RSS Amplifier

Le Refuge · Jun 21, 2026

Les larmes du ciel

0
Sign in to vote or save

Bastien Armand · Le Refuge

Henri contemplait les reflets argentés qui tapissaient la rue. À travers la vitre du café, son décor vacillait sous le vent de l’orage. Il pleuvait fort.

Dans ses écouteurs se joua un morceau aléatoire.

Mais l’aléatoire, à cet instant-là, le ramena à quelque chose de vieilli. Quelques notes de guitare et une voix douce. Peu de choses qui, dans le creux du salon feutré, sous la pâle lueur d’un ciel gris, suffirent à raviver dans son cœur une mélodie agréable. Un air de nostalgie figé par le temps. Une couleur belle et mélancolique.

Il y a des artistes qui laissent en vous une trace, une bande fine, indélébile et précieuse. Une trace qui brille dans l’épais fourré des souvenirs passés, et qui, parfois, ressurgit sans s’annoncer.

Mais ce morceau, oh... et ces notes-là, était pour Henri plus qu’une simple trace. Il était un fil d’or dans la toile de ses sentiments, un nuage perlé dans leur immensité grise. Il était une poudre d’étincelles, la poudre laissée par le feu de la vie qui a jailli si haut que jamais il n’est vraiment retombé et a imprimé, à tout jamais, quelque chose dans le firmament de l’âme.

Dissimulant son visage entre ses deux mains, il laissa des larmes couler sur les joues.

Dehors, la pluie battante redoublait.

Pourquoi certaines choses faisaient toujours l’effet d’un écho indicible ? Pourquoi cet écho semblait tenir autant l’amour, la joie et la lumière de quelques moments magnifiques que la frustration, l’espace et le vide laissés par tous ceux non vécus ?

Pourquoi ces notes le ramenaient à des instants empreints autant d’une joyeuse fulgurance et que d’une douleur poignante ? Pourquoi cette poudre d’or brillait-elle si fort dans le ciel de ses réminiscences ?

Et pourquoi avait-il le sentiment, tout à la fois, que rien n’était à refaire, que ses amours et ses amis avaient toujours été là pour lui, qu’il avait été heureux, qu’il avait vécu, grandement vécu, et que du bois de la vie il avait bu toute la sève et le jus, toutes les larmes et le sang, aussi grandement et puissamment qu’il l’avait pu, mais que pourtant, lui pensait n’avoir jamais été assez là pour eux —ses êtres chers, et que dans ses maladresses et ses manquements, dans ses idées fausses et ses croyances, il n’avait finalement pas su rire et danser autant que toute la forêt l’y invitait ?

Ah...

Cette douce amertume qui reparaissait vivement.

Les larmes en coulaient. Autant du ciel que des cils. Et la rue brillait de ses reflets argentés. Et les souvenirs resplendissaient.

Ils étaient beaux, ces souvenirs.

Ils étaient beaux.

Mais pourquoi mêmes les plus beaux faisaient-ils parfois mal ?

Peinture de Ferdinand du Puigaudeau, Bretonnes aux lampions à Notre-Dame-de-Trémalo

No posts

Read the original on bastienarmnd.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.