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Le Refuge · Feb 22, 2026

L'odeur des pins

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Bastien Armand · Le Refuge

Oh, cette odeur de pin.

Comme elle est douce. Comme elle est belle. Je foule une terre de sable et voilà que les pins bruissent à mes narines. Leur vent me transporte. Un vent d’enfance. Un vent de loin. Oh, oui, un vent de loin.

Cette odeur, elle est vieillie. Elle a vu les années. Elle a traversé le temps pour me ravir de sa jeunesse. Parce que cette odeur, elle est merveilleusement jeune. Elle est l’innocence.

Elle est l’innocence du petit garçon qui courait en maillot de bain dans le sable, de retour de la plage. Ce garçon qui, pieds nus, foulait déjà ce sable brun.

D’ailleurs, ce garçon, quel âge avait-il ?

Enfin, je veux dire, quel poids faisait-il ?

Parce que, sous la réminiscence du pin, il paraît si léger. Ce garçon, il ne portait rien. Rien de plus qu’un maillot de bain. Et une serviette, peut-être. Tant de légèreté sur un petit corps !

Mais, où est-il maintenant ? Qui me l’a pris ? Qui donc a osé me priver de ce bambin si sûr de lui, ce plaisantin insupportable, ce joueur infatigable ? Tant de légèreté qui manque.

Là, je foule ce sable noir et mes pas sont lourds. Je pèse de tout mon poids sur les souvenirs de l’enfance.

Oh, cette odeur de pin. Cet air rouillé, sucré, caramel, et brûlé. Cette résine qui m’enivre et irrigue les veines de mon passé. Un passé trempé, mouillé d’eau de mer, collé dans le sable.

Quel doux sentiment que celui de la pinède que je ne prenais pas le temps de voir. Oh non! J’étais bien trop léger pour lever la tête. Bien trop insouciant pour me perdre dans les pins, dans leurs troncs élancés, leur bras maladroits et leurs nuages d’aiguilles. Oh, ces pins, qu’ils devaient être beaux à cet âge-là ! Comme le soleil devait se fondre, étincelant, sur ses buissons flottants ! Et le soleil, comme il devait couler, de toute sa lumière, sur le bois ocre du résineux ! Et les aiguilles, comme elles devaient briller, telles milles feux sous celui du ciel !

Qu’ils devaient être beaux, ces pins.

Mais je n’en savais rien. Et c’est bien cela, je crois, le plus beau.

Mais alors, le plus beau, c’est la beauté manquée ?

Ce qui est sûr, c’est qu’à cet âge, je ne savais rien. Oh, rien du tout. Pas la moindre esquisse de connaissance. Pas la moindre goutte de savoir.

Tout ce que je savais, à ce moment-là, quand je traversais la pinède, c’est qu’au bout de ce chemin sablonneux, il y avait la douche. Et que cette douche, elle me laverait de tout le sel, de tout le sable, et de toutes les folies de l’après-midi. Alors j’aurai la peau douce. Et, après la douche, il y aurait le canapé dur du bungalow. Et, sur ce canapé, j’engloutirai vite mes biscuits sucrés. Oh, ce moment, qu’il était bon, qu’il était pur. Parce que j’avais la peau douce. Et la peau douce sur un canapé dur, ça fait un moment doux.

Enfin voilà, l’odeur des pins, c’est un peu toutes ces choses. Et sûrement beaucoup d’autres. Mais les souvenirs sont flous.

Ce qui est sûr, c’est que je ne savais rien.

Pour ce petit garçon, il y avait ce moment sous les pins, entre la mer et la douche. Et rien d’autre. Avant, il n’y avait rien. Après, il n’y avait rien. Il n’y avait que les pins, la peau salée et le sable qui colle.

Et là, je foule ce sable noir. Je me regarde marcher d’un pas tranquille. Et je crois que mon malheur, il est là. Parce qu’aujourd’hui, je marche sous les pins, mes pieds dans le sable. Et je cherche autre chose.

Mais que puis-je bien chercher ? Moi-même je l’ignore. Une vérité ? Une paix ? Une réponse qui libère ? Quel malheureux je fais. Qu’il faut être fou, aveugle, et vieux (si ces trois mots ne sont pas la même chose!) pour chercher autre chose que ce qui est là, sous mes yeux.

Alors oui, je suis fou.

Je suis fou de croire, de penser, de savoir.

Et je suis encore plus fou de croire savoir.

Car vraiment, le bonheur, il est là. Dans le vent chaud de la pinède. Celui qui caresse les joues. Dans le sable. Sous les pieds. Dans l’écorce. Sous les mains.

Oh, cette odeur de pin.

Moins j’en sais, et plus elle me tient.

Peinture de William Henry Howe, Dunes and Scrub Pine (1901)

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Read the original on bastienarmnd.substack.com

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