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BD sans modération · Nov 25, 2025

O Angoulême, where art thou

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Amandine Schmitt · BD sans modération

Mais. Quel. Bordel. Si l’on voit le verre à moitié plein, tout le monde parle BD, tes copains, tes collègues et même ta daronne. A moitié vide, on se tape l’affiche internationale. La crise du festival d’Angoulême, dossier technique à la base, est devenu un pataquès boursouflé. Une agonie qui n’en finit pas d’agoniser, que j’ai essayé de chroniquer pas à pas ici. Pour schématiser, l’association FIBD, mandant de l’événement, délègue la logistique à un prestataire nommé 9e Art+, dont les dysfonctionnements sur de nombreux plans ont été largement mis au jour. Or, après avoir fait croire à un appel d’offres juste pendant des mois, l’association FIBD vient de reconduire 9e Art+. Ce qui devait arriver arriva : les auteurs, suivis par leurs maisons d’édition, refusent de se rendre sur les bords de Charente fin janvier.

L’affaire aurait dû s’en tenir là : impossible de faire un festival sans les personnalités qui le font vivre. Sauf que l’asso FIBD ne lâche pas, ni 9e Art+, ni le maire qui se rappelle que les municipales arrivent en mars, ni la ministre de la Culture qui réalise que c’est le baiser de la mort pour une ville en manque de pôles d’attractivité.

On voit très bien où va désormais le narratif (par exemple ici) : blâmer les auteurs. Surtout les autrices, d’ailleurs, qui cassent l’ambiance en soirée et qui par leur entêtement volent le pain des commerçants angoumoisins. Désolant, quand on sait que cette crise dure depuis un an – et la naissance de cette newsletter. Je l’ai évoquée dans pratiquement tous mes billets. Le seul motif de colère légitime, c’est bien que personne ne s’est mobilisé à temps pour endiguer cette chronique d’une mort annoncée.

Saluons dans cette affaire le travail exemplaire de la PQN (“L’Humanité”, “Libé”, “Le Monde”…), mais aussi de la PQR. Bravo à “la Charente libre”, toujours à la pointe du dossier et du réseau angoumoisin (FOMO du festival où je m’achète la version papier pour la lire devant un thé en salle de presse) (PTSD du moment où un vieux monsieur s’est offert devant moi un magazine spécialisé dans le porno anal à 8h du mat) (true story) (trou story ?) (Passons.) “La Charente libre” a eu l’idée bien sentie de reproduire dans son intégralité un texte de Delphine Groux, présidente de l’association FIBD et donc personne qui a déclenché la foudre en choisissant de renouveler sa confiance à 9e Art+. Dans un move hallucinant, Groux a envoyé une lettre au ton vindicatif aux adhérents de l’asso pour se déresponsabiliser régler ses comptes faire le point. Un chef-d’œuvre de déni et de rage contenue qui mérite d’être étudié au bac. Morceaux choisis.

  1. Le fait qu’elle a été envoyée à 6h17. Les nuits sont courtes à Angoulême.

  2. “Fallait-il ne pas considérer la candidature de 9ème art +, au même titre que les autres, sous prétexte de l’existence d’ accusations sans preuves, alors que nous avions commencé à restructurer depuis des mois de nouvelles bases ?” Vu la réputation de 9e Art+, peut-être que sa candidature était effectivement à prendre avec des pincettes.

  3. “Ces pratiques dignes de la Terreur porteuses d’un affaiblissement de la démocratie où la désinformation se répand au travers d’une ‘justice en ligne’ ou plutôt une injustice en ligne”. La Terreur, excusez du peu.

  4. “Les journaux et les réseaux sociaux ne donnent qu’une information très parcellaire et très déformée.” Quelques lignes plus loin : “Pour celles et ceux qui ‘ont’ Facebook, je vous invite également à lire ce témoignage très touchant de Simona Mogavino”. Traduction : les réseaux sociaux mentent, sauf quand ils vont dans notre sens. À noter que l’intéressée a réagi en refusant que ses propos soient utilisés pour “légitimer une position ou un discours qui ne sont pas les [siens]”.

  5. “Peut-être avez-vous lu le projet du SNAC BD que ce syndicat a produit ces jours derniers. Si besoin, je vous communique le lien qui vous permettra de vous faire votre propre opinion sur leur ‘projet’. https://www.snac.fr/site/wp-content/uploads/2025/11/FIBD-3.O-DEF.pdf Tout le seum du monde dans ces guillemets sur “projet”. Pourtant, la proposition du SNAC pour un festival plus inclusif est certes utopique, mais loin d’être risible.

Heureuse d’avoir rejoint le jury des First Print Awards, qui me donne l’occasion de combler des lacunes en matière de comics de super-héros. Beaucoup de bouquins de la sélection m’ont plu. En voici un échantillon (qui ne présage en rien le palmarès). Serez-vous parmi nous le 5 décembre pour la cérémonie de remise des prix aux Lilas ? La billetterie est ouverte.

“Ultimate Spider-Man T01 : Mariés, deux enfants”, par Jonathan Hickman, David Messina, Marco Checchetto, Panini, 320 p., 32 euros (en sélection Meilleure série super-héros).

Vingt ans avant le début de notre histoire, un méchant nommé le Créateur a empêché la naissance des super-héros habituels. Peter Parker n’a donc pas été mordu par la fameuse araignée radioactive. Mais Iron Lad rétablit la situation et à quarante balais, marié, deux enfants, Peter Parker apprend qu’avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités. Il y a tout ce que j’aime dans cette série : de la sassiness ! Une Mary-Jane badass ! La fondation d’un journal ! Un makeover ! Le dessin de cet artiste du cheveu qu’est Marco Checchetto ! Mais l’argument suprême, c’est que Peter Parker a une barbe dans cette version. Mon royaume pour un sexy daddy.

“Beneath the Trees”, par Patrick Horvath, traduit par Margot Negroni, Ankama, 160 p., 19,95 euros (en sélection Meilleure série indé).

Samantha Strong, dame à tête d’ours, vit un quotidien idyllique dans la jolie petite bourgade de Woodbrook, “un endroit où l’on peut vivre à son rythme, enivré par les parfums du cèdre, du romarin et du trèfle”. Parfois, il faut qu’elle s’échappe dans la grande ville. Shopping ? Tourisme ? Pas vraiment. Samantha se laisse aller à ses pulsions et tue de sang-froid un inconnu. Un jour, un terrible assassinat survient à Woodbrook : Samantha a un concurrent. Il faut saluer le très joli dessin façon aquarelle de ce thriller qui se déroule dans un monde anthropomorphique enchanté. Une sorte de Sylvanians de l’horreur.

“La bande des bédémaniacs”, par Scott McCloud et Raina Telgemeier, traduit par Fanny Soubiran, Rue de Sèvres, 280 p., 16 euros (en sélection Meilleur album jeunesse).

Et si “L’art invisible” de Scott McCloud, BD culte sur les codes de la bande dessinée, existait version enfants ? C’est exactement ce que propose “La bande des bédémaniacs”. A travers le club fondé par Makayla, Howard, Lynda et Art, les plus jeunes peuvent en apprendre plus sur les relations entre dessinateur et scénariste, le matériel requis, les fanzines ou les conventions. Mais ce que cet album réussit avant tout, c’est montre une joie de créer communicative.

The Crow, par James O’Barr, Delcourt, 272 p., 20,50 euros (en sélection prix Claude Vistel des comics de patrimoine).

Ayant grandi dans les années 1990, je me rappelle de Brandon Lee, son smoky eye, sa combi de cuir et sa mort tragique dans l’adaptation d’Alex Proyas. Mais je n’avais jamais lu l’œuvre originale. C’est donc l’histoire d’un gusse grimé en clown macabre qui traque les ordures responsables du viol et de l’assassinat de sa petite amie. “The Crow”, c’est emo 101. Dark, romantique au sens classique du terme avec ces citations de Rimbaud et Baudelaire qui ponctuent le récit, d’une grande pureté dans sa quête. Cette esthétique (plus que le dessin) percutante avait tout pour propulser le protagoniste au rang d’icône.

Pourquoi jouer au UNO quand on peut jouer à “Réserve en médiathèque”.
  • Un épisode passionnant de The Pulse, produite par l’équipe de First Print, dans lequel Frédérick Sigrist fait le point sur la place de la pop culture dans le paysage médiatique en général et sur France Inter, d’où il a été remercié, en particulier. Le passage sur les non-dits dans son émission consacrée aux Schtroumpfs est savoureux.

  • “En terminant, la simple idée de me mettre à dessiner me donnait envie de pleurer” : pendant que la lumière est sur Angoulême, la précarité des auteurs de BD, vue par Benjamin Adam. On avait loué son “Inlandsis Inlandis” (Dargaud) ici.

  • Invitée à l’excellent festival BD Colomiers, l’autrice italienne Elena Mistrello s’est vue interdite d’entrée en France et rapatriée fissa, manifestement pour avoir participé à une manifestation en hommage à Clément Méric.

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Read the original on bdsansmoderation.substack.com

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