Pendant des années, les enseignes de distribution ont concentré leurs efforts sur leurs magasins. Aujourd’hui, certaines vont plus loin : elles emmènent le magasin là où se trouvent les consommateurs. Festivals, événements sportifs, zones touristiques… Carrefour Belgique multiplie les formats éphémères pour rester fidèle à sa promesse : être « le magasin préféré du quartier », même lorsque ce quartier devient un camping de festival ou le paddock d’un Grand Prix de Formule 1.
Dans cet épisode du Retail Influencer, Arnaud Lesne revient sur cette stratégie qui dépasse largement le simple coup marketing.
Être présent là où vivent les consommateurs
Pour Carrefour, la logique est simple : si les consommateurs passent plusieurs jours dans un festival, sur une plage ou lors d’un grand événement, l’enseigne souhaite être présente à leurs côtés.
Après huit années de présence à Tomorrowland, Carrefour ouvre un nouveau chapitre. En 2026, l’enseigne a notemant été présente aux Ardentes et le sera au Grand Prix de Belgique de Formule 1 à Spa-Francorchamps. D’autres événements sont dans les pipelines, mais c’est encore trop tôt pour en parler.
L’objectif n’est pas simplement d’apposer un logo, mais d’apporter un véritable service aux visiteurs de ces événements.
Une présence différente pour chaque événement
L’un des aspects les plus intéressants de cette stratégie réside dans l’absence de format standardisé.
Selon le contexte, Carrefour peut déployer :
un véritable magasin temporaire ;
un food truck ;
un container aménagé ;
ou encore The Box, son concept modulaire déjà utilisé à Bruxelles lors d’une opération caritative pendant le marché de Noël.
À Spa-Francorchamps, The Box sera installée le long de la ligne de départ tandis qu’un second point de vente servira les 50.000 campeurs présents durant le week-end du Grand Prix.
Aux Ardentes, l’approche fut différente : un magasin était installé dans le camping, mais aussi un second directement face à la Main Stage, au cœur du festival.
Chaque implantation est pensée en fonction des contraintes du terrain, des flux de visiteurs et de l’expérience recherchée.
Des laboratoires grandeur nature
Ces magasins éphémères permettent également à Carrefour de tester de nouvelles façons d’exploiter un point de vente.
Contraintes d’espace, circulation des clients, assortiment réduit, rapidité d’encaissement ou nouvelles implantations : chaque événement devient un terrain d’expérimentation.
L’équipe adapte en permanence :
le format du magasin ;
l’assortiment proposé ;
les équipements utilisés ;
l’organisation logistique ;
l’expérience client.
Ces enseignements peuvent ensuite inspirer d’autres projets ou nourrir les réflexions sur les magasins traditionnels.
Conquérir les consommateurs de demain
Au-delà du chiffre d’affaires réalisé pendant les événements, Carrefour poursuit un objectif stratégique : renforcer sa relation avec une clientèle jeune et particulièrement mobile.
Arnaud Lesne décrit une génération qui évolue rapidement au fil des étapes de sa vie : colocation, premier appartement, installation en famille…
Cette clientèle change également plus facilement d’enseigne que les générations précédentes.
Dans un contexte où les consommateurs disposent d’une offre toujours plus large (magasins ouverts sept jours sur sept, nouveaux acteurs du commerce en ligne et multiplication des formats de proximité) Carrefour cherche à créer un lien émotionnel avec ces consommateurs de 22 à 38 ans.
L’ambition est claire : devenir leur enseigne de référence avant même que leurs habitudes d’achat ne soient définitivement établies.
Bien plus qu’une opération de sponsoring
Contrairement à de nombreuses marques présentes sur les festivals, Carrefour ne se considère pas comme un simple sponsor.
L’enseigne préfère parler de partenariat.
L’objectif est double :
contribuer à l’expérience proposée par l’événement ;
répondre à un besoin concret des visiteurs.
Pendant qu’une marque de boissons proposera une activation marketing ou des animations, Carrefour vendra les produits dont les festivaliers ou les campeurs ont réellement besoin pour profiter de leur séjour.
Le commerce reste donc au cœur de la démarche.
Une logistique digne d’un exercice militaire
Derrière ces magasins temporaires se cache une organisation particulièrement complexe.
Les équipes doivent notamment gérer :
des livraisons de nuit ;
des terrains parfois difficiles d’accès ;
des espaces extrêmement réduits ;
des solutions de réassort en continu ;
des équipements informatiques fonctionnant parfois au milieu d’un champ ou d’une forêt.
L’encaissement constitue également un enjeu majeur. Les équipes prévoient systématiquement des solutions de secours afin de garantir la continuité des ventes, même en cas de problème de connexion.
Pour Carrefour, ces contraintes représentent aussi une formidable occasion de challenger sa supply chain et ses équipes opérationnelles.
La Belgique, laboratoire du groupe Carrefour
Cette capacité d’innovation dépasse désormais les frontières belges.
Comme pour le concept autonome Carrefour BuyBye, déjà exporté en France, plusieurs initiatives développées en Belgique intéressent les équipes du groupe à Massy.
Les échanges sont permanents entre les deux pays. La Belgique partage ses innovations autour des magasins autonomes ou des formats événementiels, tandis que la France apporte également son expertise dans d’autres domaines, notamment les partenariats avec le secteur associatif et les dons alimentaires.
Cette collaboration illustre le rôle de la Belgique comme véritable laboratoire d’innovation au sein du groupe Carrefour.
My 20/CENT
L’approche de Carrefour montre une chose : le commerce de proximité ne se limite plus aux quatre murs d’un magasin.
Aujourd’hui, il faut aller là où se trouvent les consommateurs. Et si les consommateurs passent plusieurs jours sur un festival, un Grand Prix ou un autre grand événement, pourquoi attendre qu’ils viennent en magasin ?
En multipliant ces formats éphémères, Carrefour poursuit plusieurs objectifs à la fois : générer du chiffre d’affaires, renforcer sa visibilité, recruter de nouveaux clients, mais aussi tester de nouvelles solutions opérationnelles dans des conditions bien différentes d’un supermarché classique. C’est ambitieux, mais jusqu’ici, la stratégie semble porter ses fruits.
J’ai aussi apprécié une remarque faite lors de notre échange : tout événement n’a pas forcément de sens. Tomorrowland est une vitrine extraordinaire, mais est-ce réellement le meilleur endroit pour affirmer son positionnement de “magasin de proximité des Belges” ? En privilégiant davantage des événements très ancrés localement et plus proches de sa clientèle cible, Carrefour adapte son dispositif plutôt que de vouloir être partout. C’est une approche qui me paraît pertinente.
Et puis aussi, je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises : le consommateur fidèle appartient de plus en plus au passé. Les enseignes doivent séduire en permanence. Convaincre la génération Z, continuer à fidéliser les millennials, préparer déjà l’arrivée de la génération Alpha... le travail ne s’arrête jamais.
Être présent sur les festivals, les grands événements sportifs, les festivals d’hiver ou d’autres rendez-vous populaires devient donc une évidence. C’est là que se trouvent les consommateurs d’aujourd’hui... et ceux de demain.
Personnellement, je trouve que Carrefour Belgique enchaîne les initiatives intéressantes depuis plusieurs mois. On sent une enseigne qui teste, qui ose et qui cherche à accélérer.
La vraie question est désormais la suivante : est-ce que cette dynamique se traduira par des gains durables de parts de marché ?
Et vous, vous en pensez quoi ? Carrefour est-il en train de réussir sa remontada sur le marché belge ?

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