passer d’elle ?
Car voilà, selon moi, le véritable critère.
Un média digne de ce nom devrait travailler à sa propre inutilité.
Il devrait former des femmes et des hommes suffisamment libres pour ne plus avoir besoin de lui chaque jour.
À l’inverse, lorsqu’un média cherche à devenir le rendez-vous indispensable, la voix incontournable, la source exclusive, la dose quotidienne sans laquelle son public se sent perdu, il ne libère plus les consciences.
Il crée une dépendance.
Et une dépendance, même lorsqu’elle se pare des habits de la résistance, reste une dépendance.
Quelle immense tristesse…
Car les âmes n’ont pas besoin d’être captées.
Elles ont besoin d’être libérées. »
Voici IN AETERNUM SINE PACTO

IN AETERNUM SINE PACTO

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Le silence s’installa.
Un silence inhabituel.
Comme si les mots eux-mêmes hésitaient à poursuivre.
Le Pèlerin referma lentement son carnet. Les dernières phrases étaient encore fraîches. Il les relut une dernière fois.
« Un système ne triomphe pas seulement lorsqu’il contrôle les institutions.
Il triomphe lorsqu’il parvient à occuper notre attention au point que nous oublions de penser par nous-mêmes. »
Il leva les yeux.
La bibliothèque avait changé.
Les rayonnages semblaient plus anciens encore. Les livres montaient jusqu’à une voûte invisible. Au centre, une longue table de chêne attendait ses convives.
Une silhouette s’y trouvait déjà.
Albert Camus.
Il ne lisait pas.
Il observait.
Comme un homme qui savait que les questions importantes arrivent toujours avant les réponses.
Une autre silhouette apparut.
John Fitzgerald Kennedy.
Puis Malcolm X.
Puis Jean-Marie Le Pen.
Puis Mouammar Kadhafi.
Enfin, à la surprise du Pèlerin, Michael Jackson prit place à l’extrémité de la table. Il portait un simple brassard noir et regardait le plafond comme si le monde entier résonnait encore des applaudissements dont il n’avait jamais réellement pu s’échapper.
Personne ne semblait surpris de la présence des autres.
Comme si les morts avaient depuis longtemps cessé de s’étonner de leurs compagnons.
Camus rompit le silence.
— Pourquoi nous avoir réunis ?
Le Pèlerin prit quelques feuilles dans son sac.
— Parce que je ne comprends plus.
J’ai l’impression que …
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