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Aux livres etc. · Oct 17, 2025

Un livre par an, ça compte ?

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Julia Marras · Aux livres etc.

Ici, on se penche sur l’acte de lire, sur ce que cela représente d’être lectrice, lecteur, à l’ère de Netflix, TikTok et Youtube. Toutes les deux semaines une thématique liée à la littérature et à la lecture dans ta boîte mail, pour te donner envie de (re)lire.

Cette newsletter a été créée en janvier 2023 et n’a aucun lien avec l’émission de radio qui a depuis emprunté ce nom.

Je lis beaucoup, j’aime parler de livres, j’aime écouter parler de livres, trainer dans les librairies, collectionner les livres… Tant de choses très banales mais qui rendent ma passion (je crois qu’on peut lâcher le mot) plus forte, plus intense qu’être simplement lectrice. Car le lecteur est celui qui lit. Point. Que ce soit pour se distraire, s’informer, étudier, assimiler un mode d’emploi, rêver… C’est fou tout ce qu’on met derrière ce terme, des activités parfois opposées. Et que devient-on lorsque l’on referme son livre ? Qu’est-ce qu’un lecteur qui ne lit pas ?

Le mot liseur, lorsqu’il était utilisé, désignait une personne qui aime lire, qui lit beaucoup. Je suis donc une liseuse (ce que j’assume moyennement depuis Kindle) plus qu’une lectrice. Cet usage s’est malheureusement perdu et l’on se retrouve donc avec un qualificatif très large pour une personne qui lit (qu’elle aime cela ou non d’ailleurs).

La liseuse, version 2025, sponso par Jeff B. (néanmoins garantie sans IA)

Il y a bien le terme littérateur qui fait référence à la personne qui aime ce qui touche aux lettres, mais il a pris un revers péjoratif, pour qualifier un « écrivain à la petite semaine ».

À quoi les reconnait-on ces gens-là ? À part à leur pile à lire haute de 4 mètres et à leur newsletter sur la lecture ? 🙃

Ne partez pas trop vite retrouver votre roman du moment car vous découvrirez à la fin de cette infolettre des recommandations pour voir octobre en rose et une surprise inédite ! 💓

(Un art du teasing digne des scénaristes Netflix les plus vicieux ! 😈)

À quoi les reconnait-on ?

Que vous soyez une lectrice qui ne s’assume pas ou une adepte des émissions en replay qui écarquille les yeux quand on lui apprend qu’on peut passer plus d’une heure sur un livre, tentative de portrait des personnes qui lisent.

À partir de combien de livres se dit-on lecteur ?

63 % des Français en lisent au moins 5 par an (baromètre de la lecture 2025 du CNL)

Dans la suite de l’étude, c’est ce seuil qui définit une lecture régulière. Ça vous fera peut-être plaisir de savoir qu’on est qualifié dans la catégorie des grands lecteurs à partir de 20 livres par an.

On pourrait donc se fier à cette boussole... mais se plonger par exemple dans Artamène de Madeleine de Scudéry tous les jours toute l’année (je viens de découvrir que c’est, dans sa version originale, l’une des plus grandes œuvres en langue française avec… 14 000 pages…) représente un seul roman mais une sacrée expérience de lecteur.

Il semble bien impossible de placer un curseur précis et j’aurais tendance à opter pour la régularité : une personne qui lit fréquemment au cours d’une année peut être qualifiée de lectrice.

Je lis tous les jours, plusieurs fois par jour (c’est un luxe mais c’est une organisation, un sens des priorités dirigé vers la lecture)… et parfois, rien pendant une semaine (quand j’ai des périodes de travail extrêmement intense, à savoir 10 jours sur un salon de 8h à 20h 🙃). Moi qui lis plutôt en journée, ce n’est alors pas possible de prévoir ces plages de lecture et surtout mon esprit n’y est pas disposé.

Jeanne Seignol de la chaîne YouTube Jeannot se livre a abordé récemment la question de la santé mentale et de sa dépression qui l’a empêchée de lire.

Elle conseille à celles et ceux qui se sentiraient coupés de leur plaisir de lecture de se diriger vers les livres audios, de retrouver des lectures douces, celles de l’enfance par exemple et surtout d’être indulgent et de prendre son temps.

La bibliothérapie pourrait permettre de traverser des difficultés grâce aux livres et tend à se répandre en France. Love for Livres est une ressource dense à ce sujet.

On peut aussi avoir des pannes de lecture, c’est normal. Et j’avais évoqué quelques pistes ici.

S’il n’est pas possible de lire tout le temps, avoir toujours un livre en cours (et s’en souvenir) est plutôt bon signe.

On en a déjà parlé la dernière fois.

(Spoiler : ça aide, mais j’ai foi en l’humanité pour se dépatouiller un jour de ses carcans mentaux).

Je vous vois lever les yeux « elle a pété un câble, ça y est, elle ne sait plus quoi raconter pour essayer de retenir notre attention trois secondes » 🙄 (bon, j’espère que vous me lisez un peu plus longtemps que ça quand même). S’il faut savoir déchiffrer un texte pour le lire (oui, merci Sherlock, encore qu’on peut aussi l’écouter), il faut apprendre à lire pour se faire lecteur. C’est-à-dire créer du sens au-delà des mots apposés sur le papier. Rendre visible ce qui n’est pas écrit littéralement.

C’est Barthes qui a donné ses lettres de noblesse au lecteur (dans La mort de l’auteur), en tant que producteur de sens. C’est lui qui est à même, grâce à sa lecture, de faire émerger le signifiant, de donner vie au livre.

Je crois que tout part de là… Rien n’oblige à lire, il n’est gravé nulle part que tout humain doit lire ou périr. Un certain président clame d’ailleurs que ça ne servirait à rien. 😏 (Et dans le même temps il s’empresse d’en censurer une flopée, pas à une contradiction près.) Toujours est-il qu’on NE DOIT jamais lire ; on le fait parce que ça apporte tant de choses, et qu’on aime ça. Toujours utile de le rappeler, le jour où vous voyez une injonction ici, tapez-moi sur les doigts (avec un volume de la Pléiade svp).

Ce développement nous renvoie au point de départ, au mot de liseur, ou liseuse : le ou la lectrice est une personne qui aime lire ; celle qui crée du sens grâce à ce support écrit. Qu’importe qu’elle le fasse tous les jours, tous les ans seulement en vacances, sur une tablette qui lui a usurpé son nom ou dans le métro en jouant des coudes. C’est l’être qui ne peut faire autrement et qui, sans un livre près de lui, trouve le monde plus terne.

Ces réflexions ont été nourries par un cours que je suis actuellement sur la lecture littéraire, par Mme Amélie BARBARAS (HOBLINGRE), professeure agrégée de langue et de littérature françaises à Sorbonne Université. M’est avis que vous n’avez pas fini d’en entendre parler par ici, j’apprends énormément.

Beaucoup de problèmes ambiants (et sans doute structurels) rendent ces mots rares et néanmoins nécessaires, merci à l’université publique française ! Il existe bien d’autres manières d’apprendre mais avoir accès (à tout âge) à ces professeurs, chercheur·euses et expertes est une immense chance. 🙏

Le message sous-jacent ne va pas rester caché : pensez au dépistage ! 💓

Le cancer fait partie des épreuves de la vie, désormais devenu presque banal… S’intéresser aux histoires, au vécu des patientes, aux réalités derrière ce mot, c’est se doter de plus de clés pour comprendre et accompagner ses proches, ou pour vivre la maladie.

Parution toute récente, vous reconnaitrez peut-être ici l’autrice de Paco et du chef-d’œuvre Poisson fesse. Elle signe une BD très rock pour raconter son parcours face au cancer du sein avec humour et émotion.

Une histoire à la croisée des chemins, une autobiographie culinaire, quête de sens, qui nous amène sur les sentiers de la découverte par l’autrice de sa maladie.

Une série en trois tomes qui parle très bien de cette épreuve. Reprenant les posts du blog à succès de l’autrice elle raconte l’histoire de Lili depuis l’annonce de la maladie jusqu’à son opération du sein.

Un album résolument positif qui donne des clés de compréhension au malade et à ses proches, sur le ton de l’humour avec une grande dose de bienveillance.

Un témoignage fort d’une femme de 33 ans, je cite ses mots : « ce cancer ne m’a pas touchée pour rien, je vais en faire mon cheval de bataille. Me battre pour que les femmes de mon âge se sentent concernées, qu’elles fassent plus attention à leur poitrine, au moindre signe suspect. Pour que ce cancer soit connu du grand public et que l’on arrête de me dire qu’un cancer du sein se soigne bien. Alors que 12 000 femmes en meurent chaque année en France et que de plus en plus de jeunes femmes sont touchées… »

Tout est dit ?

Témoignage poignant d’une femme face à la maladie, ce livre est aussi un cheminement littéraire, philosophique et politique qui partant d’un regard historique se prolonge avec une réflexion sur la douleur et les traitements médicaux. Il aborde notamment les différences de prise en charge et de suivi en France et aux États-Unis.

Ces deux livres sont des témoignages qui découlent de podcasts poignants et très instructifs. À lire ou écouter.

Une amie chère, une des meilleures, que j’ai accompagnée sur la mise en mots de sa maladie, accepte de livrer ici ses mots et de partager ce premier épisode inédit de podcast avec nous. Un signe de confiance envers moi (et cette communauté) pour lequel je la remercie. Et surtout je suis fière d’elle ! ♥️

Elle parle de rapport aux seins, de ces moments où tout bascule. C’est là que tout commence.

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Une fois n’est pas coutume, je vous souhaite une bonne écoute !

À dans deux semaines pour un nouveau sujet littéraire. 👋

Julia

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