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Alain Astruc · Oct 3, 2022

4. Feu et eau, images artificielles, saisons

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Alain Astruc · Alain Astruc

J'ai ajouté le mot "Saisons" au nom de ce journal, parce que c'est un thème permanent dans tout ce que je fais, il se reflète dans les photos que je prends, dans mon humeur, dans cette newsletter, et c'est le titre de cette chanson envoûtante de Chris Cornell, sortie à l'été 1992.

À la fin de chaque été, j'y pense à un moment ou à un autre, et elle me rappelle l'automne de cette année-là, quand j'avais dix-huit ans.

“Summer nights and long warm days
Are stolen as the old moon falls”

La semaine dernière j'ai parlé de vérité et de photographie. J'ai commencé à y réfléchir parce que quelques semaines auparavant j'avais découvert la création d'images par intelligence artificielle, avec des générateurs qui ne semblaient bons au départ qu'à produire des images drôles et bizarres, jusqu'à ce que je découvre Stable Diffusion, celui qui m'a le plus impressionné.

“Dreams have never been the answer
And dreams have never made my bed”

J’ai réalisé que je pouvais faire de la fausse photographie, entièrement artificielle, de façon convaincante, à partir de rien, avec guère plus que des mots décrivant ce que mon imagination pouvait produire, comme invoquer des images avec une magie technique, et les faire apparaître en quelques secondes.

J’ai essayé de faire des images qui ressemblent à des photogrammes d’un film russe perdu sur Jeanne d’Arc, et quand j’ai vu les résultats, j’ai réalisé qu’il y avait quelque chose de frappant : c’était suffisamment convaincant.

Fake Lost Russian movie about Joan of Arc - Frame 1
Fake Lost Russian movie about Joan of Arc - Frame 2

C’est bien sûr un processus d’essais et d’erreurs, du moins pour moi, mais j’aime utiliser les mots, et je pense maintenant avoir une meilleure compréhension de ce que la machine saisit et de ce qu’elle ne saisit pas.

J’utilise l’IA pour faire le genre d’images qui me seraient difficiles ou impossibles à réaliser dans le monde réel.

J’ai l’impression que c’est exactement l’opposé de la photographie : il suffit d’utiliser des mots pour que les images se réalisent, les bâtiments ou les paysages impossibles apparaissent, on peut faire des portraits de personnes qui n’existent pas, et le réseau de neurones artificiels peut même vous surprendre.

Young Cloud Woman - Generated with Stable Diffusion
Dancer in the Dreamlands - Generated with Stable Diffusion
Portrait of a girl who doesn’t exist - Generated with Stable Diffusion
Man dancing in the Dreamlands - Generated with Stable Diffusion
Young woman with her head in plants - Generated with Stable Diffusion

Qu'est-ce que ça signifie pour la photographie ? Je ne peux offrir qu'une réponse personnelle.

“If I should be short on words
And long on things to say”

J’ai commencé à prendre la photographie au sérieux quand j’ai réalisé que c’était pour moi un moyen opératoire d’être créatif en évitant l’usage des mots, ce qui était crucial à cette époque.

Je suis tombé amoureux du mystère silencieux de la photographie.

Elle fonctionne avec la magie simple de cadrer un point de vue sur la réalité, en un lieu et un moment précis. Elle convoque une étrange alchimie autour de ce qui est vrai et de ce qui ne l’est pas, de ce qui est évident et de ce qui est caché.

Le simple fait d’être vraiment là, c’est ce qui la fait fonctionner.

2022-07-13-IMG_9664 - Fire on the Pont Valentré bridge in Cahors
2022-07-13-IMG_9664 - The boy and the river

Maintenant que tout peut facilement et de façon convaincante être visuellement falsifié, je sens qu’il y a un avenir pour une photographie centrée sur l’authenticité. C’est un soulagement, en fait. Regardons le succès de BeReal, l’émergence de protocoles chiffrés pour garantir l’intégrité des fichiers pour les photojournalistes, et la chute d’Instagram, symbole de l’ère du faux alter ego. Je sens qu’il y a une voie à explorer là pour les photographes artistes aussi.

Si rien d’autre, les images générées par IA me donnent envie de me concentrer davantage sur l’aspect essentiel et thématique de ma photographie.

“And I'm lost, behind
The words I'll never find
And I'm left behind
As seasons roll on by”

Plus j’écris ces newsletters, plus je pense avoir peut-être trouvé une façon d’écrire des textes qui accompagnent mes photos.

Les suivantes ont été prises récemment. Les photos d’eau ont été prises fin août dans les gorges du Tarn, et celles du feu la semaine dernière à Figeac.

Cette dernière a été prise dans la maison des trois sœurs, sur la colline cachée, juste après l'équinoxe d'automne.

Read the original on alainastruc.substack.com

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