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Aux livres etc. · Dec 12, 2025

Dernières découvertes avant 2026 📚

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Julia Marras · Aux livres etc.

Ici, on se penche sur l’acte de lire, sur ce que cela représente d’être lectrice, lecteur, à l’ère de Netflix, TikTok et Youtube. Toutes les deux semaines une thématique liée à la littérature et à la lecture dans ta boîte mail, pour te donner envie de (re)lire.

Cette newsletter a été créée en janvier 2023 et n’a aucun lien avec l’émission de radio qui a depuis emprunté ce nom.

Dans cette newsletter, aucune parution de l’année, aucune nouveauté, que des livres dans lesquels j’ai enfin pris le temps de me plonger et qui m’ont fait un bien fou.

J’ai renoué avec le plaisir d’être « rafraîchie » par des ouvrages moins récents, qui ne défraient pas la chronique et qu’on ne voit pas passer à tout bout de champ dans son feed Instagram (j’en reparle plus bas) ! J’adore suivre les rentrées littéraires et publications au fil de l’année tout autant que j’aime parfois m’en mettre en retrait. Et le mois de décembre est une bonne période pour ça.

Selon un sondage très exhaustif auprès des mes abonné·es Instagram, 91 % d’entre eux ne connaitraient pas du tout Rachilde, et peut-être est-ce aussi ton cas ?

Je ne sais plus bien comment je l’ai découverte, j’en avais entendu parler l’an dernier, j’avais prévu de la lire et le temps a passé. J’ai suivi un cours ce mois-ci sur cette autrice et j’ai enfin ouvert Monsieur Vénus (l’œuvre qui l’a mise sur le devant de la scène) : une révélation !

J’ai partagé une brève vidéo sur le roman mais je voulais revenir plus en détail sur le personnage, la femme, l’autrice.

Non seulement elle est drôle (ce qui était plutôt rare en littérature à l’époque) et elle aborde, dans ses romans, des thèmes qui restent grandement d’actualité : la domination de genre et de classe notamment.

Sa question phare : que faire de sa féminité ? Qu’est-ce qu’une femme peut faire de sa condition ? Mais gare à ne pas trop vite la qualifier de féministe, elle ne se positionne pas comme telle (au contraire) et préfère jouer, imaginer, penser la féminité et l’ambiguïté des genres au lieu de revendiquer des droits ou l’égalité entre les sexes. Elle questionne le pouvoir pour plier le monde à son désir.

Elle portait le pantalon, pratiquait l’escrime, elle a pris un pseudo androgyne et aimait à se présenter comme Homme de lettres. Marguerite Eymery (de son vrai nom), qui a obtenu un permis de travestissement de la préfecture de police de Paris à 24 ans, jouait de la fluidité des genres (mot bien sûr anachronique) et se travestissait pour contrevenir à l’ordre social, bousculer et jouir des bénéfices masculins. Elle s’inscrit dans le mouvement décadent, fait scandale et provoque ; elle ne peut pas laisser indifférente. Elle reste toutefois dans sa vie « sage », bourgeoise (selon Verlaine) et chaste. On comprend qu’elle s’est construit un personnage à la ville, pour entretenir un discours et un mythe littéraire.

Grande amatrice de Lettres, elle lisait tout ce qui paraissait en son temps, notamment pour la rédaction de critiques au Mercure de France, pour lequel elle a tenu un salon qui a beaucoup fait pour cette maison. Elle y a côtoyé des écrivains comme Verlaine, Huysmans, Apollinaire, Mallarmé, Gide, Mallarmé ou Wilde (a man world…)…

Rachilde a totalement incarné la littérature française de son époque. Ce n’est pas une femme que l’on « dégote » aujourd’hui pour des raisons de parité, sa notoriété était avérée. Elle a aussi eu une œuvre prolixe, avec plus de 70 ouvrages et en s’adonnant à des genres différents.

Très prolixe au début du XXe siècle, dès l’après-Première Guerre elle est dénigrée par les surréalistes (qu’elle a choisi de ne pas soutenir) et l’avant-garde, jugée trop conservatrice. Elle finira par mourir dans l’oubli en 1953.

La rumeur veut que ses droits aient été mal gérés ce qui a nui à sa postérité, mais elle a fait son entrée dans le domaine public l’an dernier. Des rééditions ont vu le jour il y a quelques années, les universitaires s’y réintéressent davantage… M’est avis qu’on n’a pas fini d’en entendre parler.

Rachilde a été taxée d’antisémitisme. Je le découvre à l’issue de mes recherches seulement, et cela entache absolument la fascination pour l’autrice comme pour le personnage. Sans pour autant occulter la part indéfendable et condamnable de son discours antisémite et xénophobe (inscrit dans son patriotisme), je continuerai à me pencher sur sa vie et sa production littéraire en m’attachant principalement à ses questionnements sur le genre, qui éclairent son œuvre et son époque d’une lumière aussi radicale que précieuse.

(À noter que si elle était vivante ç’aurait bien sûr été totalement différent et elle ne trouverait pas sa place ici ni dans ma bibliothèque. Je n’encourage pas son discours ni ne le rémunère [l’autrice étant décédée et ses droits étant publics], je l’envisage en tant qu’objet d’étude littéraire sur une thématique précise.)

Dans sa Poésie du gérondif, JP Minaudier nous offre un cours de linguistique ou plutôt une déclaration d’amour aux langues et à la grammaire, lui qui est un amateur éclairé de cette étude.

Et on peut dire qu’il a le sens de (l’humour et de) la transmission. Sa passion est contagieuse, il nous embarque au pays du ! xoon, du motuna et du chamorro et nous le suivons, étonnés, impressionnés et subjugués par une telle richesse linguistique (on recense à ce jour environ 6000 idiomes dont certaines ont disparu). Comme il le souligne, s’ouvrir aux langues c’est s’ouvrir au monde et à la tolérance. La connaissance vient tuer les clichés et lieux communs sur les autres peuples.

« Une grammaire est pour moi une invitation à la découverte de l’autre. »

Pour couronner le tout, il y a plus de notes de bas de page (ma passion !) que de texte et elles sont absolument savoureuses !

Écrirais-je un jour une ode aux notes de bas de page ? Minaudier sera sans aucun doute star en mon récit (comme Doan Bui pour la Tour. 🫶 C’est d’ailleurs grâce à elle que j’ai découvert ce livre).

J’ai adoré y songer à ces langues sans verbes être ni avoir (inimaginable en français), à celles sans temps verbaux, sans genres et aux langues « orphelines » (isolats) comme le coréen. Il y a beaucoup d’extraits que j’aimerai partager mais je vous laisserai vous plonger dans ce texte savoureux.

Une pépite, ou plutôt une mine d’or, dans laquelle on se balade avec émerveillement et délectation.

Tout petit craquage pour ce Folio à 3 €, Des Heures à lire, dans lequel sont réunis de courts essais de Virginia Woolf. Je n’ai jamais corné autant de pages d’un livre (sauf peut-être celui-ci), car tout m’a parlé, dès le début. Je n’ai pas trouvé meilleurs moyens de vous partager cela que de vous lire le premier texte (dans lequel j’ai fait des coupes, qu’on peut se figurer avec les bruits de page).

7 minutes de lecture, moins long que le vocal de ton ami qui s’est remis avec son ex, à écouter comme un podcast, sur la manière dont on aborde la lecture (en lecteurs innocents et désintéressés), les classiques et leur dialogue avec les écrits contemporains.

Bonne écoute, j’espère que cet interlude vous plaira.

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Dans le reste de ce recueil, Virginia Woolf livre son regard sur la fiction de son temps (James Joyce est en train de dévoiler Ulysse, qu’elle a accueilli avec entrain), une promenade nocturne près de la mer, une seconde dans Londres en quête d’un crayon (et de rêveries) et son discours bien connu au National Society for Women’s Service dans lequel elle appelle les femmes à tuer l’Ange du foyer.

Un must abordable à tout point de vue pour les amoureux·ses de la littérature et de Virginia.

On voit de plus en plus de romans partagés par des influenceurs qui ne sont pas spécialement orientés vers la littérature. Je comprends que les éditeurs veuillent sortir des comptes étiquetés Bookstagram pour toucher plus loin, mais publier un coup de cœur (argumenté, mesuré, comparé) est bien différent d’une collaboration commerciale. Et surtout, le placement de produit est un peu derrière nous, non ?

Alors comment les impliquer davantage ? Quelques pistes en passant (c’est Noël 🎁) :

  • Des Bookclubs pour aller plus loin et échanger de vrais avis

  • Solliciter des comptes rendus honnêtes si vous croyez en vos livres et faites un bon casting (c’est-à-dire aller plus loin que reprendre la 4ème de couv).

  • Les embarquer avec un auteur ou dans un événement

Peut-être avez-vous déjà lu ou connaissez-vous l’histoire de l’Imposteur ?

Enric Marco, un homme ordinaire, a trompé l’Espagne pendant trente ans en affirmant avoir survécu aux camps de concentration nazis, jusqu’à devenir président de l’Amicale des anciens déportés de Mauthausen. Un mensonge qui a mis trente ans à être dévoilé ! Javier Cercas y consacrera un livre fascinant, l’Imposteur  donc.

Dans ce documentaire captivant, l’écrivain revient sur cette histoire et dépeint son processus de travail, aux côtés d’Enric Marco, pour restituer au mieux la psychologie de cet homme et ce qui a sous-tendu son imposture.

À voir que vous ayez lu ou non l’Imposteur pour sonder les mécaniques du mensonge et de la mémoire.

La réalisatrice a rencontré des lycéennes et lycéens qui étudient Annie Ernaux. On les entend commenter ses ouvrages, en discuter avec leurs professeurs et surtout entre eux. Et ça m’a bouleversée d’écouter ces adolescents parler d’Annie (comme ils disent), de la simplicité de ses phrases, d’une proximité qu’ils trouvent dans ses textes. De constater à quel point son œuvre les touche. Ils y perçoivent un écho à leur vie, à leurs problèmes et sont souvent émus, troublés par les récits socio-biographiques d’Ernaux. C’est la magie de la littérature (de la littérature du réel plus encore ?) et il m’a fallu moins de 10 minutes pour avoir les larmes aux yeux. On devrait tous toujours parler des livres comme ça, « j’aime », « ça me touche », « ça c’est bien » et des « ce que je comprends c’est que… ».

« J’ai aimé qu’Annie Ernaux parle de sa propre histoire mais qu’elle arrive quand même à nous faire poser des questions sur nos propres familles. Je trouve que c’était intéressant ». Une des lycéennes filmées dans le reportage, dans son rapport très direct à sa lecture.

Le lieu où il a vécu et créé une partie de son œuvre est menacé de disparition par un projet d’agrandissement du Moulin Rouge. Ce lieu emblématique, véritable morceau de notre patrimoine littéraire mérite d’être préservé, protégé et ouvert au public. Une pétition à soutenir pour faire rayonner l’héritage de ce grand poète !

Avant d’acheter un livre, passe-le au scanner WhoISBN (Android seulement) pour voir à qui profite ton achat et qui possède son éditeur. Un outil d’utilité publique.

Pas de recommandations de livres à offrir pour un beau-frère qui n’aime que le ping-pong ou une belle sœur en burn-out… Si vous voulez des conseils adéquats, justes et originaux, les seuls vers qui vous tourner sont les libraires. Et ils en ont besoin en ce moment.

Par contre, si besoin d’alimenter votre liste au père Noël, vous pouvez lui suggérer les deux romans qui seront à l’honneur du prochain book club Lire à la marge sur le thème du vin. 🍷 Et il pourrait même, avec son cadeau, vous glisser un accès à nos événements à venir autour de ces livres. 🙂

Inscription Lire à la marge

Les vidéos en alexandrins de la comédienne Suzanne Gardeux

Il n’y a que trois épisodes à ce jour, j’attends impatiemment la suite.

Réjouissant.

On se retrouve probablement après Noël. 🎄

Belles fêtes à celles et ceux qui les célèbrent, bonne hibernation aux autres, ajoutez éventuellement au programme une soirée Jólabókaflód et à dans deux semaines.

Julia

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