Lors d’un atelier, on a posé une série de questions à l’équipe d’ingénieurs d’une PME qui fabrique des bras industriels pour la production de verre. Des gens compétents, passionnés par leur métier, qui connaissent leur produit depuis des années.
Les questions étaient simples mais nécessaires.
Avec quelles matières sont fabriqués vos composants ? Que devient votre produit en fin de vie ? Est-il démontable ? Est-il réparable ? Qui d’autre, dans d’autres secteurs ou dans votre chaîne de valeur, pourrait en avoir l’usage ?
Les nombreux silences ont suivi n’étaient pas de l’ignorance, je les ai interprétés comme une prise de conscience progressive.
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Ces ingénieurs savaient faire fonctionner leur produit mieux que personne. Mais ils n’avaient jamais eu l’occasion de le regarder sous cet angle. Ils achetaient leurs composants pour qu’ils remplissent une fonction précise.
Ce qu’ils contenaient exactement, ce qu’ils pourraient devenir, ce que d’autres en feraient : ils ne s’étaient jamais posé la question. Pas par négligence mais simplement car on ne les avait jamais sollicité sur le sujet.
Ce jour-là, leur produit leur a révélé des informations qu’il attendait depuis des années qu’on lui demande.
Derrière ce paradoxe apparent, il y a une réalité que beaucoup de dirigeant.e.s de PME partagent sans le savoir.
La première zone d’ombre, c’est la composition réelle de vos produits. Vous achetez des composants pour ce qu’ils font, pas toujours pour ce qu’ils sont. Résultat : vous ignorez souvent leur composition matière précise, les éléments rares qu’ils contiennent, les matériaux critiques qui les constituent, leurs origines géographiques exactes.
Ce niveau d’inconnues n’est pas une exception dans l’industrie. C’est plutôt la norme habituellement, ces inconnues sont autant de dépendances invisibles que vous portez sans le savoir.
La deuxième zone d’ombre, c’est le potentiel de réemploi. Un produit conçu pour durer peut souvent vivre plusieurs vies. Être reconditionné, réparé, réutilisé dans un autre contexte. Mais encore faut-il l’avoir anticipé et cartographié. Sans cette connaissance, la valeur résiduelle de ce que vous fabriquez disparaît — faute d’avoir été vue.
La troisième zone d’ombre, c’est la valeur que d’autres acteurs pourraient trouver dans votre produit. Des composants sans intérêt apparent pour vous peuvent être précieux pour un réparateur, un reconditionneur, une entreprise d’un secteur adjacent. Ce potentiel existe mais il est ignoré aujourd’hui car personne n’a l’information.
Ces zones d’ombre ne sont pas anodines. Elles ont des conséquences concrètes sur votre résilience.
J’ai accompagné un fabricant industriel qui a décidé de cartographier sérieusement ses vulnérabilités de chaîne de valeur. L’exercice a révélé trois angles morts qu’il n’avait jamais formalisés. L’un d’eux concernait directement la deuxième vie possible de son produit car un de ses clients participants avaient avoué qu’il jetait les produits sans imaginer qu’ils puissent en faire quelque chose d’autre.
Neuf mois après le démarrage de la démarche, leur premier produit reconditionné était vendu. Pas une révolution. Une exploration méthodique de ce que son produit contenait déjà comme potentiel et qu’il n’avait jamais pris le temps de regarder.
Ce type d’exploration va bientôt devenir une obligation pour de nombreuses entreprises. Le Passeport Numérique Produit, le fameux DPP imposera une traçabilité fine des produits mis sur le marché européen. Composition des matériaux, durée de vie, données de réparabilité, potentiel de recyclage : tout ce que vous ignorez aujourd’hui sur votre propre produit, vous devrez l’avoir documenté et le mettre à disposition des autres acteurs.
Les entreprises qui ont commencé à regarder ont une longueur d’avance. Celles qui attendent l’obligation subissent. Celles qui anticipent transforment une contrainte en levier.
Il existe une méthode conçue précisément pour ça. Elle s’appelle le PCDS pour Product Circularity Data Sheet et est basée sur la récente norme ISO 59040.
Le principe est simple : 120 questions structurées pour évaluer le potentiel d’un produit dans une logique d’économie circulaire. Accessibles en quelques heures, sans expertise technique préalable, avec les équipes qui connaissent le produit de l’intérieur.
Cela ne produit pas un rapport de plus. C’est une cartographie des marges de progression et surtout un langage commun. Commun entre les équipes en interne, qui voient souvent leur produit avec des lunettes très différentes selon leur métier. Commun aussi avec vos partenaires et fournisseurs dans la chaîne de valeur.
La comparaison avec une ACV est inévitable, donc autant la poser clairement : une analyse de cycle de vie est plus connue et établie. Cette approche quantitative prend aussi plusieurs mois et peut coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros pour des produits complexes. Mais comme dans toute approche quantitative, il est difficile d’identifier les leviers d’améliorations.
Le PCDS n’est pas un substitut. C’est le bon outil pour commencer à moindre frais, identifier les leviers de progression avant d’investir dans une démarche plus lourde, ou avant que la réglementation vous y oblige.
Pour les équipes qui veulent démarrer de manière autonome, Janine, notre coach IA sur l’économie circulaire nourrie de données circulaires depuis 2012 peut accompagner cette démarche.
Votre produit a probablement plus à vous dire que vous ne le pensez. La question est de savoir si vous êtes prêt à l’écouter.
1. Identifier les trois premières zones d’ombre. Prenez votre produit phare. Listez les composants dont vous ne maîtrisez pas la composition matière exacte. Ce n’est pas un exercice académique, c’est votre première cartographie de dépendances invisibles.
2. Poser la question autour de soit. “Que devient notre produit après usage ?” Posez-la à vos ingénieurs, à votre équipe commerciale, à votre service après-vente et surtout à vos clients. L’écart entre les réponses est déjà un signal fort sur ce que vous ne savez pas encore de ce que vous fabriquez.
3. Évaluer si un PCDS est pertinent pour votre situation. Quelques heures suffisent pour commencer. L’objectif n’est pas d’être exhaustif dès le départ — c’est de rendre visible ce qui ne l’était pas, et de créer les conditions d’une conversation productive avec vos équipes et vos partenaires sur l’avenir de vos produits.
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