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Adaptable(s) · Feb 20, 2026

Quand le vivant devient ton allié

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Brieuc · Adaptable(s)

Bonjour à toutes et tous,

Si vous ne le faites pas déjà, en plus de lire Adaptable(s), vous pouvez :

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Fini la promo, place à la lettre de la semaine.

Au sud-ouest de Prague, au sein d’une zone naturelle, un projet de barrage était en discussions depuis 2018. L’idée est de recréer une zone humide pour favoriser la biodiversité. Le temps de réaliser les études de terrain, d’évaluer le meilleur emplacement, de passer les étapes administratives : le coût est estimé à 1,2 million d’euros. Les années passent et le chantier se fait attendre. Le permis de construire tarde à être validé… Finalement, en janvier 2025, sans qu’aucun ouvrier n’ait été amené sur place, le barrage a été construit. En quelques nuits, les castors sur place se sont chargés de construire le barrage.

Exemple de barrage réalisé par des castors

Les habitants n’ont pas tardé à se moquer de leur administration en lui rappelant sa lenteur et son inefficacité par rapport à ces quelques castors que personne n’avait anticipé.

Mais est-ce si surprenant ?

De nos jours, on a tendance à l’ignorer mais les castors sont de véritables maîtres en matière de construction de barrage. Apparus il y a 8 millions d’années sur Terre, les castors ont développé un savoir-faire unique pour retenir l’eau. Leurs constructions ont permis à de nombreuses espèces de vivre et de se développer grâce aux étangs qui en découlaient. Ces mêmes constructions permettent aussi d’humidifier les sols et donc de réduire les sécheresses et les risques d’incendies. Les castors recréent de véritables rivières, qui ne sont pas de simples traits bleus sur une carte IGN.

Une rivière à proprement parlé, ce sont des retenues d’eau, des virages et beaucoup de biodiversité. Là aussi, pour les humains de 2026 que nous sommes, c’est difficile à percevoir, d’autant plus pendant une période de crues exceptionnelles que nous vivons en France actuellement. Pourtant, le castor a joué un rôle fondamental dans le développement des forêts par exemple.

Comme toutes les espèces vivantes, les ancêtres des arbres proviennent de l’océan. Une fois arrivés sur terre, ils ont constamment gardé un lien précieux avec l’eau. En colonisant d’abord les côtes, puis en s’associant pour pouvoir faire pleuvoir par exemple, ils ne pouvaient s’égarer sans assurer leurs besoins en eau. C’est là que les castors les ont aidé aussi à créer des écosystèmes favorables sur plusieurs continents.

Puis, les hommes ont profité de ces écosystèmes riches pour développer l’agriculture. Il a fallu évacuer l’eau, assécher les rivières et les réduire à de simples traits… ils en ont aussi réduit quasiment à néant les populations de castors que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord.

Face aux sécheresses ou aux crues de plus en plus fortes que nous vivons, nous redécouvrons tout juste le rôle fondamental que peuvent jouer les castors pour résoudre ces problématiques ô combien complexes. Par leurs constructions, les castors permettent de recréer des sols vivants, de stocker l’eau, de la filtrer ou de favoriser la biodiversité.

Le plus surprenant, c’est que les spécialistes concèdent bien volontiers que les castors sont bien plus performants que nous-autres les humains dans ces domaines. Encore trop souvent, notre vision très anthropocentrée nous fait passer à côté de l’essentiel : nous ne sommes qu’une espèce parmi des millions d’autres.

Probablement par conscience ou héritage religieux, nous nous sommes vus comme gestionnaire de la Nature. Au point de perdre toute humilité par rapport aux espèces présentes depuis des millions d’années avant l’apparition de nos premiers ancêtres. Ces espèces ont elles aussi développer des techniques et savoir-faire puissants comme le rappellent l’exemple des castors.

Là, vous vous dites “Brieuc a pris des trucs cette semaine”. Je suis conscient que le lien avec l’entreprise est plus fin pour le moment mais je vais y revenir. Je me permets juste avant de faire la promo de ce livre exceptionnel dans lequel je me suis replongé pour écrire cette édition : Rendre l’eau à la Terre de B. Morizot et S. Husky.

En tant que dirigeant.e d’entreprise, prendre conscience que le vivant est un allié indispensable pour pouvoir faire face aux multiples crises qui se profilent est une étape essentielle de notre évolution. Notre espèce est le résultat de multiples dynamiques enclenchées il y a plusieurs centaines de millions d’années. Notre révolution industrielle a tout juste 200 ans…

Votre entreprise dépend probablement de multiples cycles du vivant. Prendre conscience de ces cycles et leur bonne santé va s’avérer indispensable pour être plus adaptable. Laisser de la place aux autres espèces vivantes, leur permettre de se développer est une nécessité absolue. Prétendre que nous pourrons résoudre seuls les problématiques que nous avons créées relève de l’ignorance pure.

Depuis des années, les ostréiculteurs français illustrent bien cette prise de conscience. Ils ont besoin d’un écosystème en bonne santé pour pouvoir continuer leurs activités. Pourtant les contraintes pour y parvenir sont de plus en plus nombreuses :

  • la qualité de l’eau est impactée par les activités agricoles avec de multiples rejets ou encore l’urbanisation.

  • le phytoplancton tend à se raréfier dans certaines zones ou à changer de composition.

  • les aléas climatiques se multiplient et peuvent faire perdre de grandes quantités d’huitres par des tempêtes ou des proliférations d’algues...

Voilà pourquoi, un peu comme les castors, les ostréiculteurs remontent aux causes plutôt que de subir les conséquences et donc se donnent des chances de préserver leur écosystème, condition indispensable à la survie de leur activité.

Comme les ostréiculteurs ont compris que leurs activités ne se limitaient à leurs bassins, vous pouvez considérer vos activités plus loin que les mûrs de votre entreprise. Admettre que le vivant est meilleur que l’humain sur bien des sujets n’est pas qu’une question de coûts, de temps ou de performance, c’est du bon sens. La pollinisation, la régénération des sols ou la création de zones humides ne sont que quelques exemples, encore faut-il laisser de la place et favoriser cette diversité.

Quelles sont les espèces vivantes dont vous dépendez ? Que ce soit en amont ou en aval de vos activités, vous devez là aussi développer votre vision systémique des problématiques. Bien sûr, vous pouvez continuer à voir cela comme une nouvelle contrainte mais les plus malins d’entre vous ont déjà compris que c’était une façon d’avoir un temps d’avance. Avance bénéfique pour la pérennité de votre entreprise mais aussi des écosystèmes dont vous dépendez.

  • Identifier les écosystèmes/espèces vivantes dont vous dépendez ou que vous impactez en amont ou en aval de vos activités.

  • Dresser un état des lieux de ces écosystèmes/espèces.

  • Lister les conséquences entre vos activités et ces écosystèmes/espèces vivantes.

  • Retourner les conséquences négatives en impacts positifs.

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