Ici, on se penche sur l’acte de lire, sur ce que cela représente d’être lectrice, lecteur, à l’ère de Netflix, TikTok et Youtube. Toutes les deux semaines une thématique liée à la littérature et à la lecture dans ta boîte mail, pour te donner envie de (re)lire.
Cette newsletter a été créée en janvier 2023 et n’a aucun lien avec l’émission de radio qui a depuis emprunté ce nom.
Ces cinq mots qui semblent anodins renferment tout un programme. On y lit déjà en sous-texte une bonne dose d’injonctions, d’accusations, de blâmes et de « jamais assez ». Pas un jour sans qu’on ne les taxe de se détourner sans vergogne de la littérature.
Pour rappel, les anciens aussi lisent de moins en moins…
Et les jeunes dévorent ce qu’ils aiment, avec fougue et passion, prêts à s’envoyer des kilos de leur série manga préférée (ou Tom-Tom et Nana me concernant, passion famille Dubouchon).
Il y a un peu plus d’un an, j’appelais à leur foutre la paix.
Mais parfois, quand ça décroche, les parents peuvent se retrouver démunis. Je n’en suis pas encore là puisque ma fille ne veut jamais mettre fin aux histoires du soir pour nous retenir près d’elles et s’assurer que rien de grave n’arrivera à la Reine des neiges quand on aura relu le sauvetage du royaume d’Arendelle pour la 6488ème fois.
Comme je n’y connais donc rien ou à peu près, j’ai demandé à une pro. Esther, qui sévit sur le compte Instagram croqu’livre, parle à merveille de l’enjeu de la lecture chez les jeunes publics. Elle aide les parents à trouver les bons livres, au bon moment, pour leurs enfants et travaille avec les pros du livre et de l’éducation autour de la littérature jeunesse. Esther crée des ateliers clés en main, pour la classe ou la maison, sur des thèmes comme l’égalité filles-garçons, le harcèlement scolaire ou autre.
« Il ne lit pas. »
Cette phrase, on la prononce souvent avec un peu d’inquiétude… parfois même avec un brin de culpabilité.
Mais pas de panique : un enfant qui ne lit pas (ou pas encore), ce n’est pas un problème à corriger, c’est juste un lecteur qui n’a pas encore trouvé son déclic.
D’après l’étude Les jeunes Français et la lecture 2024 (CNL / Ipsos), les enfants et ados passent en moyenne 3 heures par jour devant les écrans, contre 19 minutes de lecture de loisir.
Mais plutôt que d’y voir une catastrophe, on peut y lire une réalité : les histoires n’ont pas disparu, elles ont simplement changé de support.
Films, podcasts, BD, réseaux sociaux : les jeunes lisent, mais autrement. Notre rôle, c’est de faire le pont entre ces univers et les livres.
Souvent, ce n’est pas un manque d’intérêt, mais un petit blocage en chemin.
Parce que lire rime avec devoir ou ennui.
Parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans les histoires proposées.
Parce qu’ils n’ont pas encore trouvé le format qui leur correspond : certains enfants ont besoin d’images, d’autres d’action, d’autres encore d’humour.
Ou simplement parce que leur quotidien est trop rempli : devoirs, activités, écrans, fatigue…
Lire à voix haute, même quelques minutes. Le partage compte plus que la durée.
Laisser le choix : aventure, mystère, rires, animaux, sciences… tout est bon pourvu que ça plaise.
Introduire des formats variés : bandes dessinées, livres-jeux, magazines, petits documentaires.
Créer un coin lecture joyeux et vivant, où les livres sont à portée de main, pas rangés comme des trésors inaccessibles.
Valoriser toutes les formes de lecture : mangas, romans graphiques, fantasy, récits de vie, essais engagés, journaux intimes, poésie contemporaine…
Accepter qu’ils puissent commencer sans finir — lire un passage, une nouvelle, un extrait, c’est déjà lire.
Relier la lecture à leurs centres d’intérêt : un sujet d’actu, un thème qui les touche, une émotion qu’ils reconnaissent.
Parler du livre après la lecture, pas pendant. Laisser venir leurs mots, leurs réactions, sans chercher “la bonne réponse”.
Lire, ce n’est pas cocher une case.
C’est ouvrir une porte vers l’imaginaire, la réflexion, la curiosité.
Un enfant qui rit devant une bulle de BD, qui écoute une histoire en podcast ou qui relit un passage qu’il aime — c’est déjà un lecteur.
La clé, c’est de remettre du plaisir dans l’équation.
De lui redonner la liberté de choisir, d’arrêter, de recommencer.
Parce qu’un enfant qu’on laisse respirer avec les livres finit toujours, un jour, par y revenir.
Un grand merci à Esther pour ces éclairages. J’adore cette ouverture déculpabilisante et qui remet le plaisir au centre ! Je vous conseille grandement de la suivre sur Instagram pour suivre toutes ses recommandations et ses décryptages passionnants et toujours justes autour de la littérature jeunesse.
Parcourez aussi la sélection du joli Prix Sorcières, fondé par L’ABF - Association des Bibliothécaires de France, avec le soutien de la Sofia, et l’Association des Librairies Spécialisées Jeunesse (ALSJ-Librairies Sorcières).
Au fil de mes pérégrinations, j’ai remarqué cette récente parution de Anne-Fleur Multon qui a l’air tout à fait dingue. Clémentine Beauvais en parle très bien
Qui est d’ailleurs un super compte à suivre sur le sujet, il fourmille de bonnes recos 🐜
À dans deux semaines pour un nouveau sujet littéraire. 👋
D’ici là, que vous soyez jeune sur le papier ou seulement dans votre tête, bonnes lectures !
Julia

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