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Nos sélections : réécritures féministes des mythes

Si les mythologies antiques et leurs grandes épopées n’ont jamais cessé de fasciner, les figures féminines y sont longtemps restées secondaires. De nouvelles adaptations les remettent aujourd’hui au centre du jeu, donnant voix à des personnages forts et dessinant des parcours critiques d’émancipation. Elles offrent ainsi de nouvelles perspectives à ces récits venus de loin mais qui ne cessent de nous interroger.

Marina Tsvetaeva
Phèdre
1927

Thésée rentre de campagne. Pas un bruit, pas un serviteur pour l’accueillir. Phèdre, la reine, est morte. Que s’est-il passé ? Qui annoncera l’innommable au roi ? Hippolyte survivra-t-il à la honte de cette mort ? Le roi se remettra-t-il de ce désastre ? Phèdre a-t-elle été la victime de son désir ?

L’exil de Phèdre, éloignée de sa Crète natale, et sa pendaison trouvent un écho tragique dans le propre exil de Marina Tsvetaeva et dans son suicide en 1941, deux ans après son retour en URSS. S’inscrivant dans une trilogie qui ne sera jamais achevée (Ariane a été écrite et Hélène abandonnée), Phèdre est la deuxième tragédie d’un ensemble qui devait s’intituler : Thésée.

Christa Wolf
Cassandre

Stock, 1983

Troie est tombée. Cassandre, fille de Priam et d’Hécube, captive d’Agamemnon, attend la mort devant les portes de Mycènes. Dans le souvenir des événements qui jalonnent la guerre de Troie, la prophétesse élucide le sens de son destin. Le récit et les prémisses qui l’introduisent constituent les cinq conférences de poétique données par Christa Wolf en 1982 à l’université de Francfort-sur-le-Main. Ce livre connut un immense retentissement dans les deux Allemagne lors de sa parution, en 1983. Réinterprétant le mythe antique, Chista Wolf suscite, en une langue superbe, une réflexion sur le rôle des femmes dans l’Histoire ainsi que sur les mécanismes du pouvoir et de la guerre.

Magda Szabo
L’instant : La Créüside

Viviane Hamy, 1989

Dans l’Eneide, le héros, futur père fondateur de Rome, perd son épouse Créüse en fuyant Troie dévastée par les flammes. Mais Magda Szabó réécrit l’histoire : Créüse vivra ! Celle qui doit être sacrifiée prend son destin en main — à « l’instant » où il faut le prendre, car sinon il sera à jamais trop tard. Elle usurpe l’identité de son époux, aidée de sa nourrice Caieta et de quelques dieux et déesses créés pour la circonstance comme Èchiès, la sœur jumelle d’Aphrodite.

Un texte hors normes, chef-d’œuvre et projet d’une vie. L’autrice a porté ce texte pendant plus de soixante ans, abandonné puis repris au gré des tourmentes que connut son pays, la Hongrie.

Margaret Atwood
L’odyssée de Pénélope

Robert Laffont, 2005

Selon Homère, Ulysse à son retour de Troie massacra tous les prétendants à son trône qui, en son absence, avaient courtisé son épouse. Mais il fit aussi pendre les douze servantes de Pénélope qu’il accusa de l’avoir trahi. Dans cette relecture originale du mythe grec que nous propose Margaret Atwood, Pénélope, hantée par la mort de ses servantes, raconte depuis les Enfers sa propre version de l’histoire, celle d’une femme, d’une épouse, d’une mère et surtout d’une reine bien plus lucide et plus forte que ce que les hommes ont voulu croire jusqu’à aujourd’hui.


Louise Gluck
Averno : poèmes
Gallimard, 2006

Averno. Petit lac volcanique à l’ouest de Naples. Chez les Anciens, il est considéré comme une entrée des Enfers, lieu de passage entre deux mondes. C’est là que Perséphone jeune fille fut enlevée par Hadès, et qu’elle quitta définitivement l’enfance.

Revisitant l’histoire de Perséphone et de sa mère la déesse Déméter, Louise Glück compose un recueil entremêlant brillamment plusieurs fils narratifs, où le mythe et l’ordinaire se confrontent et se confondent.  Des touches d’ironie n’empêchent pas la vertigineuse profondeur de ses réflexions lapidaires, embrassant le destin humain dans une indéfectible quête d’universalité

Ursula K. Le Guin
Lavinia

Atalante, 2010

“Comme Hélène de Sparte j’ai causé une guerre. La sienne, ce fut en se laissant prendre par les hommes qui la voulaient ; la mienne, en refusant d’être donnée, d’être prise, en choisissant mon homme et mon destin. L’homme était illustre, le destin obscur : un bon équilibre.”

 « Chez le Latin Virgile, elle n’était rien ou presque ; chez Ursula K. Le Guin, elle est tout. La grande prêtresse américaine de la fantasy s’empare de la femme d’Énée, Lavinia, à peine évoquée dans l’Énéide, pour en faire l’héroïne féministe d’une passionnante évocation du Latium antique. » Télérama

David Vann
L’obscure clarté de l’air

Gallmeister, 2017

Extrait : “Qu’y a-t-il, chez les hommes, qui les empêche de simplement regarder un bateau passer ? Pourquoi ce désir constant de tuer et de dominer ? Même en elle, inassouvi, ce besoin de conquête. Elle les obligerait à se recroqueviller sur le sol devant elle, chaque homme de chaque contrée..”

 Dans une langue sublime et féroce, David Vann fait une relecture moderne du mythe de Médée dans toute sa complexe et terrifiante beauté. Le portrait d’une femme exceptionnelle qui allie noirceur et passion dévorante.

Madeline Miller
Circé

Pocket, 2018

Fruit des amours d’un dieu et d’une mortelle, Circé la nymphe grandit parmi les divinités de l’Olympe. Mais son caractère étonne. Détonne. On la dit sorcière, parce qu’elle aime changer les choses.

Plus humaine que céleste, parce qu’elle est sensible. En l’exilant sur une île déserte, comme le fut jadis Prométhée pour avoir trop aimé les hommes, ses pairs ne lui ont-ils pas plutôt rendu service ? Là, l’immortelle peut choisir qui elle est. Demi-déesse, certes, mais femme avant tout. Puissante, libre, amoureuse…

Pat Barker
Le silence des vaincues

Charleston, 2020

Pat Barker donne voix à Briséis, femme-trophée offerte à Achille pendant la guerre de Troie. Rien de glorieux dans cette Iliade, rien d’héroïque, les massacres, les viols et l’esclavage sont la norme. L’écriture est crue et précise : les hurlements des blessés, la puanteur des ordures, le fracas des batailles, l’odeur des corps accompagnent la vie du camp. L’épopée prend ici une teinte bien plus sombre et laisse résonner la voix des femmes et de tous les vaincus.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Sophie Béral (5 juin 2025). Nos sélections : réécritures féministes des mythes. L'effet Marguerite. Consulté le 31 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/1428o


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