Le tour des auteurs ? Le Festival d’Angoulême après avoir été un temps “mis à l’arrêt” a enfin été annulé. Le shitshow s’est déporté d’une guerre de communiqués de presse à une bataille juridique. Organisateurs et partenaires publics risquent de se renvoyer la patate chaude assez longtemps pour déterminer qui est responsable du désastre, c’est-à-dire qui doit passer à la caisse. Restent les vrais héros de l’affaire, les auteurs, particulièrement les autrices. Auteurs qui ont réussi à se fédérer pour protester contre un événement à la dérive et pour la sauvegarde du bien commun. Cela a coûté plus à certains que d’autres. Ceux qui avaient une BD à présenter à Angoulême. Qui devaient y être exposés. Qui, aussi, pouvaient prétendre à un prix (un “Fauve”), et donc à un coup de projecteur médiatique et potentiellement des retombées financières dans un milieu où la précarité est la norme.
Au “Nouvel Obs”, nous avons voulu rendre hommage à ces sacrifiés, en publiant la sélection officielle du Festival 2026, jamais diffusée ni même évoquée par 9e Art+ - qui n’a pas manqué de nous faire part de son mécontentement. La liste est biaisée d’avance, certaines maisons d’édition n’ayant même pas voulu envoyer leurs albums, mais elle reste intéressante. Parce qu’elle nous rappelle que tout un écosystème part de là : du travail des artistes.
Je note tout ce que je lis, sauf que je le fais n’importe comment. J’oublie plein d’albums, je ne note pas les BD jeunesse que je regarde avec mon fils (probablement parce que j’essaye d’oublier “Boule et Bill” tome 41) et j’ai eu la flemme de reporter tous les comics examinés pour les prix First Print (Absolute Batman, Absolute Wonder Woman, Absolute Superman, Absolute Spider-Man, Absolute Superdupont…). Je vous mets cette liste absolument pas fiable ici, sachant que je ne sais pas calculer un pourcentage et ne peut donc pas déterminer le ratio de perte entre lecture et écriture. Je m’en vais expliquer les maintes raisons qui font que je ne parle pas de toutes les BD que je consulte. C’est même un petit miracle quand une chronique BD paraît.
Parce que je ne l’ai pas lue
C’est, malheureusement, la raison la plus probable. Il est humainement impossible de lire les 5000 titres qui sortent chaque année. Déjà parce que je n’y ai pas accès. J’en reçois quelque chose comme 500 : même avec un volume divisé par dix, ça reste un Everest. Ce serait deux par jour et malheureusement la vie est constellée de trucs chiants comme faire la vaisselle ou avoir des nouvelles non sollicitées de Nicolas Sarkozy.
Parce que je l’ai lue
Il peut m’arriver d’avoir un rejet immense d’une BD (remember), mais souvent, c’est juste “meh”. Ni bon, ni mauvais.
Parce que je ne vous connais pas
On suit les auteurs qu’on apprécie pour voir de quelle façon leur nouveau livre s’inscrit dans leur œuvre. C’est moins de place pour les autres.
Parce que je vous connais
Il est extrêmement gênant de chroniquer un livre signé par une personne qu’on fréquente IRL.
Parce que ce n’est pas le moment
La réalité des arbitrages éditoriaux. Il se peut qu’au moment où votre BD sort, il n’y ait : A/ pas de place dans le journal (d’autres articles prévus ou une actu forte qui vient tout balayer) B/ pas les forces (des journalistes occupés à d’autres choses ou tout simplement en congés). Tout ça pour dire qu’il y a tant de BD méritantes et tant de regrets dans ma vie.
Dupuis publie une remarquable intégrale de “Spirou” par Franquin, avec un premier volume qui couvre les années 1946-1950, dans une version fidèle aux planches originales. L’occasion de découvrir l’énergie cartoonesque de l’auteur, qui, c’est marrant, fait penser à Morris et ses premiers “Lucky Luke”, publiés à la même époque. Dans cet objet précieux, on trouve un grand dossier thématique, des documents inédits, mais aussi un avertissement bienvenu (ci-dessous). Je trouve que c’est absolument admirable de ne pas excuser mais de remettre en contexte, de la part d’une maison d’édition qui a dû traverser la polémique autour du dessin de Dany.
Cette intégrale contient les bandes dessinées réalisées par André Franquin entre 1946 et 1950. Ces « péchés de jeunesse » véhiculent des stéréotypes raciaux et une idéologie dont Franquin s’est désolidarisé par la suite.
L’auteur expliquait la présence de ces idées dans ces bandes dessinées par son éducation scolaire imprégnée de propagande coloniale, l’influence de son père sympathisant de l’Action française et le catholicisme militant de la maison d’édition Dupuis.
Cette édition critique, qui présente l’œuvre in extenso, au plus près des choix du dessinateur au moment de sa création, offre les possibilités d’une juste appréhension de l’évolution de la série et de la trajectoire de l’auteur. L’affirmation dans l’œuvre postérieure de Franquin de positions antimilitaristes, anticléricales et antiracistes s’avère d’autant plus significative qu’elle résulte d’un cheminement conduit tout au long de sa vie.
“Franck Bondoux travaillait en huis clos avec sa fille, Johanna” : Marguerite Demoëte, ancienne directrice artistique du Festival d’Angoulême, prend la parole publiquement pour la première fois au sujet du “management toxique” de 9e Art+, sur le site de Mediapart.
Quand t’as rien à dire, prends-t’en à la nomenclature. En plus de tenir à bout de bras l’ensemble du milieu, les autrices doivent subir le chipotage autour du mot “girlcott”. Une bonne réponse d’Obion.
Au moment où Angoulême dégringole, c’était très cool de fédérer une partie du landerneau à la cérémonie des First Print Awards. Belle soirée, bons roast, beaux prix.
Comme l’année dernière, je tiens régulièrement un calendrier de l’avent BD sur la chaîne Twitch de Kamuirobotics. Le récap des livres recommandés se trouve ici.
La rencontre qu’on n’attendait pas : Robert Crumb et George DiCaprio (le père de Leonardo).
Amis du shôjo, bonjour ! L’ouvrage culte “Le Cœur de Thomas”, enfin réédité par la magie des éditions Akata. En savoir plus sur la GOAT Moto Hagio.
Tirée du hors-série BD de “l’Obs”, l’histoire passionnante de la maison d’édition L’Association, fondée en 1990 par Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim, David B., Mattt Konture, Patrice Killoffer, Stanislas et Mokeït. Une utopie à la fois belle et douloureuse, dont il est intéressant de se rappeler au moment où L’Association traverse de grandes difficultés.
“Sangliers” de Lisa Blumen (L’Employé·e du moi) a reçu la Pépite bande dessinée au salon du livre jeunesse de Montreuil et c’est mérité.
“Certains croient sans doute à une homonymie, ils doivent se dire que ce n’est pas le même mec qui a fait ‘Ariol’ et ‘le Photographe’” : Emmanuel Guibert portraitisé dans “Libé”.
Dans le genre perte de temps, Crunchyroll rachète Kazé et le renomme Crunchyroll Manga. HarperCollins rachète Crunchyroll Manga. Crunchyroll Manga reprend son nom d’origine, Kazé.
Courts Bouillon est une très chouette newsletter sur la BD, bien plus belle que la mienne. Ses auteurs expliquent leur vision à Actualitté.
Le Canada a des timbres trop cools !? Avec des perso de BD qui lisent la BD dont ils sont le personnage. J’en profite pour glisser que “Environnement toxique” de Kate Beaton (Casterman) était un grand livre qui n’a pas trouvé l’écho qu’il méritait.
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