Je suis heureuse de vous retrouver pour une nouvelle édition !
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J’ai trouvé que cette photo d’une magnifique escapade dans les Catskills (USA) il y a quelques années reflétait bien l’ambiance de ce début d’automne ! C’est un des endroits où cette saison est la plus belle et j’en garde un souvenir très agréable.
Quelques nouvelles depuis la dernière édition
La célébration de la fin de mon mémoire de recherche
L’étymologie du mot travail sous toutes les coutures
Un rapide questionnaire (promis, 3 questions) pour vous
Le 14 février, le coeur vaillant, j’avais lancé cette newsletter pensant naïvement que j’arriverais à publier 2 éditions par mois… Comment vous dire… 😅 Voici seulement le 5e numéro, mais j’ai bien l’intention de reprendre plus régulièrement ! J’accepte simplement que le rythme sera plus aléatoire en fonction de mon emploi du temps. Pour que les éditions soient néanmoins les plus pertinentes possibles pour vous, j’ai besoin de vous et un mini questionnaire vous attend à la fin.
La dernière édition date donc du 18 avril. Mes missions clients, la fin de mon master recherche, l’été, un nouveau bureau temporaire, et une rentrée très intense ont fini par m’amener jusqu’à aujourd’hui !
J’ai publié 3 épisodes de podcasts : sur l’otium, le loisir intelligent, avec Jean-Miguel Pire ; sur l’étymologie du mot travail avec Mariette Darrigrand (je vous en parle plus bas) ; et sur les trajectoires professionnelles avec Jean Pralong. Je vous les recommande bien sûr vivement !
Entre avril et juin, j’ai été très prise par la rédaction de mon mémoire de recherche. Je suis très heureuse de l’avoir terminé et de l’avoir soutenu (en pleine canicule !). Je le célèbre donc en vous en partageant l’essentiel.
“How can I know what I think until I see what I say?”, Karl Weick, 1979
Cette phrase de Karl Weick résume l’esprit de mon mémoire : c’est souvent en parlant, en racontant, que nous comprenons ce que nous vivons. Et c’est précisément cette dynamique que j’ai voulu explorer : comment, dans un contexte de transformation organisationnelle, les collaborateurs construisent du sens et retrouvent une capacité d’agir en racontant leur propre histoire.
Le changement organisationnel, loin d’être un processus linéaire et maîtrisé, est souvent un enchevêtrement de récits, de tensions et d’interprétations concurrentes.
Face à cela, émerge un besoin fondamental : reconstruire une cohérence.
Selon Weick (1995), le sensemaking vise justement à restaurer un sentiment d’ordre lorsque celui-ci est menacé. Ricoeur (1985) montre que le récit joue un rôle clé dans cette dynamique : il permet d’articuler les événements dans le temps pour produire du sens. Brown (2015) ajoute que l’identité est sans cesse retravaillée pour retrouver cette cohérence.
Dans ces moments de transformation, le récit devient un levier puissant.
Il permet :
de donner du sens au changement, en construisant une interprétation des événements et en réduisant l’ambiguïté (Weick, Czarniawska) ;
de reprendre prise sur l’action, en reliant passé, présent et futur (Emirbayer & Mische) ;
de se repositionner individuellement et collectivement, en situant son identité au sein d’histoires partagées (Brown, Colville & Pye ; Ricoeur).
Autrement dit : raconter, c’est à la fois comprendre, résister si nécessaire, et se réinventer.
Mon travail articule quatre champs complémentaires :
1. Le récit (Bruner, Ricoeur)
→ Il structure le temps et relie l’expérience individuelle à des cadres collectifs.
2. L’identité (Ricoeur, Alvesson, Dubar)
→ Elle se construit dans les tensions entre assignation sociale et appropriation individuelle.
3. L’agentivité narrative (Emirbayer & Mische, Giddens, Meretoja)
→ C’est la capacité à se projeter et à agir en s’appuyant sur ses récits, en articulant passé, présent et futur pour naviguer dans le changement.
4. Le sensemaking (Weick, Reissner, Fleetwood, Cunliffe, Czarniawska)
→ Il décrit comment les individus construisent du sens face à l’incertitude, le récit y jouant un rôle central pour interpréter et orienter l’action.
Ma rencontre avec les travaux d’Hanna Meretoja a été déterminante pour mon mémoire. C’est là que j’ai découvert la notion spécifique d’agentivité narrative, ce qui m’a permis d’articuler encore plus clairement l’agentivité, qui était déjà au coeur de mes explorations, et le récit.
Pour Hanna Meretoja (2018, 2021), le récit est une pratique à la fois éthique et agentive : il nous permet de naviguer entre le réel et le possible, d’explorer d’autres manières de comprendre notre situation et de redéfinir notre place dans le monde.
C’est précisément là que s’exprime l’agentivité narrative, la capacité à naviguer dans les environnements narratifs à travers trois dimensions :
La conscience narrative : repérer et mettre à distance les récits implicites qui structurent l’action et l’identité.
L’imagination narrative : envisager des futurs possibles, inventer d’autres manières de vivre et de travailler.
La dialogicité narrative : entrer en relation avec d’autres récits, reconnaître la pluralité des perspectives et co-construire du sens.
Ces trois dimensions ne sont pas linéaires : elles forment un espace dynamique d’interprétation, de projection et de transformation.
Hanna Meretoja a publié un article très riche au sujet de l’agentivité narrative dans le contexte du Covid et du récit implicite de la guerre. Elle a exploré comment ce narratif, utilisé par de nombreux politiciens dans beaucoup de pays, a teinté nos actions et nos réactions au cours de cette période.
Meretoja parle de récits implicites sociétaux et sociaux, j’ai transposé cette notion au monde de l’entreprise pour mieux comprendre les récits implicites organisationnels qui constituent le contexte de la vie des collaborateurs dans une organisation donnée.
Comment les collaborateurs (de la structure que j’ai étudiée) construisent-ils leur agentivité narrative à travers leurs récits professionnels dans un contexte en mutation ?
J’ai souhaité comprendre comment la narration structure la perception du changement, et comment la capacité à intervenir sur ces récits influence la qualité du sensemaking, c’est-à-dire la manière de donner du sens à l’incertitude et d’agir dans le flux du changement.
Grâce à des entretiens qualitatifs, j’ai pu écouter les récits des collaborateurs et aboutir à des pistes pour poursuivre mes réflexions.
le rôle central des récits dans la construction du sens et de l’agentivité narrative,
une polyphonie de récits (parfois dissonants) entre discours officiels et vécus,
et l’importance des tournants biographiques dans la reconfiguration des identités professionnelles.
Les récits du travail ne sont pas de simples “histoires qu’on se raconte”, mais des moteurs de transformation, des espaces de résistance, et parfois des points d’ancrage essentiels pour l’engagement.
A la fin de ma revue de littérature, j’avais fait un modèle reprenant les travaux de Meretoja, en y ajoutant la perspective de Weick. J’ai pu enrichir ce modèle de départ, en intégrant des récits implicites qui s’ajoutent à ceux de l’organisation : les récits implicites ou intégrés de sa fonction ; les récits implicites ou intégrés sociaux, et les récits implicites ou intégrés culturels ou nationaux.
Au-delà de l’apprentissage théorique, ce travail a confirmé mon intuition initiale :
Les récits du travail sont des leviers puissants de subjectivation et d’agentivité.
Ils méritent une attention renouvelée dans les sciences de gestion, mais aussi dans la pratique des organisations : pour repenser la transformation non pas sur les individus, mais avec eux, à partir de leurs histoires.
Il y a encore évidemment beaucoup à dire, un travail de recherche ne se termine d’ailleurs jamais vraiment. On pourrait par exemple explorer la communication formelle et informelle de l’organisation pour analyser les récits officiels vs vécus, ou explorer effets de ces récits à long terme à l’aide d’entretiens de suivi, d’observations ethnographiques, ou encore explorer d’autres secteurs ou comparer plusieurs organisations traversant des mutations similaires.
En tout cas, tout cela m’a ramenée à la thématique de ma conférence principale : travailler ensemble, c’est superposer nos cartes du monde. Je suis d’ailleurs en train d’étoffer cette conférence suite à ces nouveaux apports.
Lors de notre grande étude et conférence avec le Collectif SOWOW, nous avions également mis en lumière l’importance des influences qui sont présentes dans la relation entre talents et entreprises. Je trouve cela passionnant de pouvoir continuer à explorer cette thématique sous de multiples angles et regards différents.
Travailler sur ce sujet m’a beaucoup appris et m’a donné de nombreuses clés pour poursuivre mes recherches sur la notion de co-responsabilité qui m’est chère et que je vais développer dans mon futur livre. J’ai décidé de m’y consacrer avant de faire une thèse dans quelques années.
Voilà plusieurs années que je me passionne pour la déconstruction de l’origine supposée du mot travail (tripalium = torture), et pour comprendre pourquoi cette association - erronée - continue d’imprégner nos récits collectifs.
Sujet déjà abordé dans mon dernier essai, c’est avec des étoiles dans les yeux que j’ai découvert l’ouvrage de Mariette Darrigrand, L’Atelier du Tripalium, et avec une joie immense que je l’ai interviewée pour explorer ensemble les mots du travail.
Trois idées-clés de notre échange :
L’étymologie comme ouverture
Les mots ne sont pas des fatalités : ils ouvrent vers d’autres imaginaires collectifs.
Le travail comme élan vital
Travailler, c’est aussi transformer, créer, vivre. Comme l’enfant qui tète pour la première fois : un acte fondateur, porteur d’énergie et de beauté.
La force des mots face à la novlangue
Dans un monde saturé d’images et de jargon managérial, retrouver des mots justes et enracinés dans notre culture est déjà une manière d’agir et de réinventer.
Pour l’écouter, c’est par ici.
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Mon essai sur Le nouveau récit du travail
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Valentine

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