RSS Amplifier

Le Refuge · May 31, 2026

La chute est trop belle

0
Sign in to vote or save

Bastien Armand · Le Refuge

Se découvrir.

Peut-être la plus belle œuvre qui nous est donnée. La plus longue aussi.

Parfois, la plus effrayante.

Parfois même l’effet d’une chute.

Mais la chute est trop belle.

Car il y a en bas le plus doux des nuages. Et au bout du chemin le plus beau des jardins.

Mais ce jardin et ce nuage ne sont pas sans dépense. Car le clos du paisible ne l’est pas sans conscience.

Et dans l’herbe du songe s’en cache, ici et là, les brins rares et convoités. Ceux qui tiennent le trésor que nous sommes. Et quand ces brins nous soulèvent, alors nous sommes sauvés. Heureux, lavé, infiniment léger.

Mais la légèreté de la conscience est aussi le revers d’un abysse immense.

Elle est un souffle magnifique qui balaie sans cesse l’ombre de mes doutes. Elle est un crystal qui coule, un bain d’eau pure, un flot de paix qui jaillit et qui, de mes angoisses en lave les moindres gouttes.

Elle est la mer dans un verre et le ciel dans un astre.

Mais elle est un vide.

Un vide effroyable. Car depuis les hauteurs de l’ignorance révélée résonne aussi le silence de la solitude.

Et si le vent des incertitudes glisse sur le jardin de ma pensée, c’est parce que je ne suis plus qu’elle. Et du haut de cette finesse, de cet infiniment minuscule, de cette poussière étincelle qu’est la pensée devenue dérisoire, le reste du monde n’est plus. Il est merveilleux, beau et si léger. Mais il n’est plus. En tout cas, plus ce que je croyais.

Et si l’eau de son bain adoucit toutes les voix du mondes, elle rend aussi sourd aux humains qui les portent. Une surdité que je chérie. Mais une surdité qui a un prix.

Qui veut réellement se découvrir, découvre qu’il n’est personne.

Et pourtant il est tout.

Et celui qui nage dans la mer de la conscience n’est rien de plus qu’une goutte.
Et celui qui plane dans son ciel n’est pas plus signifiant qu’une étoile.

La légèreté de la conscience ne vient pas sans la chute. Mais une chute vers le ciel.

Et, pour ma part, une chute que je ne contrarierai plus.

Car la chute est trop belle.

Je n’omets plus les fautes et ne prends plus le tact. Je n’entends plus les doutes et ne vois plus les tâches. Car je ne suis plus le peintre. Tout au plus la toile. Et l’artiste ne s’inquiète plus quand il comprend que son œuvre n’est pas la sienne.

Je ne m’inquiète plus.

Ce Refuge n’est pas le mien.

Illustration de Jules-Edmond-Charles Lachaise, “Plafond avec ciel en trompe-l’œil rempli d’oiseaux”

No posts

Read the original on bastienarmnd.substack.com

Comments

Nothing yet. Say the first thing.

    Sign in to join the conversation.