Si vous ne le faites pas déjà, en plus de lire Adaptable(s), vous pouvez :
organiser une MADRE (rien à voir avec les mamans), c’est à dire utiliser notre Méthode d’Aide à la Décision pour la Résilience d’Entreprise. Cela vous permet d’identifier les vulnérabilités de votre entreprise et d’en ressortir avec un plan d’action clair pour améliorer votre résilience, RDV ici pour en discuter.
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Fini la promo, place à la lettre de la semaine.
Par où passe chaque jour en moyenne 1/5ème du pétrole et 1/4 du gaz naturel liquéfié ? Pas trop de suspense, on va bien évidemment parler du détroit d’Ormuz. Mais pourquoi s’intéresser à cette partie si spécifique du globe aujourd’hui ?
Depuis samedi, les États-Unis et Israël ont lancé une vaste attaque militaire. L’Iran a répliqué en attaquant aussi la plupart de ses pays voisins de l’Irak à Oman en passant par l’Arabie Saoudite. L’Iran a aussi attaqué plusieurs cargo sur ce détroit d’Ormuz, réduisant de 80% le trafic maritime sur ce passage.
C’est peut-être un détail pour vous, mais pour lui bien des experts, ça veut dire beaucoup. Et très probablement pour vous aussi. Voilà pourquoi aujourd’hui, on va tenter de décrypter pourquoi même si vous n’importez rien du Golfe, ce détroit vous concerne et par quels leviers vous pouvez réduire vos risques.
Précision en amont, la pertinence de cette édition dépend évidemment de la durée du conflit.
Plus cela durera, plus mon analyse pourrait avoir du sens. Si l’on en croit Marco Rubio, secrétaire d’Etat US, le régime iranien peut produire jusqu’à 100 missiles et des milliers de drones kamikaze par mois, alors que les États-Unis peuvent produire 6 à 7 missiles intercepteurs dans la même durée. Cela donne du crédit à l’hypothèse longue durée…
En même temps, les États-Unis ont déjà lancé près du double de leur production annuelle en moins d’une semaine et la Chine a déjà demandé d’arrêter le conflit. L’hypothèse du conflit court peut aussi tenir la route mais ne nous estimons pas pour autant sortis d’affaire. Ce n’est probablement qu’un épisode parmi d’autres à venir.
Revenons-en à ce détroit de 33 km de large, avec seulement 6 km navigables dans les 2 sens, c’est un point d’étranglement possible de tout le système économique mondial :
le pétrole et le gaz qui y passent représentent quasi l’intégralité des exportations de l’Arabie Saoudite, du Koweït, de l’Irak, des Émirats Arabes Unis et du Qatar dont les économies reposent grandement dessus.
Les quelques pipelines alternatifs ne peuvent pas compenser le flux.
D’autant que les principaux acheteurs se trouvent à l’est du détroit. Par exemple, l’Inde dépend à 60%, la Chine à 57% ou même le Japon à 95% de ce transit pour leur pétrole.
84% du polyéthylène mondial dépend aussi de ce passage et part vers l’Asie pour transformation.
9% de l’aluminium primaire mondial part du Golfe également.
1/3 des engrais mondiaux transitent aussi par Ormuz, ce blocage arrive au pire moment pour bien des pays agricoles. Cela peut sérieusement augmenter les prix des engrais et causer de lourdes pertes dans les cultures qui en dépendent.
Le simple fait de bloquer ce détroit peut faire grimper le prix du baril. Début janvier, le prix était de 60$, il dépasse déjà les 80, comme pendant les gilets jaunes en 2018, et pourrait en cas de prolongation dépasser les 100$.
Étant donné la forte imbrication de l’économie mondiale, l’effet domino peut atteindre l’Europe plus ou moins vite et donc votre entreprise.
Cette nouvelle guerre apparait comme un nouveau signal pour anticiper les difficultés d’approvisionnements grandissantes pour vos produits et composants ou même pour l’énergie pour vous les faire parvenir.
D’un côté ou d’un autre, votre entreprise a un lien avec ce détroit. Que vous importez des composants ou produits asiatiques, que vous exportez au Moyen-Orient ou même que dépendez de pétrole pour vos livraisons, les conséquences directes ou indirectes existent et peuvent être très préjudiciables. Encore faut-il bien cartographier vos dépendances, et pas uniquement auprès de vos fournisseurs de rang 1 ou 2.
Prendre le temps en équipe de comprendre votre chaine de valeur en profondeur est indispensable. Le Value Chain Canvas vous sera d’ailleurs bien utile pour y parvenir facilement.
La bonne nouvelle, c’est que nous prémunir contre les maux associés à ce détroit peut vous apporter bien plus de bénéfices et vous couvrir de bien des risques. En effet, cela vous permet de changer de repères. Arrêtons de considérer notre monde stable, il est désormais fluctuant par défaut, à vous de faire les choix qui en découlent.
Un monde fluctuant, cela signifie que votre entreprise doit réduire les dépendances et les distances. Faire comme si dès maintenant vos dépendances lointaines n’étaient plus disponibles.
Ces transformations peuvent sembler éloignées de votre quotidien de dirigeant de PME — mais certaines entreprises françaises ont déjà fait ce pari, et leur modèle devient soudainement très enviable. Comme Sailcoop ou TOWT le font pour le transport, en réduisant très sérieusement leur dépendance au pétrole et en profitant de l’abondance du vent au large. Ou encore les Alchimistes ou Toopi Organics pour les engrais à partir de nos déchets quotidiens.
Ce sont des exemples qui peuvent vous apparaitre extrêmes mais ils seront de plus en plus évidents. Plus vous privilégierez du réemploi ou vous régionaliserez vos activités que ce soit pour l’approvisionnement ou pour vos ventes, moins vos risques seront élevés. Plus vous mobiliserez les low tech, plus vous augmenterez votre autonomie (j’y reviendrai prochainement).
“Le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans, le deuxième meilleur moment c’est maintenant !” On pourrait reprendre ce dicton d’arboriculteur pour le coût de l’adaptation de votre entreprise.
Même si notre période est déjà très mouvementée, il ne faut pas exclure que la suite puisse être pire encore : Trump a encore 3 ans de mandat et el Niño va revenir plus puissant encore et se cumuler avec le dérèglement climatique en cours avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer.
Plutôt que subir et payer très cher une incertaine adaptation expresse, vous pouvez encore choisir.
Choisir de prendre de l’avance sur vos concurrents ou de les mobiliser sur des problématiques communes. Choisir d’être un acteur fiable pour vos clients et de potentiellement récupérer des parts de marché le jour où les autres feront défaut. Choisir de changer de façon de créer de la valeur en sortant de la dynamique de volumes.
La résilience ne se construit pas dans l'urgence. Les entreprises qui traverseront les prochaines années seront celles qui auront choisi, aujourd'hui et en conscience, de ne plus dépendre de ce qu'elles ne maîtrisent pas.
Diversifier les approvisionnements en privilégiant les distances réduites.
Reconsidérer les stocks stratégiques de l’entreprise. Le zéro stock ne convient qu’au monde “stable”.
Repenser les processus avec des techniques simples pour reprendre de l’autonomie sur vos outils clés.
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