J’ai mis à votre disposition des outils et des formations pour comprendre et mieux gérer votre fonctionnement TSA / TDAH. Vous pouvez les retrouver tout en bas de cet article 👇
Beaucoup de neurodivergents vont comprendre ce que je vais dire ici. Et pourtant, ça ne concerne pas qu’eux.
On trouve normal de passer la majorité de sa vie à travailler (pour les intérêts de quelqu’un d’autre) pour payer une maison dans laquelle on passe finalement très peu de temps.
On trouve ça normal de faire des enfants puis de devoir les confier à des inconnus parce qu’il faut travailler pour payer ces mêmes inconnus, le logement, la garderie future, la voiture, les factures.
On trouve normal de rentrer épuisés les soirs, d’attendre les vacances toute l’année, puis de recommencer jusqu’à la retraite.
Et si tu oses dire que quelque chose cloche dans ce système, on te répond que « c’est la vie »
Ba non en fait.
C’est pas LA VIE.
C’est le système.
C’est le quotidien que 1% des « humains » ont choisi pour les 99% restants.
Tout en trouvant ca normal et en étant reconnaissants pour ce « privilège ».
C’est ubuesque !
C’est un mode de fonctionnement qu’on a tellement répété qu’il est devenu normal et invisible.
Enfin... invisible pour beaucoup.
Certaines personnes ont beaucoup plus de mal à accepter une règle / une norme / un mode de vie simplement parce qu’ils existent. Elles ont besoin de comprendre. Elles repèrent les contradictions aussi. L’absence de sens. Elles voient quand le discours ne colle pas avec les faits. Et c’est précisément là que le décalage commence.
C’est le fait de percevoir un problème, un schéma ou une incohérence avant que le reste du groupe ne soit prêt à le voir. Ça ne veut pas dire qu’on a toujours raison ou qu’on est plus intelligent. Mais quand tu vois quelque chose que les autres ne voient pas encore, tu te retrouves seul.e avec cette impression étrange d’être le seul.e à trouver certaines situations absurdes.
Mais bon, cette idée n’est pas nouvelle.
Des prisonniers sont enchaînés depuis toujours face à un mur. Ils prennent les ombres qu’ils voient pour la réalité elle-même. Puis l’un d’eux sort de la caverne. Il découvre un monde infiniment plus vaste que ce qu’il croyait réel. Et lorsqu’il revient raconter ce qu’il a vu, personne ne le croit. On le prend pour un fou parce qu’accepter son témoignage obligerait les autres à remettre en question tout ce sur quoi ils ont construit leur vision du monde.
La plupart du temps, ce n’est pas la vérité qui dérange, c’est le coût psychologique qu’implique le fait de l’accepter.
Reconnaître qu’un système est absurde oblige à réorganiser toute sa représentation du réel. Beaucoup préfèrent protéger leurs certitudes plutôt que d’examiner ce qui les contredit.
Dans l’allégorie de Platon, le problème n’est donc pas que l’homme revenu de la caverne soit fou, c’est qu’il devient le miroir d’une illusion collective dont les autres ne veulent pas encore sortir. Ils restent endormis quoi !
Et parfois, dans nos sociétés modernes, j’ai l’impression que certaines personnes vivent exactement ça lorsqu’elles questionnent des règles que tout le monde considère comme normales simplement parce qu’elles existent depuis longtemps.
Il disait que certaines personnes prennent conscience de certains phénomènes avant le reste du groupe. Et que cette « avance » a un prix : c’est l’isolement.
Je retrouve souvent ça chez les personnes neuroatypiques, hypersensibles et empathes. Ce n’est pas qu’elles ont un accès magique à une vérité cachée mais c’est qu’elles ont souvent beaucoup plus de mal à accepter les incohérences sociales.
Pourquoi faudrait-il faire semblant d’apprécier une règle qui n’a aucun sens ?
Pourquoi continuer une conversation remplie de sous-entendus quand on pourrait simplement dire les choses ?
Pourquoi sacrifier sa santé pour un mode de vie qui rend autant de gens malheureux et malades ?
Ce sont des questions que beaucoup se posent en réalité.
La différence, c’est que certaines personnes finissent par arrêter de les poser pour pouvoir s’intégrer. D’autres n’arrivent tout simplement pas à s’intégrer. Et c’est souvent elles qu’on qualifie de trop idéalistes ou trop compliquées.
Ce n’est pas qu’elles sont fainéantes ou qu’elles refusent de travailler, comme on l’entend encore souvent. Bien sûr, ça existe, mais c’est un autre sujet. Elles ont simplement beaucoup plus de mal à s’adapter à ce qui leur paraît profondément incohérent ou absurde. Elles ne remettent pas en question l’effort en lui-même mais elle remettent en question le sens de l’effort demandé.
Travailler dur pour un projet qui a du sens, pour aider des gens, pour créer quelque chose d’utile ou pour servir une cause importante ne pose généralement aucun problème. En revanche, consacrer l’essentiel de sa vie à des tâches perçues comme dénuées de sens, à des règles arbitraires ou à des objectifs qu’elles ne comprennent pas peut devenir extrêmement difficile.
Ce n’est donc pas toujours une incapacité à travailler. C’est plus une incapacité à évoluer dans un environnement non adapté et à adhérer à ce qui leur semble vide de sens. Et je ne parle pas de l’épuisement chronique que cela génère.
Le plus ironique dans tout ça, c’est qu’on considère parfois comme adapté quelqu’un qui supporte un quotidien qui le rend profondément malheureux... alors qu’on considère comme inadaptée une personne qui ose dire que ce quotidien n’a peut-être rien de normal.
C’est absurde.
Comment peut on considérer les neurodivergents comme non adaptés ?
Je ne dis pas que notre société est entièrement à jeter. Je dis simplement qu’on a pris l’habitude de considérer comme évidentes des choses qui mériteraient d’être questionnées.
On ne se méfie pas de ceux qui répètent ce que tout le monde pense déjà.
On se méfie de ceux qui pointent les incohérences avant les autres.
De ceux qui posent des questions embarrassantes.
Et c’est peut-être aussi pour ça que tant de personnes neurodivergentes ont cette sensation d’être sur la mauvaise planète, parce qu’elles ont parfois beaucoup plus de mal à détourner le regard lorsqu’une incohérence leur saute aux yeux.
Si t’es épuisé, c’est toi le problème.
Si t’es anxieux, c’est toi le problème.
Si tu ne rentres pas dans le moule, c’est toi le problème.
Pendant ce temps, on continue à vivre et travailler de plus en plus isolés les uns des autres. Dans des lieux toujours plus petits, entourés de béton. Collés à des écrans toute la journée. Sous de la lumière artificielle. À courir après le temps, l’argent. À courir après une idée de la réussite qui laisse pourtant énormément de personnes épuisées, frustrées ou profondément malheureuses.
L’isolement cognitif dont je parlais plus haut existe bel et bien. Mais il peut s’atténuer voire disparaître dès lors que nous travaillons sur nous et la compréhension de notre fonctionnement. Il devient alors beaucoup plus naturel de se tourner à nouveau vers l’autre et de commencer à créer ensemble.
Peut-être qu’on a surtout besoin de revenir à ce qui a toujours nourri les êtres humains :
La communauté,
les liens,
le partage,
la transmission,
l’entraide,
le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi.
Du temps passé avec les gens qu’on aime,
du temps dans la nature,
du temps loin des écrans.
Parce que quand on prend un peu de recul et qu’on regarde tout ça de l’extérieur, y’a quand même quelque chose de profondément absurde :
Travailler toujours plus pour avoir moins de temps. Vivre entourés de milliers de personnes tout en se sentant seuls. Être plus connectés que jamais et pourtant parfois aussi déconnectés les uns des autres.
Je ne sais pas pour vous, mais je trouve ça lunaire !
À force de vivre dans l’absurde, on finit par prendre l’absurde pour quelque chose de normal 😅
Et ceux qui continuent à le remarquer passent souvent pour les plus étranges de l’histoire.
On passe tellement de temps à se demander ce qui cloche chez les personnes en décalage qu’on oublie parfois de se demander ce qui cloche dans le monde auquel elles sont censées s’adapter.
Ce qui mérite peut-être le plus d’être questionné, ce n’est pas toujours l’individu... c’est la norme.
À force de demander aux êtres humains de s’adapter à l’inhumain, on finit par considérer comme problématiques ceux qui refusent encore de s’y résigner.
C’est étrange quand on y pense.
La personne qui parle de nature, de beauté, de communauté, de justice, de temps passé avec ses proches ou du besoin de ralentir est souvent perçue comme naïve, idéaliste ou déconnectée de la réalité.
En revanche, la personne qui trouve normal de passer 45 ans sous lumière artificielle, enfermée dans des bureaux ou des gratte-ciel, loin du vivant, à courir après des objectifs qu’elle n’a parfois même pas choisis elle-même, est considérée comme parfaitement adaptée.
C’est elle qui est raisonnable.
C’est elle qui a les pieds sur terre.
C’est elle qui aurait compris comment fonctionne le monde.
Comme si le bon sens consistait à ne plus jamais questionner les règles du jeu.
Parfois, je me demande si les personnes les plus en décalage avec cette société ne sont pas simplement celles qui ont le plus de mal à oublier qu’elles sont humaines.
Et toi, qu’en penses-tu ?
Vanessa
Voir les incohérences d’un système ne consiste pas à se réfugier dans la victimisation.
Parce que dans les milieux de la spiritualité, du dev perso et même dans certaines communautés neurodivergentes, je vois souvent une confusion entre les 2.
Oui, on peut être blessé, rejeté ou oppressé par son environnement. Nommer cette réalité est nécessaire et nous devons continuer à le faire.
Mais critiquer un système ne signifie pas qu’on doive rester dans une posture de victime impuissante et rester passif.
La responsabilité ne consiste pas à nier les injustices mais à refuser de leur donner plus de pouvoir qu’elles n’en ont déjà.
En remettant tout son pouvoir d’action à la société / aux autres, on devient dépendant de leur changement pour aller mieux. Or ce changement n’est pas toujours possible à court terme.
Du coup, la seule chose sur laquelle on peut réellement agir, c’est notre manière de répondre à ce qui nous arrive et les choix que l’on fait à partir de là.
On ne devient pas libre en restant uniquement dans une identité de « victime ». On devient plus libre en reconnaissant ce qui nous est arrivé tout en redevenant progressivement créateur de sa vie.
Évidemment, tout le monde n’a pas les mêmes ressources pour faire ce chemin. Certains sont dans des situations de grande vulnérabilité, de grande précarité, de maladie, d’épuisement ou d’isolement. D’autres n’ont tout simplement pas encore accès à ces réflexions, à ces outils….
C’est aussi pour ça que la solidarité est importante. Et que ceux qui peuvent agir, le fasse. Il est important d’agir, de partager sur les réseaux notamment, d’alerter, d’informer, de se rassembler pour que les choses changent.
Reprendre sa responsabilité personnelle ne signifie pas abandonner les plus vulnérables à leur sort, au contraire, je pense que lorsqu’on retrouve un peu plus de pouvoir sur notre propre vie, on peut aussi utiliser une partie de cette énergie pour accompagner ceux qui en ont besoin, avec les moyens dont on dispose aujourd’hui, aussi imparfaits soient-ils.
Beaucoup de personnes le font déjà d’ailleurs.
L’autonomie et l’entraide ne s’opposent pas, elles vont ensemble.
Pour moi, c’est même une forme de résistance. Un système a beaucoup moins de pouvoir sur quelqu’un qui refuse de lui confier entièrement son destin.
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