10 livres pour aborder la littérature féministe marocaine

En l’honneur du Maroc, pays invité du festival du livre de Paris 2025, nous avons élaboré cette sélection d’autrices féministes qui en sont originaires. Dans le but de vous proposer des livres que vous puissiez vous procurer facilement, les ouvrages de cette liste ont le plus souvent été écrits par des autrices franco-marocaines et ont été publiés par des maisons d’éditions françaises. Cette bibliographie n’est donc pas vraiment représentative de la littérature féministe marocaine. Au cours de nos recherches, nous avons croisé la route d’autrices marocaines que nous aurions adoré lire, mais qui ne sont hélas plus du tout éditées, ou qui n’ont même jamais été traduites :
Nous aurions voulu vous conseiller l’Année de l’Éléphant de Leila Abouzeid, par exemple, première écrivaine marocaine dont les œuvres ont été traduites et publiées en anglais, ou encore Aicha la rebelle de Halima Ben Haddou. Nous aurions aussi aimé pouvoir inclure dans notre bibliographie les œuvres de Houria Boussejra ou de Latifa R’kha Chaham, toutes deux romancières engagées et féministes, malheureusement celles-ci aussi sont introuvables. Khnata Bennouna (en arabe : خناثة بنونة), née à Fès en 1940 est la première femme marocaine à obtenir sa carte de journaliste. Ses romans n’ont jamais été traduits, ce qui est vraiment regrettable, notamment pour “Annar Wa Al Ikhtiyar” (1971) qui lui a valu le Prix du livre du Maroc.

Hajar Azell
L’envers de l’été
Galllimard, 2021
Dans la grande maison familiale au bord de la Méditerranée, Gaïa vient de mourir. May, sa petite-fille, qui a grandi en France, éprouve le besoin de passer quelques mois dans la maison avant sa mise en vente, en dehors de la belle saison. Elle y découvre, en même temps que la réalité d’un pays qu’elle croyait familier, le passé des femmes de sa lignée. En particulier celui de Nina, la fille adoptive de Gaïa, tenue écartée de l’héritage. Le paradis de son enfance se révèle rempli de blessures gardées secrètes. Derrière la sensualité du décor, Hajar Azell fait apparaître l’extrême violence des rapports familiaux et des interdits sociaux qui pèsent principalement sur les femmes. Elle décrit aussi les coulisses du bonheur, les parenthèses ensoleillées des vacances en famille qui laisseront au cœur de ceux qui repartent une profonde nostalgie et chez ceux qui restent une douleur lancinante.

Saphia Azzeddine
Bilqiss
Stock, 2015
« Vous priez encore Dieu ?
–Bien sûr. Pourquoi ne le ferais-je pas ?
–Eh bien, il me semble qu’Il vous a abandonnée ces derniers temps.
–Allah ne m’a jamais abandonnée, c’est nous qui L’avons semé. »
Bilqiss est l’héroïne de ce roman : c’est une femme indocile dans un pays où il vaut mieux être n’importe quoi d’autre et si possible un volatile. On l’a jugée, on l’a condamnée, on va la lapider. Qui lui lancera la première pierre ? Qui du juge au désir enfoui ou de la reporter américaine aux belles intentions lui ôtera la vie ? Le roman puissant de Saphia Azzeddine est l’histoire d’une femme, frondeuse et libre, qui se réapproprie Allah.

Leïla Bahsaïn
Le ciel sous nos pas
Albin Michel, 2019
Dans ce premier roman plein d’énergie aux allures de conte moderne, Leila Bashain, lauréate du prix de la Nouvelle de Tanger 2011, évoque dans une langue sensuelle, insolente et métissée, le parcours d’une jeune marocaine, depuis son enfance dans son pays natal à son arrivée en France.
Décomplexée vis- à-vis des hommes et de l’Occident, elle va vivre mille aventures, telle une Zazie moderne, entre rires et larmes ! Et briser un tabou : le pays des Lumières n’est pas la partie rêvée des droits de la femme maghrébine.

Rajae Benchemsi
Marrakech, lumière d’exil
Sabine Wespieser, 2003
Place Jemaa-el-Fna. Bahia tatoue au henné les mains des touristes. Plongée dans la contemplation de ce geste ancestral, la narratrice se laisse envahir par la magie des lieux et le mystère de ses origines féodales. Revenue depuis peu à Marrakech, elle tente de faire sortir la fille de Bahia de l’asile psychiatrique où elle survit aux confins de l’hébétude. Dans un récit qui superpose ses interrogations propres au traumatisme de la jeune autiste, elle convoque la lignée des femmes dont elle est issue. Par-delà l’image convenue de la femme sacrifiée, Rajae Benchemsi découvre, en évoquant de l’intérieur le destin de ses aïeules musulmanes, le visage d’un autre Islam, de générosité, de raffinement arobo-andalou et de beauté.

Lamia Berrada-Berca
Kant et la petite robe rouge
Éditions du Sirocco, 2021
Une jeune femme portant la burka sous la pression de son mari découvre peu à peu son libre-arbitre. C’est le début d’une lente métamorphose vécue de l’intérieur…
Une ode à la liberté émancipatrice qu’offrent le savoir et la raison face à l’ignorance et aux discours rétrogrades, mais également une ode à la féminité reconquise, à travers le symbole d’une petite robe rouge érigée en obscur objet du désir.
Sous le regard des autres et reconnectée enfin au sien, Aminata chemine en tant que femme, épouse et mère, mue par l’audace nouvelle de ce rouge-cri qui vient bouleverser le cours de sa vie.

Fatna El Bouih
Toutes peines confondues. De la disparition forcée à l’engagement citoyen, parcours d’une ex-détenue politique marocaine
iXe, 2025
Fatna el-Bouih a vingt et un ans lorsqu’elle est arrêtée en 1977 pour “atteinte à la sûreté de l’État”. Sous le règne du roi Hassan II, son pays, le Maroc, vit la tourmente des “années de plomb” au cours desquelles la torture, les disparitions forcées, les détentions arbitraires sont utilisées à tout-va contre les opposant·es au régime. Première prisonnière politique marocaine à avoir publié sur son expérience carcérale, Fatna el-Bouih s’est saisie de la plume comme d’une arme : à la fois pour témoigner des violences spécifiques qui sévissaient alors dans les quartiers pour femmes des prisons, et pour reprendre pied dans le monde des vivants, ancrer son parcours dans une histoire collective.

Souad Jamai
Le serment du dernier messager
Eddif Maroc, 2021
Yélif, jeune chirurgien, découvre des pratiques pour le moins inquiétantes au sein de l’hôpital où il exerce. De fil en aiguille, il met la lumière sur une sombre manipulation mêlant firmes pharmaceutiques et compagnies d’assurance. Il est aidé dans son enquête par Ali, un vieux médecin au regard mêlé de cynisme et de dérision, et par Azel, une consœur, qui croise sa route et bouleverse sa vie. Transhumanisme effréné, médecine sous influence mais aussi quête personnelle et questions existentielles sont les thématiques qui traversent cette dystopie et nous plongent dans les enjeux d’une société se transformant à vive allure et ayant fait le choix de la technicité au détriment de l’humain. Un conte du futur pour nous éclairer sur les anomalies du présent.

La poule et son cumin
Zineb Mekouar
Points, 2023
Deux jeunes femmes, deux destins, deux Maroc. Si une forte amitié lie dans l’enfance Kenza et Fatiha, la réalité de la société marocaine les rattrape, peu à peu, dans sa sourde cruauté. Fin 2011, elles se retrouvent à Casablanca. Que s’est-il passé entre-temps ? Quelles trahisons les séparent ? Dans un pays qui punit l’avortement et interdit l’amour hors mariage, comment ces deux fillettes, issues de milieux opposés, ont grandi et sont devenues femmes ? Zineb Mekouar est née en 1991 à Casablanca, et vit à Paris depuis 2009. Finaliste du Goncourt du premier roman 2022, coup de coeur de l’été 2022 de l’Académie Goncourt,La Poule et son cumin est son premier ouvrage. « Ce roman est ce qu’on peut lire de mieux sur la lutte des classes au Maroc d’aujourd’hui. » Tahar Ben Jelloun

Rêves de femmes, une enfance au harem
Fatima Mernissi
Le livre de poche, 1998
« Je suis née en 1940 dans un harem à Fès, ville marocaine du IXe siècle, située à cinq mille kilomètres à l’ouest de La Mecque, et à mille kilomètres au sud de Madrid, l’une des capitales des féroces chrétiens. » Ainsi commence le récit de Fatima Mernissi, cascades de contes d’une enfance où merveilleux et quotidien se côtoient et s’embrouillent. Habiba, l’illettrée qui récite par cœur Les Mille et Une Nuits, est-elle réelle ou fictive ? Et Tamou, la cavalière rifaine qui surgit du Nord, bardée d’armes et de bijoux ? Et Charna, et la princesse Boudour ? Qui sait ? L’écrivaine elle-même est incertaine : « C’est un récit sur les frontières, elles bougent par définition ! » Le monde qu’elle nous décrit, dans la Fès des années 40, cette enfance sensuelle et ludique est plus vraie que nature.

Loubna Serraj
Pourvu qu’il soit de bonne humeur
Au Diable Vauvert, 2021
À quinze ans dans le Maroc des années 1950, Maya est mariée à un homme qui la violera chaque soir. D’abord inaudible, son murmure Pourvu qu’il soit de bonne humeur deviendra son mantra.
Comment être libre quand l’idée même de liberté ne peut s’envisager ? Résister dans une guerre où les bruits des armes sont ceux de l’intimité, de clés tournant dans une serrure ou de pas approchant doucement ? Quand, malgré le silence familial, la mémoire du viol conjugal se transmet d’une génération de femme à l’autre, c’est la peur qui s’insinue dans les couloirs du temps.

Souviens-toi qui tu es
Bahaa Trabelsi
La Croisée des Chemins, 2019
Il y a trois mille ans, les Égyptiens pensaient que les chats avaient plusieurs vies grâce à leur capacité à virevolter pour échapper au danger. Safia est un chat de gouttière qui retombe sur ses pattes. Quels que soient les obstacles. Toutes griffes dehors. On a tenté de la domestiquer, mais toujours elle leur a échappé: rebondir pour exister. Ce roman est une pléthore de moments lyriques et incandescents qui résultent de la grâce des rencontres de l’héroïne, Safia. C’est l’histoire d’une résilience. Une résilience de femme qui se déplie et se déploie, tout au long de sa vie, comme dans nos souvenirs d’école les plus enfouis. Souviens-toi qui tu es est un livre à part. Sa puissance d’écriture, sa structure narrative le rapprochent d’un roman choral et s’achève de façon plus confidentielle, révélant toute sa part d’intime.

Yasmine Chami
Casablanca Circus
Actes Sud, 2023
Au coeur de ce livre, le destin de l’un des plus anciens bidonvilles de Casablanca. Alors que les autorités au pouvoir veulent reloger les habitants à des kilomètres du centre-ville, l’avenir d’un couple de la classe aisée – un jeune architecte et sa femme historienne – se trouve fragilisé. Les enjeux politiques et financiers de cette
affaire les opposent profondément, malmènent leurs convictions, agitent sous leurs yeux passionnés la pieuvre de l’urbanisme, la violence de la mondialisation et les revers du carriérisme. Sous le signe de cette ville où beauté et misère s’entrelacent, Yasmine Chami poursuit avec une implacable lucidité le portrait du masculin et du virilisme sociétal, qu’elle éclaire avec subtilité et empathie.

Rim Battal
Je me regarderai dans les yeux
Bayard, 2025
À dix-sept ans, à l’âge des romans à l’eau de rose, des serments d’amitié et des poèmes de Rimbaud, une jeune fille fume une cigarette à la fenêtre de sa chambre. Cette transgression déclenche la violente fureur de sa mère – puis, comme un envol effaré, la fugue de la narratrice. Un ultimatum lui est alors posé : elle devra produire un certificat de virginité. L’examen gynécologique forcé sera sa « première fois ». Comment sortir de l’enfance quand tous les adultes nous trahissent ? Comment aimer quand ceux qui nous aiment nous détruisent ? Porté par une écriture puissante qui n’oublie ni l’ardeur ni la drôlerie, le récit de Rim Battal dit les premières fois, le désir, la générosité et la force qui président à la naissance d’une femme et d’une écrivaine.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Marilou Clair (19 juin 2025). 10 livres pour aborder la littérature féministe marocaine. L'effet Marguerite. Consulté le 1 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/145ky


