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Aux livres etc. · Nov 28, 2025

La littérature belge

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Julia Marras · Aux livres etc.

Ici, on se penche sur l’acte de lire, sur ce que cela représente d’être lectrice, lecteur, à l’ère de Netflix, TikTok et Youtube. Toutes les deux semaines une thématique liée à la littérature et à la lecture dans ta boîte mail, pour te donner envie de (re)lire.

Cette newsletter a été créée en janvier 2023 et n’a aucun lien avec l’émission de radio qui a depuis emprunté ce nom.

Nous revoilà avec Marion Olharan Lagan pour un nouveau book club qui offre un pas de côté ; en décalage avec l’actualité, la rentrée, les bonnes résolutions et le dry january…

Si vous aussi vous aimez lire à contre-courant, rejoignez-nous en janvier autour du thème du vin. 🍷

Une vision romancée, sensorielle et nippone d’un grand vin

📖 Romané-Conti 1935, Takeshi Kaikô

Une vision réaliste, contemporaine et inclusive du monde viticole

📖 Cher Pinard : un goût de révolution dans nos canons, Sandrine Goeyvaerts

👉 Nous vous proposons une rencontre en ligne avec l’autrice le 15 janvier à 13h (1h).

Bien que minimes, des frais d’inscription sont à engager pour nous permettre de financer un abonnement à un logiciel de visioconférence avec de meilleures fonctionnalités d’échange.

👉 Nous proposons également une rencontre à Paris, à la librairie l’Instant (que l’on peut désormais qualifier de QG) avec Marion et moi pour échanger sur les deux livres sélectionnés. Elle aura lieu le 9 janvier à 19h30.

Un pot (vinifié, et avec option sans alcool) sera proposé grâce à vos participations.

Une bibliographie sera proposée aux participant·es pour approfondir et continuer à vous abreuver de ce thème.

Inscription Lire à la marge

En ce mois de novembre, avait lieu la campagne #Lisezvouslebelge orchestrée par l’agence Wallonie-Bruxelles International et le Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Peut-être êtes-vous passé à côté si vous ne perdez pas de temps sur Instagram, si vous n’êtes pas dans la niche littérature de l’algorithme et/ou ne vivez pas en Belgique… espace où cette opération s’est principalement déroulée.

Si, donc, vous l’avez ratée, je me réjouis d’y faire écho juste à temps en cette fin novembre.

Tintin dans nos souvenirs d’enfance ? Amélie Nothomb et sa publication annuelle ? Maeterlinck et son prix Nobel ?

La Belgique littéraire dans mon esprit

Pour ma part, bien peu de choses. Avant mon enquête, j’étais bien en peine d’en citer davantage (je triche un peu car j’apprécie notamment Antoine Wauthers depuis plusieurs années). Et je dois avouer que je ne savais pas qui était Caroline Lamarche avant qu’on en parle autant lors de la dernière sélection Goncourt.

Il suffit de pousser la porte de la librairie belge à Paris pour entrer dans un autre monde. Les tables sont radicalement différentes de celles des librairies voisines, les maisons d’édition me sont inconnues et la plupart des noms d’auteur·ices aussi !

Jetez un œil par ici pour avoir un aperçu virtuel de cette expérience.

Est-ce que donc la Belgique exprime sa vie littéraire dans son coin ? Les auteur·ices du plat pays se fondent-ils dans notre paysage littéraire ? Existe-t-il même une littérature belge ?

Il faut d’emblée souligner la particularité de ce pays avec sa dimension biculturelle. Les écrivain·es belges sont couramment rattachés à la littérature française ou à la néerlandaise selon leur langue. On s’intéressera ici à la littérature belge francophone, car nous avons plus facilement accès à ces textes ; j’aime me tourner dès que je le peux vers la production de la francophonie dans son ensemble, pour ces ouvrages, ces regards étrangers accessibles dans leur langue d’origine.

Déjà parce que la Belgique ne nait en tant que nation qu’en 1830. Elle est d’ailleurs un terrain littéraire de premier plan pour bon nombre d’artistes français en exil au XIXe (Baudelaire, Hugo, Huysmans…). Rachilde aussi y publiera son Monsieur Vénus pour échapper à la censure française.

Dessin de F. Lix représentant Victor Hugo et Alexandre Dumas partant d’Anvers le 1er août 1852. © domaine public / Wikimedia Commons

La vie littéraire « locale » ne se fédère qu’au tournant des années 1880 avec la naissance notamment de la revue La Jeune Belgique. Se développe alors un discours critique autour des œuvres d’auteurs belges qui structure davantage la production littéraire et culturelle.

Le romancier Camille Lemonnier, Georges Rodenbach, le poète Emile Verhaeren, Maurice Maeterlinck sont les écrivains les plus cités, à l’origine de la littérature belge et qui en dépassent les frontières. On peut aussi mentionner Marguerite Coppin qui serait une des rares femmes à publier en Français hors de France (à la fin du XIXème).

Si ce ne sont pas les seuls ni les premiers auteurs du plat pays, ce sont « les fondateurs de la personnalité littéraire de la Belgique. Tout en écrivant en français, ces écrivains si variés de ton et d’inspiration sont demeurés foncièrement attachés à leur pays natal. » (Remy de Gourmont, dans La Belgique littéraire, 1915, aux éditions Casimiro — source principale de cet article).

Remy de Gourmont souligne aussi qu’un « homme né et élevé en pays flamand, en contact perpétuel avec les gens du terroir, ne peut ni parler, ni écrire le français comme un habitant de Saint-Cloud. »

Il est affaire de point de vue sur le monde, de culture mais aussi de langue quand on travaille le français depuis un pays de la francophonie. Avec tout ce que la manière de parler, l’idiome fait à la langue française telle qu’on la connait en France ou ailleurs.

Un des marqueurs littéraires belges serait d’ailleurs la quête de cette identité propre. Qu’est-ce qu’être belge ? Qu’est-ce qu’être un auteur belge ?

« Ce que je trouve très intéressant, c’est la recherche d’une identité littéraire en Belgique. Cette question nous occupe depuis le XIXe siècle. En France, vous êtes dans le sillage de tous ces grands écrivains. Ici, nous nous demandons toujours comment nous affranchir, en tant qu’écrivains belges, de la France ou des Pays-Bas. Ce questionnement identitaire est tout à fait fondamental chez les auteurs de langue française aussi bien que néerlandaise. » Caroline de Mulder, autrice belge et professeur d’université, pour Les Plats Pays

(En aparté : dans cet article très intéressant on apprend notamment que la littérature belge n’entre à l’université en Belgique qu’en 2023 !)

Marguerite Yourcenar, par exemple, née à Bruxelles, est bien considérée comme une autrice française. Elle n’a pas grandi en Belgique, ni développé d’attaches (semble-t-il) à ce pays, et a été bercée par la culture française. Elle s’est inscrite dès ses débuts dans ce milieu et cette tradition littéraire française.

Amélie Nothomb, elle, ne serait-elle pas davantage une autrice japonaise que belge (comme elle en joue elle-même, sans pour autant se revendiquer comme telle) ? Pourtant, ne la voit-on pas souvent comme une autrice française finalement ?

Et pour cause, elle est éditée en France.

Sans rentrer dans des considérations de dynamiques éditoriales, la France offrirait un marché avec davantage de débouchés (6 fois plus d’habitants que nos voisins 🇧🇪), sans se soucier de contraintes d’import. Je n’ai pas exploré ce point en profondeur, j’écris depuis mon statut de lectrice, donc je laisse le soin à quiconque serait un pro de la question de détailler en commentaire ou par mail. 🙏

Impossible de parler de la Belgique sans souligner la forte présence de la BD dans leur production littéraire. Le pays s’est imposé comme la référence européenne de cet art.

D’où cela vient-il ? C’est amusant de constater que cela serait lié à la place accordée aux récits illustrés dans les quotidiens au début des années 30 sous forme de feuilletons. Ça ne vous rappelle rien ? La BD belge serait ce qu’est le roman français du XIXe, puisant la source de sa popularité dans la presse.

C’est Hergé qui y introduit dans Tintin le phylactère moderne (💬) à la place des cases (pratique qui existait déjà aux US depuis le début du XXe), énorme succès, la suite fait partie de l’histoire. La Belgique devient le centre de la BD en Europe.

J’ai vulgarisé à grands traits, vous trouverez plus d’infos par ici sur ce sujet très riche.

Rien ne nous y oblige évidemment et l’on aurait bien assez à faire avec la somme affolante d’ouvrages de littérature française. Rien ne nous y pousse non plus.

Mais, je crois que quand on aime la littérature on aime explorer l’altérité, découvrir des ailleurs et des autrement.

La production littéraire belge, encore en quête d’elle-même et d’équilibre entre ses deux cultures, est vive et foisonnante et nous offre l’occasion de nous ouvrir à de nouveaux horizons, se tourner vers d’autres manières d’écrire et des auteurs et autrices novateurs.

Celles que je m’apprête à suivre après ces explorations. À vous de m’en conseiller pour la suite. 😉

📚 Ce dossier passionnant offre une sélection des incontournables de la littérature belge avec des clés de compréhension pour chaque titre.

💫 Sur ma liste, Les femmes de Louxor de Claire Huynen qui vient de remporter le Prix Victor Rossel (le “Goncourt belge”).

✅ Du côté d’Instagram, j’ai enregistré ces 10 recos pour découvrir la littérature belge :

À dans deux semaines pour un nouveau sujet littéraire !

D’ici là, bonnes lectures belges, françaises, camerounaises, chinoises ou colombiennes. (Liste non exhaustive. 😇)

Julia

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