RSS Amplifier

BD sans modération · Sep 8, 2025

Boomer alert

0
Sign in to vote or save

Amandine Schmitt · BD sans modération

Ce n’est pas parce qu’un boomer à la tête du gouvernement nous enquiquine que les autres représentants de cette génération font profil bas. Ils sont même mis à l’honneur, comme au Bon Marché, qui a décidé de célébrer quelqu’un qui n’a jamais manqué de visibilité : Antoine de Caunes. L’événement est illustré par un autre (presque) boomer, Zep, avec toute une gamme déclinant la silhouette de… Didier L’Embrouille. Un personnage créé il y a quarante ans donc. Pour la modernité, on repassera. Le BM doit connaître sa clientèle. Le boomer Dominique Hé raconte lui ses souvenirs dans “La Porte ouverte” (Glénat). Le dessinateur de Marc Mathieu a croisé moult grands noms au cours de sa carrière, avec qui il a eu des interactions qui vont de l’anecdotique au vraiment très anecdotique. Il a aperçu Goscinny, a laissé Serge Clerc regarder Roland-Garros sur son canapé et s’est fait remettre à sa place par Annie Goetzinger. Bon, il a aussi été l’élève de Jean Giraud/Moebius à l’université expérimentale de Vincennes créée dans la foulée de Mai-68 (oui, il faut encore se farcir entendre parler de Mai-68). En 1972, Giraud a cédé son poste à Jean-Claude Mézières, dont le cours tournait essentiellement autour du “charnu” de Laureline. Allez, rideau. A mon tour de raconter à mes petits-enfants comment, nous aussi, on a tenté d’ébranler la société avec Nuit debout et Drag Race.

Rencontre au sommet.

Pour des raisons dont je ferai démesurément la pub en temps voulu, je m’intéresse actuellement à la maison d’édition L’Association, fondée en 1990 par JC Menu, Stanislas, Mattt Konture, Killoffer, Lewis Trondheim, David B. et Mokeït (parti peu après). Si la structure a connu bien des remous, elle n’en a pas moins bouleversé l’histoire de la bande dessinée, notamment en menant une vraie politique d’auteur. Je me suis procurée “Une histoire de L’Association” de Benjamin Caraco (Presses universitaires François-Rabelais, novembre 2024), ouvrage très complet qui comporte son lot de tableurs – je précise car je sais que ça en excite certains.

Un chapitre m’a titillée, c’est évidemment celui sur les rapports de L’Association avec la presse. L’éditeur a cultivé sa singularité en refusant de se plier à l’exercice du service de presse (envoyer des livres aux journalistes) et en suggérant de venir consulter les BD au local, “même lorsque le journaliste travaille pour la presse régionale”. En retour, la presse a eu une approche… plutôt bienveillante ? Portraits collectifs de ce groupe qui s’emparait des moyens de production ou portraits individuels de JC Menu, personnage en or avec son apparence immuable de héros de BD (marinière, cheveux en pétard). Et puis, il y a eu “Persepolis” de Marjane Satrapi, livre qui a mis tout le monde d’accord (la preuve) et permettait d’associer une dimension géopolitique au propos, soit à distance raisonnable des petits Miquets.

Ce qui n’a pas empêché Menu ni Trondheim de dénoncer dans leurs livres et dans la presse la pauvreté de la critique de bande dessinée. Franchement, des années après, je suis d’accord. La BD ne me semble toujours pas suffisamment représentée dans les médias par rapport à la richesse de son offre. Je finis sur une note amusante, avec cette interview de Trondheim en 2006, citée par Benjamin Caraco. Selon ce dernier, l’auteur de “Lapinot” a nuancé depuis son propos, mais quand même, ça reste savoureux :

“Les journalistes savent que je ne les aime pas. Surtout Yves-Marie Labé du Monde. Il y en a quelques autres aussi. J’aimerais bien nettoyer l’univers de la bande dessinée des pseudo-journalistes qui n’y connaissent rien. Je crois que le temps des consensus mous est fini, pour la BD et pour le reste. Il faut nommer nos ennemis, aussi puissants soient-ils. Par exemple Le Monde, c’est caca. Ce groupe a racheté Télérama pour en tirer le plus d’argent possible. Usuellement, ça ne se dit jamais, sinon on perd des articles et des ventes hypothétiques. Je me permets donc de chier dans la bouche de qui il me plaira afin d’être enfin un maillon qui permettra d’échapper à cette période sombre du pré-sarkozysme annoncée, du politiquement correct UMPien.”

“Palmer dans le rouge”, par René Pétillon et Manu Larcenet, Dargaud, 68 p., 17,50 €.

Disparu en 2018, René Pétillon avait laissé derrière lui le scénario pratiquement achevé d’une nouvelle aventure de Palmer, son détective favori et héros bien sûr de “L’Enquête corse”. Manu Larcenet a accepté de la dessiner et d’y injecter sa patte. Cette fois, Palmer est transplanté dans le Médoc pour enquêter sur la disparition de la jeune héritière d’un petit domaine en difficulté à la veille de son mariage avec un propriétaire venu de la Napa Valley. Palmer croit sentir un trafic de vin… Sa maladresse et sa candeur légendaires vont l’entraîner dans une suite de situations pas possibles. Larcenet, dont on ne compte plus le nombre de cordes à son arc, choisit le burlesque pour cet album gouleyant. Avec un joli final en forme d’hommage. Pétillon-Larcenet : assemblage réussi.

  • Attention, événement. Robert Crumb, 81 ans, sort de sa retraite pour publier un livre sur… la paranoïa. Dans ce recueil publié chez le prestigieux Fantagraphics, on trouvera une histoire dessinée d’après un scénario de son épouse Aline Kominsky-Crumb, disparue en 2022. “C’est absolument génial et totalement complotiste. Et tellement drôle”, a commenté Sophie Crumb, la fille de l’artiste.

  • “Notre affaire” (L’Iconoclaste) est un projet ambitieux, réunissant de nombreux talents de la bande dessinée (Nine Antico, Alix Garin, Florence Dupré La Tour, Quentin Zuttion, Chloé Wary…) pour explorer les différentes questions posées par le procès des viols de Mazan. Ironie du sort, voilà l’ouvrage rattrapé par des accusations de violences conjugales envers un des dessinateurs.

  • “Je n’expose que des artistes que j’aime” : portrait de la réputée Rina Zavagli-Mattotti, à la tête de la galerie Martel, spécialisée en BD.

  • Trauma de mon enfance, “Paracuellos” est un classique de la BD sur les maltraitances sur les enfants dans un internat catholique sous le franquisme. On apprend ici que personne n’a voulu publier Carlo Gimenez en Espagne avant que Gotlib ne vienne à sa rescousse dans “Fluide glacial”.

  • “Mais moi, peut-être n’ai-je pas envie de le faire, ce deuil” : les sœurs Wolinski évoquent avec émotion leur père, brutalement disparu dans l’attentat contre “Charlie Hebdo” en 2015, et la question de son héritage.

  • On parle d’un cataclysme dans le monde du manga. Qu’en est-il ? Le point ici.

  • Bien contente que les Américains accueillent à bras ouverts “Les Guerres de Lucas”, la BD très réussie de Laurent Hopman et Renaud Roche sur la fabrique chaotique de “Star Wars” (Deman éditions, 2023).

Aucun post

Read the original on bdsansmoderation.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.