Autrefois, les hommes levaient les yeux vers le ciel pour chercher ce qui pourrait les anéantir.
Aujourd’hui, ils devraient peut-être regarder leurs propres mains.
Ils se sont détruits eux-mêmes
Le dernier conte de la Lanterne.
En ce 15 août, fête de l’Assomption, peut-être pouvons-nous, quelques instants, nous éloigner du bruit du monde pour revenir à ce qui demeure lorsque tout le reste s’efface.
Dites « je t’aime » à ceux qui comptent. Pas demain. Pas lorsque vous trouverez les mots parfaits. Aujourd’hui. Appelez ceux dont la voix vous manque. Serrez ceux qui sont encore près de vous. Remerciez ceux auxquels vous ne dites jamais assez combien leur présence a compté dans votre vie.
Et puis, si vous le pouvez, pardonnez. Pas nécessairement pour oublier. Pas pour nier les blessures ni donner raison à ceux qui vous ont fait du mal. Mais simplement pour ne plus laisser certaines douleurs décider à votre place de ce que vous devez ressentir.
Et à ceux que la vie a éloignés de vous, à ceux que vous ne reverrez peut-être jamais, à ceux avec lesquels les mots sont devenus impossibles, donnez au moins intérieurement la Paix. Cette paix qui ne demande ni victoire ni reddition. Seulement de déposer les armes.
Nous parlons tellement de guerres, de frontières, de puissance, de domination, de lignes rouges. Nous cherchons la paix entre les peuples tout en oubliant parfois de la construire dans quelques mètres carrés autour de nous.
Alors aujourd’hui, peut-être simplement cela : aimer ceux que nous pouvons encore aimer, pardonner lorsque nous en sommes capables, et souhaiter la paix à ceux que nous ne savons plus rejoindre.
Le monde en manque terriblement.
Et peut-être nous aussi.
Bonne fête à toutes les Marie.
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Oui, l’homme agit sur elle. Il transforme les sols, détruit ou replante des forêts, détourne l’eau, artificialise les paysages, rejette dans l’atmosphère des quantités considérables de gaz et de particules. Il serait absurde de prétendre que huit milliards d’êtres humains, leurs villes, leurs industries, leurs transports et leur agriculture n’ont aucun effet sur le climat.
Mais il faut également se souvenir d’une évidence presque trop simple pour être encore dite : sans le Soleil, il n’y aurait ni climat, ni chaleur, ni vents, ni pluie, ni forêts, ni vie telle que nous la connaissons. Il fournit l’énergie fondamentale du système terrestre. Cela ne signifie pas que les variations récentes du climat seraient principalement provoquées par les variations de l’activité solaire — les connaissances actuelles attribuent l’essentiel du réchauffement contemporain aux activités humaines — mais simplement que notre planète appartient à un système infiniment plus vaste que nous.
Et ce système bouge. Les équilibres se déplacent. Les températures augmentent. Les sécheresses s’installent plus longtemps. Des espèces souffrent là où elles prospéraient encore quelques décennies auparavant. Certaines forêts françaises que nous imaginons immuables pourraient profondément changer de visage au cours de ce siècle. Dans certaines régions, les chênes, les hêtres ou les peupliers pourraient régresser considérablement. D’autres essences remonteraient du sud. Des paysages aujourd’hui tempérés pourraient progressivement prendre des allures méditerranéennes : végétation plus sèche, palmiers ici, plantes grasses ou espèces adaptées à l’aridité ailleurs.
Nous pouvons discuter des modèles, des rythmes, des responsabilités et des politiques à mener. Mais ce serait presque manquer le sujet de cette lettre. Car la disparition d’une forêt est une catastrophe ; la disparition de l’humanité serait autre chose encore.
Et les chemins capables de nous y conduire ne manquent pas. Une guerre nucléaire. Une confrontation incontrôlée entre grandes puissances. Une rupture profonde des systèmes alimentaires. Une pandémie beaucoup plus meurtrière que celles que nous avons connues. Une technologie devenue incontrôlable. Une intelligence artificielle mise au service de systèmes de destruction autonomes. Un effondrement simultané de plusieurs infrastructures essentielles. Une succession de crises écologiques, énergétiques, politiques et militaires jusqu’au point où nos sociétés ne sauraient plus absorber le choc suivant.
Ou, plus simplement peut-être, nous-mêmes.
Notre incapacité à nous arrêter. Notre capacité extraordinaire à nous habituer. À la guerre. À la destruction. À l’inacceptable. À la surveillance. À la propagande. À la disparition progressive de la mémoire.
C’est pour cela que je republie aujourd’hui cette lettre. Je la crois même plus importante aujourd’hui que lorsque je l’ai écrite. Parce qu’elle ne parle pas seulement de Gaza, de l’Ukraine, de l’Iran, de la Russie, de l’Afrique, de l’Europe ou de Taïwan. Elle ne parle pas seulement du climat, des ressources, des technologies ou des empires. Elle parle du mécanisme qui pourrait les relier tous : notre faculté d’adaptation à ce qui, quelques années auparavant, nous aurait paru impensable.
contact : bertrand@55Bellechasse.com
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